Quand je reçois, par courrier ou par courriel, des informations provenant de SLC, je me demande d’abord qui peut bien m’envoyer de la documentation sur l’émission « Salut Les Copains » du regretté Daniel Filipacchi. SLC me fait penser à Europe 1, la station que je présélectionne ces dernières années. C’était sur Europe 1 qu’était diffusé « Salut les Copains ». Je n’étais pas née, à l’époque, mais ma mère, et aussi ma tante Mathilde, m’ont avoué que, dans les années 1960, elles étaient drôlement « accro » à cette émission. Elles chantaient -parfois en duo – avec Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Sheila ou France Gall les « tubes » de l’époque qu’elles connaissaient par cœur. Elles me les chantent encore, parfois, dans les réunions de famille … Allons, cessons de remuer les vieilles nostalgies.
Car le SLC d’aujourd’hui est en fait une SLC, sans aucun rapport avec « Salut les Copains ». Il s’agit de la Société des Lecteurs de Céline. Rien à voir, donc. Depuis le temps, je devrais m’en souvenir !
La SLC publie régulièrement une lettre numérique d’actualité célinienne ; la rubrique qui retient toujours mon attention est celle du bibliophile Gérard Silmlo. Je trouve excitante l’idée que, du vivant de Céline, on s’écrivait de longues lettres, mais que ces lettres, le plus souvent, on les jetait après lecture. Je pense que certains correspondants de Céline ont dû s’en mordre les doigts, par la suite ! Autant jeter des lingots d’or !
Cela me fait aussi penser à une anecdote que m’avait racontée l’un des fils de Maurice Bardèche : quand Hergé venait rendre visite à sa famille, à Paris, il dessinait à la va-vite des petits personnages tirés de l’univers de Tintin. Que sont devenus ces dessins ? Ils auront servi à alimenter la chaudière, selon toute vraisemblance…Misère !
Ce triste sort ne sera vraisemblablement pas dévolu aux opuscules publiés par la SLC. Ceci pour deux raisons au moins : ils paraissent alors que l’œuvre de Céline est reconnue dans le monde entier. Qui plus est, ces plaquettes sont éditées avec grand soin et en tirage très limité : 250 exemplaires numérotés à la main. Il s’agit de textes rares ou inédits de l’écrivain, accompagnés et/ou précédés de commentaires. C’est apparemment Christian Mouquet, le président de la SLC, qui conçoit et réalise ces plaquettes. En 2025, les adhérents ont reçu en outre une carte postale, un portrait de Céline dû à Bernard Gasco. Nous avons donc là un objet bibliophilique.
La plaquette n°7 qui vient de paraitre est consacrée à l’affaire Nozière, l’assassinat, par une jeune fille de 18 ans, de son père, et la tentative d’assassinat de sa mère. L’affaire fit grand bruit, à l’époque, Aragon et Eluard, notamment, prirent la défense de cette toute jeune fille (qui avait un amant et souffrait de syphilis, soit dit en passant), qui avait rompu « l’affreux nœud de serpents des liens du sang ». Comme le rappelle Marie Vergneault-Gourdon, la rédactrice des commentaires accompagnant nous étions encore à l’époque du cri d’André Gide : « Familles, je vous hais ».
Céline va s’exprimer lui aussi sur cette « petite affaire d’argent assez banale ». « Si le père de Nozières (sic) avait fourni à sa fille des mensualités suffisantes, il serait encore en vie ». Il rejette les explications freudiennes, « sexuelles et passionnelles ».
Par la suite la mère, survivante, et la fille se réconcilièrent. Violette se maria, elle eut cinq enfants, et mourut presque en odeur de sainteté ! Tout est bien qui finit bien, en quelque sorte. Mais il semble que l’affaire ait pu inspirer Céline pour quelques pages de Mort à crédit.
Madeleine Cruz
Un miroir sanglant de la société. L’affaire Violette Nozière vue par Céline, 46 p., Société des Lecteurs de Céline, décembre 2025,
societedeslecteursdeceline@yahoo.com







