Est-il en notre temps rien de plus réconfortant que de voir flotter, arborer, fleurir les lys de France, moult fois centenaires et royaux, et combien entretenus avec cœur en cette province du nord, capitale de Flandre ? En arrivant sur place, par la citadelle, je me pris à fredonner en voyant une fanfare rentrant sous le porche d’un édifice militaire « Vauban ». Devant la porte vénérable, il y avait une enseigne de Tradition où il était inscrit : « 43ème Régiment d’Infanterie Royal des Vaisseaux ». J’arrivais pour la fumée des cierges et la formation a été dissoute depuis. La devise demeure : « 43ème ton passé t’en souviens-tu ?
Voici ma chanson : « Quand les lys blancs refleuriront / Bientôt finira notre peine / Avec entrain nous chanterons. Quand les lys blancs refleuriront / De la délivrance prochaine / Notre espérance n’est pas vaine / Quand les lys blancs refleuriront / Allez dire au roi qu’il revienne. »
Elle fut éditée par la défunte SERP (L’Action Française : Voix et chants. 1967).
L’écu, les armes et l’âme de la cité
Un lys d’argent sur fond de gueule. L’origine du blason remonte à 1199, date du plus ancien sceau retrouvé au bas d’une charte par laquelle la commune jura la paix conclue entre Philippe-Auguste et le comte de Flandres. Il représente une fleur de lys épanouie en totale conformité avec l’esprit héraldique qui veut que rien qu’en le voyant on devine le nom de la ville. Ce sont des « armes parlantes ». Et en effet, le lys se disait « lisle » à l’époque ou « lilia » en latin. Il évoque donc à la fois le nom de la localité et le fait que cette dernière était une île. Comme Paris ou Lyon, Lille est une île et une ville à forte densité démographique, largement étendue sur 35 Km2, contre 105 Km2 pour Lutèce et seulement 48 pour Lugdunum. Pour en faire le tour agréablement, il faut compter trois jours et dormir sur place deux nuits.
Un bon dessin vaut mieux qu’un long discours.
Du temps où il existait une poste de l’air, l’administration française postale avait produit un timbre de belle qualité graphique, en taille douce (procédé le plus apprécié des philatélistes, avec son doux toucher sur le relief de l’encre) où tous les plus beaux monuments sont représentés dans une vue aérienne stylisée, cela vous donnera une idée en consultant l’Yvert & Tellier…. Les différents quartiers possèdent leur couleur et ambiance, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait dissemblables.
La citadelle… D’Artagnan, es-tu là ?
La fortification est excentrée au nord-est. Louis le Grand la voulut, Vauban la dessina, Simon Vollant l’édifia à partir de 1667. La reine des citadelles brille comme une étoile, c’est même écrit sur le fronton d’acier. Elle est ceinturée et donc protégée naturellement par la Deule qui s’écoule et ne tarit pas. C’est un endroit boisé, bucolique, charmant et classé top-secret puisque le fort, intra-muros, est encore interdit au public. Sur la porte du quartiers Bouflers, trois lys, la couronne et le symbole du Roi Soleil. Cette ville dans la ville était prévue pour abriter un millier de soldats et d’officiers, avec son arsenal, sa chapelle et toutes les dépendances nécessaires, de la boulangerie et de la brasserie aux ateliers des cordonniers ou des maître-tailleurs. D’Artagnan la fréquenta en tant que gouverneur. Le pauvre, né Gascon, il est mort à Maastricht, quel sombre présage et quel vil traité !
Le vieux Lille et Lille centre.
Plus au nord, le vieux Lille est rupin, gentrifié, plaisant par son calme et son doyen cadre bâti. Les maisons, les briques, les pierres de taille jaunes ornementées, les petites fleurs et les toits, et cette rêveuse bourgeoisie bien mise, ch’ te vo d’ichi, tout à fait élégante qui s’en va chez le coiffeur, se gourmandant au passage de douceurs sucrées ou salées promises à telle adresse, en vélocipède électrifié. Les restaurants sont plutôt chics et chers sans pour autant décliner une bonne chère identitaire, fût-elle bourgeoise, encore moins campagnarde. Ce n’est plus le modeste quartier de jadis. Point de carbonade aux menus, de tarte au maroilles, de welsch, de chicon-gratin, de blanche salade de barbe de capucin, de cramique de basse source.
Il m’a fallu quelques heures de grande promenade afin de trouver à me nourrir dans le secteur de « Lille-centre », près de la vieille gare Saint-Sauveur, d’une ficelle picarde dans un restaurant qui n’existe plus et où je fus seul client. Par malheur, les langues Lucullus de Valenciennes au foie gras qui sont proposées en boite de conserve chez les traiteurs, à vil prix, ne valent pas tripette. La recette originelle est bonne pourtant. Cependant, on dégote aisément dans les supermarchés des produits tout à fait acceptables, si l’on n’est pas trop regardant : waterzoi, carbonade, poulet au maroilles en bocaux de verre, cramiques, (pain brioché belge fourré de raisins secs).
La Grand’ Place commande la ville depuis dix siècles.
Voici la rue de la Monnaie et le clocheton de la Nouvelle Bourse, ouvragée, opulente. « Les Marchands qui avaient l’habitude de traiter leurs affaires autour de la fontaine de la Grand’ Place, obtinrent en 1651 de Philippe IV d’Espagne le droit de faire bâtir sur l’un des cotés de la place une bourse à l’exemple de celle d’Anvers ». (Noël Graveline. Ce qu’il faut voir. Delta édition. Paris. 1997). Oui nous voici sur la Grand’Place, dans le kiosque on joue Mozart… comme chantait le grand et voisin Jacques Brel. L’édifice est surmonté d’un campanile que couronne la statue de Mercure, dieu des messagers souvent illustré par Chard, des marchands et des voleurs… A quelques pas de là s’ouvre la place Rihour, qui porte le nom du palais où résidèrent les ducs de Bourgogne… Flandre, Bourgogne, Espagne, tout est lié par les bâtons noueux qu’on voit aux étendards, n’est-ce pas Monsieur Léyion Degrelle ?
Tout près, l’îlot (enfants)
L’hospice Comtesse Jehanne de Flandre, quartier bâti sur un ancien rivage, quai du port de Lille jadis, avec ses maisons anciennes, leurs greniers-entrepôts aux larges lucarnes et corniches, aux frontons en saillie à la décoration abondante, traditionnelle, baroque et flamingante. C’est un coin très reposant, hors du temps, avec des pelouses et des bancs publics, des réverbères, des perspectives, des restaurants et des commerces de bouche soi-disant raffinés, surjoués, surfaicts, bourgeois-bohèmes, pas du tout impressionnants et même en somme assez nouveau-riches et bien roturiers. Voici bientôt l’hôtel de ville, dominé par le célèbre et récent beffroi (1928), en briques et béton, qui veille depuis ses 104 mètres de hauteur. Voici la Porte de Paris, construite vers 1690 à l’emplacement d’une porte médiévale. C’est un monument érigé à la gloire du Roi Soleil (Soleil, qui est notre emblème, comme on chantait à « L’Œuvre Française » de Pierre Sidos). Elle est doublement fleurdelysée par le blason de France et en dessous, celui de la cité. Les compagnons de Noé, d’Antoine Blondin, de Jean Carmet et les contemplatifs se trouveront bien de se rendre à Notre-Dame-de-la-Treille. La nef est impressionnante. Il est des lieux où se réfugie et se calme l’esprit…
Les noms sur les murs.
Voici la rue des Chats Bossus… La rue Esquermoise est pittoresque, elle reliait le centre urbain à son faubourg d’Esquermes. La rue royale est dotée de deux églises, l’une, du XVème siècle est dédiée à sainte Catherine. L’autre, ancienne chapelle des Carmes, à saint André. C’est sur ces fronts baptismaux que Charles de Gaulle nouveau-né reçut le premier sacrement. Cela l’a t-il marqué si profondément qu’il songea au comte de Paris en tant qu’héritier présomptif ? Aussi, le général micro naquit-il au N°9 de la rue de la Princesse.
Euralille, quartier moderne mais plaisant.
Les buildings, la gare futuriste, les architectures d’acier et de béton sont époustouflifiantes pour un gâ de la campagne comme moé, qui a pourtant vu, de ses yeux vu, s’édifier naguère le quartier de la Défense. Comme il est dit sur Wikipédia : « Le futurisme est un mouvement littéraire et artistique européen du début du xxe siècle (de 1910 à 1920), qui rejette la tradition esthétique et exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, les machines et la vitesse. » Filippo Tommaso Marinetti, soutien indéfectible au régime fasciste, en était l’inventeur. Il est bien vrai que les constructions en imposent et ne manquent pas de surprendre. Un énorme édifice en forme de L surmonte les lignes ferroviaires TGV à coté de trois immeubles semblablement parés à ceux du port de Boulogne-sur-Mer (que l’on peut voir dans un épisode de « Maigret » avec Jean Richard : « Le pendu de Saint-Pholien »). La forme du centre commercial Euralille est élancée, tandis que celle de l’hôtel Hilton (anciennement Crowne Plaza Lille) est littéralement carcérale. Au dehors, comme au dedans ! Quelle suffocation et malaise de passer une ou deux nuits là-dedans, dans ces cellules insonorisées à cent-septante euros la nuit. La literie est super, le personnel professionnel, le bar ouvert à toutes heures avec un barman en digne tenue. Mais on ne peut pas ouvrir la fenêtre de sa chambrine, comme dans les hôtels des aéroports. La prochaine fois je dormirai à « La Corderie », hébergement géré, pour la moitié du prix par un particulier dans le quartier royal.
Vive le roi quand même !
Comme écrit plus haut, les Lillois sont bobos, bourgeois, bohèmes, cossus, vivant entre-soi en capitalistes tiers-mondains, s’abreuvant de tisane « La Boldochévique » et de « Veuve-Clicquot ». À Lille, Arnaud Deslandes, maire sortant PS et héritier de la disgracieuse Martine Aubry, est arrivé en tête au premier tour des municipales avec 26, 26 % des suffrages exprimés. Mais il est suivi de près par la candidate LFI Lahouaria Addouche (23,36 %) et Stéphane Baly (Les Écologistes, 17, 75 %). Le RN ne récolta que 10, 92 %. C’est pas si mal. Lille est une île biffarde et « fils de famille », mais les départements du Nord et du Pas-de-Calais populaires sont à nous ! De toutes façons, le Lys demeure, plie et ne rompt pas comme dans la fable, aussi chantons, sous les armes de Lille, « Vive le roi quand même ! » à l’instar de Jean-Marie Le Pen, chanteur hélas incompris.
Franck Nicolle







