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Le camp MAGA mais aussi l’OTAN ébranlés par la « guerre d’Israël »

Alors qu’aux États-Unis, les états-majors politiques sont déjà en pleine préparation des élections de mi-mandat prévues le 3 novembre, le pacte d’acier conclu par Donald Trump avec Benyamin Netanyahou sera-t-il fatal au Parti républicain qui, depuis l’élection de l’actuel président, a déjà vu chuter tous les candidats républicains, au poste de maire ou de gouverneur, au profit des Démocrates  ?

Le patron du contre-terrorisme US claque la porte

Il est trop tôt pour le dire, mais ce pacte divise le mouvement Make America Great again (MAGA) qui avait amené à la victoire le successeur de Joe Biden en provoquant maintes critiques, notamment celles de l’influent commentateur Tucker Carlson: « C’est la guerre d’Israël, ce n’est pas la guerre des États-Unis! Les États-Unis n’ont pas pris la décision sur l’Iran. C’est Benyamin Netanyahou qui l’a prise » et plusieurs départs. Dont le plus spectaculaire est celui d’un pilier de l’administration Trump : Joe Kent.

Ancien officier de Rangers, vétéran de l’Afghanistan et de l’Irak avant d’être recruté par la CIA, ce catholique de 45 ans occupait depuis janvier 2025 le poste très stratégique de directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, l’équivalent de notre DGSE. Il en a claqué la porte le 17 mars. Motif : « Je ne peux en toute conscience soutenir la guerre. L’Iran ne représentait aucune menace imminente, et il est flagrant que nous avons déclenché́ cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain. » Alors que, reproche-t-il dans sa lettre de démission adressée à Donald Trump, celui-ci avait solennellement promis pendant sa campagne, d’en finir au Moyen-Orient avec interventions américaines qui « ont volé́ les vies précieuses de nos patriotes » — en particulier celle de son épouse Shannon, une cryptologue catholique comme lui et mère de ses deux enfants, tuée en 2019 lors d’un attentat-suicide en Syrie, dans une guerre, affirme-t-il, « déjà orchestrée par Israël ».

Ainsi mis directement mis en cause, le locataire de la Maison-Blanche a balayé la question, déclarant dédaigneusement à propos de Joe Kent : « J’ai toujours trouvé qu’il manquait de fermeté́ en matière de sécurité́, c’est une bonne chose qu’il soit parti. » Avant d’être remplacé par un faucon tout dévoué à Tel Aviv ?

Le lieutenant-général d’Israël condamne la colonisation de la Cisjordanie

Mais en Israël même, quoi que sur un tout autre sujet, d’autres très hauts responsables ruent aussi dans les brancards. Ainsi le lieutenant-général Eyad Zamir, chef d’état-major de l’armée, a intimé le 18 mars au gouvernement Netanyahou de « mettre fin » aux constantes attaques en Cisjordanie des «colons » israéliens dont la violence risque d’« ouvrir un nouveau front » préjudiciable à l’existence de l’État hébreu puisque cette colonisation contrevient aux accords de 1967.

Or, ces « colons », d’ailleurs souvent « olim » (« montés vers Israël » d’où ils ne sont pas originaires) et surarmés par le Likoud, sont en outre soutenus et même aiguillonnés par les sionistes américains. « Chrétiens bibliques » compris tel l’ancien pasteur baptiste Mike Huckabee, nommé par Trump ambassadeur des Etats-Unis dans l’État hébreu et qui déclarait tout crûment le 10 février, au micro de Tucker Carlson justement, que la Terre promise a « des droits sur toutes les terres situées entre le Nil et l’Euphrate » et qu’il serait donc logique qu’elle « prenne tout de l’Égypte jusqu’à l’Irak ». ». En commençant par la Cisjordanie et Gaza que « les Israéliens possèdent légitimement et qui constituent un refuge sûr pour eux », martelait-il.

Face à de tels furieux, on conçoit qu’Eyad Zamir s’inquiète. Mais le général sera-t-il écouté ?

Le niet de la France au Titanic

En attendant, une bonne nouvelle : suite au Conseil de défense et de sécurité nationale sur la situation en Iran et au Moyen-Orient qu’il avait convoqué le 17 mars à l’Élysée et malgré les pressions exercées sur lui par Donald Trump, Emmanuel Macron a refusé de nous associer à la sécurisation du détroit d’Ormuz. Préconisant en outre un « moratoire sur les frappes contre les infrastructures civiles », de l’Iran comprises, il s’alignait ainsi sur le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique, Keir Starmer qui avaient exclu lundi dans le Golfe toute opération de l’OTAN. Organisation axée, comme on l’oublie souvent, sur la défense exclusive de l’Atlantique Nord, très loin de « l’Orient compliqué ».

Cette décision — à laquelle, espère-t-on, se tiendra l’Élysée — a dû ravir le général Michel Yakovleff. Bien qu’ancien vice-chef d’état-major du bras armé de l’OTAN qu’est le Grand Quartier général des puissances alliées en Europe, il avait la veille sur LCI prôné l’abstention avec le rude langage de la Légion où il servit treize ans durant car, selon lui, l’imprévisible Trump « est quand même le mec qui a lâché les Afghans », provoquant ainsi le retour des Taliban, et que « ce n’est pas le moment d’acheter un billet en promo pour le Titanic ».

Bien vu, même si le général n’observe pas la même réserve sur l’Ukraine, cet autre Titanic.

Camille Galic

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