Patrimoine

Des lieux où souffle l’esprit : La Bussière, La Peurrie et ses dormeurs du val d’Ouche…

C’est le pays où vivait naguère Henri Vincenot, le reste de son âge, en sa modeste bâtisse munie d’un âtre chantant au feu de bois qu’il aimait tant. Il y repose tranquillement dans la terre des pères et de sa race, avec sa femme Andrée à ses cotés et l’un des ses fils François, sous trois croix celtiques alignées face au soleil, près d’une source, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent; dans ce jardin arboré, esseulé en une sorte de lieu-dit orthographié à tort La Pourrie mais aussi à raison la Peurrie ou la Peuriotte. Nature, berce les chaudement…

Monsieur Henri a découvert la ferme cistercienne et s’y est littéralement fiancé encor’ tout enfançon, au retour d’une chasse à la billebaude, après s’être perdu, s’abreuvant par secours de la sainte providence, au « p’tiot riot », « peût riot », éponyme de La Peurrie. De ce qui n’était qu’une ruine; il fit petit à petit son domaine, difficile d’accès encore aujourd’hui, et c’est bien comme ça. Les Vincenot demeurent humbles et taiseux. Il n’existe aucune indication sur place pour se rendre au logis. En cet endroit « C’est tout pierrailles et buissons par là, au-dessus des eaux brillantes de l’Ouche. Le chemin se tortillait dans les friches entre les chênes rouvres, les noisetiers et, un peu plus haut, les charmes ». (Le pape des escargots. Denoël. 1972).

Il n’en demeure pas moins que ce cheminot reste un sapré farceur. Chaque fois que j’ai décidé de lui tenir un peu de bavardage et de compagnie, lui sous la terre et moi qui grâce à Dieu voit la lumière, à l’occasion de quelques promenades en Auxois; je ne me suis pas littéralement perdu mais j’ai vagabondé et été gentiment éconduit. Sinuant, louvoyant, entre Ouche, souches et chemins creux, entre monts et canal, entre Champagne et Bourgogne, entre brume et clarté. En fait, je m’en rends bien compte aujourd’hui, il voulait me montrer tous les aspects charmants et mystiques de sa vallée, de ses pierres, de ses calvaires, de ses bois, de ses eaux, de ces cieux et de la Vouivre qui dort et serpente sous toute la grande Bourgogne si chère au cœur du beau Léon.

Ma rencontre avec « la Gazette » !

Je dois bien le conter, j’ai été accueilli une première fois, passant par Commarin, par « La Gazette » ! dont parle l’Eduen dans son Pape des escargots. J’ai un témoin ! Et je ne ments pas en disant que je l’ai vu et qu’il m’a parlé sur la route, ce fou ! Etait-ce l’an dernier ? Ou celui d’avant ? Il promenait son chien d’affût, brandissait une souple crosse de noisetier, j’ai failli l’écraser ce trompe-la-mort. Vêtu à la six-quatre-deux d’un paletot d’Emmaüs, chaussé de bottes lourdes de glaise, ce grand bougre, fin comme un câble de frein à main. Il gesticulait, semblant dicter tous les vents à sa guise, sur ce chemin tors qui mène à la Forge et à la Serée. S’étant déboudrillé, il couzait aux alouettes, aux pies saoules, aux chats redevenus sauvages, aux voyageurs venus dans la contrée pour cause d’un très bon restaurant établi dans une ancienne abbaye cistercienne, fondée au XIIème siècle. Il levait sa canne et psalmodiait en rigolant. Ayant fait fausse route, je le revois de nouveau au retour, l’escogriffe, pouffant de rire, tout fiévreux d’annoncer une fable nouvelle. Ses cheveux étaient mi-longs, épars, non coiffés, rares et gris comme de la cendre et sa dégaine faisait croire en quelque druide trop épris d’hydromel ayant emprunté par erreur les couloirs du temps. Fous-nous la paix lui disais-je, beuzenot, qui teurne sur le chemin de saint Jacques qui nous mène aux étoiles. Et l’autre de rigoler les bras tendus, en brassant l’air. Une rencontre, un spectacle !

La Bussière-sur-Ouche

C’est le village le plus proche du dernier domicile connu du moustachu aux yeux pétillants et à la langue franche et bavarde — comme quoi on peut selon l’occasion et l’entourage, se montrer timide ou plein d’entrain. La Bussière se situe entre Pouilly-en-Auxois et le vignoble de la Côte de Nuits, acceptons l’augure viticole ! « Il faut monter la montagne, passer par les friches, quitter le pays du vin tourné vers le Rhône, et culbuter vers Loire et Seine, au pays du bois et de l’herbe. » La Grande rue et c’est bien la seule, passe entre le cimetière et l’église de l’Assomption. Nous arrivons à la mairie où ne flottent ni le drapeau dit européen, ni le drapeau ukrainien, mais celui du duché de Bourgogne et l’autre BBR ! Puis une auguste porte de pierre grignotée par le temps, les mousses et les lierres. Ensuite, c’est le chemin des moines, puis celui du Point du jour, le ruisseau de l’Arvo, la rivière de l’Ouche et le canal droit et tranquille comme un premier communiant. Tout invite à la songerie, au repos, aux méditations, à la prière… Mais pour faire ses courses, ou même son plein de carburant… bonjour madame ! En fin de compte, il faut pataler à Dijon ou bien se dépanner à Pouilly ou à Fleurey. Le charme de cet endroit reposant, au possible, apaisant entre tous, n’a pas échappé au réalisateur Bertrand Blier, quand il a produit ce film misogyne, « Calmos » avec Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle, Claude Piéplu et Sylvie Joly, ci-devant avocate auprès de maître Isorni.

Calmos !

Le long métrage débute à Neuilly-sur-Seine au 68 bis Boulevard Maurice Barrès, ça commence bien ! Il s’ensuit un transport ferroviaire en vieilles voitures SNCF, équipées d’un restaurant où Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort dégustent une bouchée à la reine, jusqu’à une gare improbable de Fiancey (Livron-sur-Drôme). Pourtant, presque tout le film est tourné ensuite à Bussière-sur-Ouche. C’est un pays de peu, convenant aux convalescents, aux esprits fatigués de trop de souffle, de trop de ville, de trop de télévision, de trop de téléphone portatif, de trop de bavardage et qui réclament quelque chose de moins turbulent.

Le rêve est là, le rêve passe, il est sous-jacent, tellurique, profond et serein comme le chant des oiseaux, c’est une sorte de maquis. Bien sur, il ne faut pas être trop à cheval sur le confort. Comme dit Jean Rochefort en arrivant à Bussières : « Sans déconner, je me sens déjà mieux ! » et d’ajouter : « Il est pas repoussant ce petit village ! » avant d’y faire souche dans une baraque rustique munie d’un four au charbon où l’on peut travailler. L’aimable Claude Piéplu, nous délivre son ressenti : « Attendez, bougez pas, je vous dit sous-bois, silence, chaque bruit compte dans le silence, un oiseau qui s’éveille, une branche qui craque, un chevreuil qui s’enfuit. Progression à pas feutrés sur la mousse, vieilles chaussures parfaitement culottées. C’est l’aube, rosée. Dans les creux, des p’tites nappes de brouillard. On est bien, on tire sur sa cigarette et puis c’est tout. »

Voila ! c’est une tonnelle, des pots de fleurs sur la margelle. Des grains de café que l’on écrase à l’aide d’un vistemboire à manivelle d’ancienne époque, un clapier, un potager, un poulailler, une taupinière, un petit jardin avec ses chiottes sis dans une cabane de pierres blanches. Les cloches de l’église sonnent d’un timbre creux et cuivreux comme dans tout le temps. Le village est gardé par une porte vaine et abreuvé par l’Ouche. Des ruches ici ou là nous offrent leurs présages avec tous leurs crissements d’ailes. Le canal suit sa route, un bateau arrive à l’écluse N°55, c’est « L’ex-cargot de Bourgogne », un autre, « Le remous » se dirige dans l’autre sens. Mais « Le remous » tarde (de Dijon, ville native de Vincenot), il faudra attendre la prochaine éclusée. C’est un petit jardin avec son colombier, où l’on peut faire à son idée. Il est des lieux où souffle l’esprit…

Franck Nicolle

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