Décidément, Britannia se porte aussi mal que nous. Si la Royal Navy, jadis orgueil du royaume, est aujourd’hui si misérable et affaiblie qu’elle n’a pu envoyer une frégate à Chypre, le wokisme a quant à lui le vent en poupe. Dernière victime à son actif après Agatha Christie et J.K. Rawlings, la mère de Harry Potter : Shakespeare.
A Stratford-upon-Avon, sa maison natale risque en effet d’être sinon désaffectée, du moins « décolonisée » comme le préconise, un comble ! le Shakespeare’s Birthplace Trust, car le culte rendu au dramaturge le plus célèbre de l’histoire « favorise l’idéologie de la suprématie européenne blanche ». A cette aune, pourquoi ne pas démanteler les temples de Delphes ou d’Agrigente, le château de Versailles ou le palais de Sans-Souci, les fresques de Ravenne et la tour Eiffel, la cathédrale de Burgos ou les monastères du Mont-Athos, et même Sainte-Sophie bien qu’elle ait été (re)transformée en mosquée par le Turc Erdogan, puisque la seule vue de ces splendeurs favoriserait également « l’idéologie de la suprématie européenne blanche » ?
Déjà, Shakespeare — qu’idolâtrait le pourtant très antibritannique Léon Daudet — était persona non grata dans certaines universités et bibliothèques états-uniennes suite à la campagne hystérique menée par une certaine Amanda MacGregor, qui mène campagne outre-Atlantique pour que soient expurgées ses œuvres, « pleines d’idées problématiques et dépassées, avec une abondance de misogynie, de racisme, d’homophobie, de classisme, d’antisémitisme et de misogynoir » — haine des femmes noires.
Ms MacGregor a-t-elle seulement lu Shakespeare ? Lequel faisait la part belle à ses héroïnes, touchantes ou maléfiques comme lady Macbeth. Quant à Othello, le Maure de Venise dont le personnage lui fut inspiré à la fois par le Corse Sampiero Corso pour l’histoire et l’ambassadeur du sultan du Maroc auprès d’Elizabeth 1ère pour le physique, n’est-il pas un héros plutôt positif ? Mais, dans son pays même, voici le barde de Stratford menacé de rejoindre Kipling et Tolkien dans l’enfer réservé aux affreux catalogués comme racialistes, enfer où pourrait se retrouver Molière, coupable d’avoir fait dire dans L’Avare au valet La Flèche : « Quel Juif, quel Arabe est-ce là ? » — réplique d’ailleurs censurée dans le film éponyme où De Funès campait Harpagon. Frilosité qui en dit long sur la dérive masochiste du nouvel homo europaeus.
Claude Lorne







