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Abaya : Mélenchon contre la « police du vêtement »

Les réseaux sociaux diffusent actuellement, de façon très large, un entretien de Jean-Luc Mélenchon accordé en 2010, au cours duquel il avait expliqué qu’il fallait s’opposer aux vêtements islamiques au nom de la laïcité. Treize ans plus tard, LFI a annoncé que le groupe parlementaire mélenchoniste attaquerait au Conseil d’Etat toute réglementation s’opposant au port de l’abaya à l’école. On a certes le droit de changer d’opinion, et le Mélenchon de 72 ans à lunettes et aux cheveux gris désavoue donc le Mélenchon de 59 ans à la crinière noire, qui réclamait une sixième République au sein d’un « Front de gauche », qui était alors encore dominé, sur le plan militant, par le PC.

Le 29 août, le Grand Thimonnier de LFI, inventeur de la NUPES et triple candidat malheureux à la présidentielle, a confirmé cette dernière position. Sur les sites qui font sa promotion, Mélenchon explique que, quand il était jeune il avait les cheveux longs et portait des chemises à fleur. Mais ce n’est pas pour autant qu’il est devenu homosexuel. Il en est de même, selon lui, pour l’abaya.

La comparaison est assez spécieuse et il n’est pas certain que la communauté homo l’ait appréciée à sa juste valeur. Mais on voit l’idée : l’abaya, qui se répand actuellement dans les écoles, ne répondrait qu’à une mode et ne traduirait aucunement un penchant quelconque pour l’islamisme.

Manuel Bompard, le bras gauche de Mélenchon, estime d’ailleurs que le port de ce vêtement ne concerne qu’une toute petite minorité d’élève, et Mélenchon insiste pour sa part sur le caractère artificiel de la polémique, considérant qu’il s’agit d’une manœuvre gouvernementale pour détourner l’attention de l’opinion publique des problèmes du moment, notamment au sein de l’école (manque de moyens etc.).

Un autre argument de LFI est de s’appuyer sur la position du Conseil français du culte musulman qui ne revendique pas l’abaya comme tenue religieuse. L’abaya ne serait donc pas exactement une tenue cultuelle mais plutôt une tenue culturelle. Il n’empêche que, pour l’heure, seules les femmes et les filles de confession musulmane en portent.

Il est certes probable que, pour faire prospérer leur action devant le Conseil d’Etat, les jeunes militantes LFI – le plus souvent athées – se feront un devoir de porter aussi cette tenue, et de convaincre leurs camarades de classe de la porter. Des sondages d’opinion montrent d’ailleurs que si 82% des Français sont opposés au port de cette tenue à l’école, chez les plus jeunes, une petite majorité y serait désormais favorable.

Une ligne islamo-progressiste qui éloigne toujours plus les Français de souche

Néanmoins la droite, le gouvernement, le RN et Reconquête, bien entendu, mais aussi des personnalités du PS et du PC sont pour l’interdiction de l’abaya à l’école. Autrement dit à peu près toute la classe politique à l’exception de la majorité des militants LFI et écolos, fidèles à une ligne islamo-progressiste, qui éloigne toujours plus d’eux les Français « de souche »

Mais l’extrême gauche, convaincue désormais qu’elle ne viendra pas au pouvoir par les voies classiques d’une alternance politique assurée par les urnes, et probablement pas non plus par des voies insurrectionnelles dans la tradition de 1789 et des soubresauts du XIXe siècle, ne semble guère parier que sur ce fameux « grand remplacement » qui n’existe pas mais qui se précise chaque jour.

Quand Mélenchon explique : « de nouveau on sait que les musulmans redeviennent une cible » (sous-entendu : comme pendant la guerre d’Algérie), il envoie un message très explicite aux Français musulmans, mais plus encore aux futurs Français issus de l’immigration musulmane. C’est le nouveau prolétariat à conquérir, à « conscientiser » pour enfin aboutir à une bonne vieille révolution bien sanglante, dans la grande tradition, constamment commémorée, de la gauche.

Mélenchon explique sans fard que son approche concernant l’abaya est la même que celle qui explique le tapis rouge déroulé par son parti et par les écologistes devant le rappeur islamiste Médine.

Bien entendu les uns et les autres se fichent comme d’une guigne de l’Islam et du Coran. Mais une révolution, une resucée des nuits d’il y a huit semaines à une puissance dix, ou à défaut des votes communautaristes en banlieue, au profit de son organisation, voilà qui constituerait, selon lui, autant d’avancées démocratiques.

C’est pourquoi si Mélenchon reconnaît que l’abaya est « pour certaines, le signal d’un attachement communautaire », il s’oppose à cette interdiction, qui « confondrait éducation et dressage. Dressage et domestication (…). Tout est dit alors pour montrer comment la phobie religieuse se combine avec le mépris de classe. Et avec le sexisme bien sûr, puisqu’une fois de plus il s’agit d’un vêtement féminin [petit couplet pour plaire aux hystériques du parti écologique] ».

« La phobie religieuse se combine avec le mépris de classe » ? Une autre façon de dire : « une révolte islamiste doit venir appuyer la révolution de type marxiste que nous souhaitons ».

Et c’est ainsi que Mélenchon en arrive à expliquer que « l’interdiction de l’abaya n’a rien à voir avec la laïcité. Au contraire, c’est une agression de plus contre elle ». Quel talent !

Agathon

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