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Nouvelles des médias : ces trimestriels qui offrent un refuge à la pensée dissidente

Le regretté quotidien Présent avait plus d’une fois alerté son public sur la quasi-impossibilité de survivre, pour un média papier, s’il n’a ni annonceurs ni mécènes. En outre, rappelait régulièrement le quotidien fondé par Madiran et Brigneau (et quelques autres), plus la périodicité est fréquente et plus la survie est difficile. Le quotidien papier, qui ne reste en principe en vente dans les kiosques qu’une douzaine d’heures au mieux, qui traite de l’actualité de la veille, et qui sera déjà dépassé par l’actualité du lendemain, est le plus vulnérable des médias, d’autant que ses vrais concurrents sont la radio, la télévision, les sites d’info en ligne.

C’est bien pourquoi ne survivent aujourd’hui que quelques quotidiens nationaux ou régionaux, soutenus par des milliardaires (ou par la volonté de l’Etat), et intégrés à des groupes industriels et financiers, aucun ne reflétant une ligne proche de l’opinion des 40% de Français qui ont voté Bardella ou Maréchal le 9 juin.

Mais la presse papier, expliquait toujours Présent, se vend mieux quand sa durée possible de vente est plus longue : un hebdo est mieux loti qu’un quotidien, un mensuel qu’un hebdo. Et un trimestriel, même à tirage modeste, peut survivre, face aux médias de l’instantané comme face aux médias classiques, qu’ils soient quotidiens, hebdomadaires ou mensuel.

Je voudrais évoquer précisément quelques trimestriels dont la longévité témoigne de la réalité de ce constat :

Poésie et tradition

La revue Altaïr se veut « périodique trimestriel de poésie et de tradition ». Elle est imprimée en Belgique de façon plutôt modeste. Mais grâce à quoi elle vient de fêter son 50e anniversaire. C’est en effet en juin 1974 que Jean-Pierre Hamblenne a lancé ce périodique, qui a sorti son 200e numéro. Altaïr publie de la poésie, et on imagine sans peine que le public, pour cette littérature-là, n’est pas extensible à l’infini. Mais ce trimestriel constitue une précieuse tribune pour les poètes : Louis de Condé, Joël Laloux, Jean Hautepierre peuvent ainsi diffuser leurs œuvres aux amateurs de ce genre littéraire plutôt négligé. La revue a compté aussi dans ses rangs des poètes aujourd’hui disparus mais qui méritent qu’on se souvienne d’eux : Pierre Pascal ou Pierre Dudan, bien entendu, dont les œuvres continuent à vivre, Alain Didier, qui rédigeait aussi la critique théâtrale dans Présent, Le docteur Paul Thauziès, qui signait ses recueils de poésie et ses romans du nom de Jean Rimeize. Altaïr n’oublie jamais de republier des poèmes venus d’un passé plus lointain : Maurras, Déroulède etc. C’est pourquoi la revue n’a pas été insensible à l’édition conjointe par les amis de Brasillach et les amis de Béraud d’un recueil illustré (et inédit) rédigé dans les prisons de Fresnes et de Saint-Martin-de-Ré, lors de l’épuration. Cette publication fait en effet une large place aux poèmes des bagnards. La « poésie carcérale » serait presque un genre à part entière. Pour ces poètes-là, en attente de leur jugement, voire de leur assassinat légal, chaque mot comptait, et suscite donc chez le lecteur, même 80 ans plus tard, un surcroit d’émotion.

« Valeurs dégénérées »

Autre revue trimestrielle à l’impressionnante longévité : Réfléchir et Agir, La couverture de son 82e numéro présente un dessin « art déco » ou « futuriste », pour illustrer son thème central : « l’économie de la puissance ». Un dossier d’une quinzaine de pages. La vision des auteurs, c’est que nous allons vers un affrontement global entre « l’Occident américano-sioniste d’un côté » et les autres, à savoir « un monde multipolaire » réfractaire aux « valeurs dégénérées ». C’est un point de vue, qui a l’avantage de permettre de trancher facilement les questions géopolitiques. Mais quand le monde se complexifie, devient multipolaire, précisément, cette vision assez gaullienne, en fait, risque de perdre de sa pertinence. Nous n‘en sommes pas encore là, et ce dossier a le mérite de nous pousser à prendre de la hauteur et du recul, et il donne une vision d’ensemble qui, dans le long terme, ne manque pas de cohérence.

Je vous avouerais toutefois que, pour ma part, je commence toujours par lire, dans R&A, les brèves des premières pages, et par sourire aux dessins d’Adolf… Quand une revue peut à la fois produire des dossiers fouillés et faire rire ses lecteurs, c’est que le produit est bon. Dommage que R&A ait cessé d’être vendu en kiosque, mais cela illustre bien la difficulté à faire vivre une telle revue, même de qualité et ne faisant pourtant appel qu’à des bénévoles.

L’héroïque abbé Perrot

Troisième revue trimestrielle : Synthèse nationale. Son format est celui d’un livre, sa présentation est celle d’une revue. Son numéro 66 laisse supposer qu’elle a donc 16 ans d’existence, si le calcul est bon.

Ce numéro est largement consacré aux élections européennes, dont le lecteur connait à présent les sidérants résultats, et le tremblement de terre que cela a déclenché ! Synthèse soutenait Marion Maréchal, ce qui n’était pas un mauvais choix, même si le score de la liste Reconquête a été modeste. Mais vous vous consolerez (façon de parler !) en lisant l’article sur l’héroïque abbé Perrot, qui fut assassiné par les communistes. C’est une revue à soutenir, le dosage des articles politiques, littéraires, d’actualité ou historique est parfait. Et grâce à son format et son dos carré, elle peut tenir verticalement dans votre bibliothèque. Un vrai gain de place !

François Solchaga

Altaïr, JP Hamblenne, BP19 – 1420 Braine L’Alleud (Belgique)

R&A BP 90825 31008 Toulouse cedex 6

Synthèse nationale BP80135 – 22301 – LANNION PDC

synthesenatioanle@gmail.com

(9 commentaires)

  1. Le quotidien Présent a disparu parce que ses dirigeants ont manqué de prendre le train de la distribution par internet. Refuser de proposer aux lecteurs nouveaux un abonnement numérique à un tarif décent, les obliger à payer un abonnement à la version papier, c’était ne pas tenir compte du mode réel.

    Jean Madiran avait pourtant ouvert la voie, j’étais à ses côtés lorsqu’il pris cette décision capitale au cours d’une discussion avec Jean-Gilles Malliarakis à la librairie du Petit Pont de mettre Présent sur le net. Dès la semaine suivante c’était fait.

    Cette erreur stratégique aboutit finalement au naufrage de Présent, alors que les ressources nouvelles des abonnements numériques auraient permis de continuer à imprimer le journal papier. Ceux qui l’ont commise portent la responsabilité de la disparition du seul quotidien chrétien de droite. Ils se reconnaîtront.

  2. Il est dommage que vous ayez omis de citer”Elements” et “Terre & Peuple”… Avec toute ma sympathie

  3. Présent papier, quotidien, était une grosse machine, avec beaucoup de charges (un million d’euros par an), de salariés au regard d’un chiffre d’affaires en baisse continue ces 20 dernières années..
    Le tournant internet, qui réussit actuellement à Boulevard Voltaire, par exemple, était à prendre dès les années 2000, car l’âge d’or de la presse papier se terminait. Nous entrions dans l’ère de l’info abondante, instantanée, gratuite. Mais il aurait été plus facile de partir de rien que de faire prendre le virage au quotidien papier.
    Sans mécènes, sans soutiens de l’Etat (au contraire !) sans publicité, Présent papier n’a pas su ou pu prendre ce tournant, à l’époque. Il a tenu encore une vingtaine d’années, grâce au dévouement de nombreux rédacteurs bénévoles et à la générosité des lecteurs, ne l’oublions pas. Cela tenait d’un miracle quotidiennement renouvelé.
    Il reste néanmoins ce “Nouveau Présent”, petite touche d’originalité dans le paysage médiatique, et qui mérite notre soutien, me semble-t-il. Au moins le soutien des nostalgiques du Présent quotidien.

  4. Boulevard Voltaire est un ramassis de bobos et ne doit son audience qu’à la présence de sa patronne chez Cnews, au côté de Lévy et Goldnagel, donc au soutien du catho-sioniste Bolloré.

    Ne tournez pas autour du pot, ceux qui se sont opposés à proposer le Présent numérique à un prix de marché, ont de fait saboté le journal. Le succès du numérique aurait été tel que le nombre d’abonnements aurait plus que largement compensé la baisse de prix. De plus la diffusion aurait évidemment franchi les frontières, pensez aux Canadiens, Africains etc. et tous les étrangers francophones chrétiens et patriotes qui résistent aux mondialistes : des dizaines de millions sinon des centaines.
    Quant au fidèle du journal papier il n’aurait pas cessé son abonnement pour autant, ou ses achats aux kiosques, pour y maintenir l’affichage de Présent, et au fil du temps il aurait bénéficié d’une baisse de prix.

    Si vous avez les programmes informatiques il sera possible de relancer une revue où un journal avec des plumes de talents. Mais de grâce, avec les hommes et les femmes de votre trempe, pas avec les bobos de Cluzel qui font de la soupe après avoir lu Le Figaro.
    Bonne route à vous, en toute sympathie.

  5. Tout à fait d’accord avec Francis Bergeron dans la mauvaise querelle faire à Présent.
    La fabrication d’un QUOTIDIEN papier distribué dans les kiosques exige beaucoup de papier (en augmentation constante), la marge hallucinante versée aux Messageries de presse chargées de le distribuer et les très lourds frais de destruction des exemplaires non vendus, la présence d’une administration et de deux metteurs en pages-monteurs très expérimentés donc bien payés — au cas d’accident ou défection du titulaire — , l’existence et l’entretien d’un parc informatique performant et important pour la mise en pages, l’administration (réduite à deux personnes à mi-temps), les journalistes, et, bien entendu, la location d’un local. Dans les quinze dernières années,  Présent avait abandonné le grand appartement de la rue d’Amboise pour une seule pièce sur cour au rez-de-chaussée où les collaborateurs travaillaient les uns sur les autres, dans des conditions difficiles. Le coup de grâce est venu avec les procès intentés (et parfois gagnés) devant les Prud’hommes par certains anciens collaborateurs faisant jouer la clause de conscience car le journal était devenu à leurs yeux moins catholique ou moins anticommuniste et la décision de la Commission paritaire de presse de lui supprimer les tarifs postaux préférentiels réservés à la presse. D’où une très forte augmentation de l’acheminement postal des abonnements.
    Alors qu’en effet, la concurrence d’une information gratuite généralisée était redoutable et que Présent ne bénéficiait d’aucun mécénat ni aide d’Etat, bien au contraire, la disparition de Présent papier était inéluctable. Ce qui n’empêche pas, hélas, les procès en homophobie intentés en 2021 par une association LGBT de suivre leur cours.

  6. Camille Gallic, il ne s’agit pas de chercher querelle à Francis Bergeron, mais seulement de dire que certains, à Présent, ont refusé que le journal se développe via le canal numérique. Il y eut par ailleurs les coups bas internes, les attaques du pouvoir, le poids exorbitant des charges sociales (qui tuent toutes les entreprises) que nous connaissons mais ce n’était pas mon sujet. Reconnaissez que les investissements qui furent consacrés pour créer la version numérique, sui ont dû être conséquents, le furent en vain, car vouloir faire payer le journal numérique au prix du journal papier, puisque la seule possibilité d’avoir le Numérique fut de s’abonner au Papier, était un non-sens.
    Assurément, Jean Madiran aurait agit différemment.

  7. Le numérique a surgi dans le paysage médiatique et littéralement explosé à partir de 2000. Bravo à Boulevard Voltaire ou encore à Breizh Info d’avoir suffisamment tôt senti la tendance et bâti d’emblée, outre un outil adapté, un modèle économique performant.
    Bravo aussi à des médias papier comme Valeurs actuelles d’avoir su développer l’outil numérique en parallèle à l’hebdo papier
    Présent avait identitfié le problème assez tôt, et monté, avec la volonté de Madiran, un bon outil numérique, nous dit Dominique. Mais force est de constater qu’en 2014 la version numérique du quotidien n’était toujours guère lue, et la sarl Présent, en déficit chronique, avait des charges trés lourdes (pas loin d’une vingtaine de salariés en CDI, augmentation du prix du papier etc.), le journal n’avait sans doute pas les moyens de développer une action commerciale ciblée au profit de la version numérique, sachant que les abonnements numériques étaient (et restent) peu coûteux, quand ils ne sont pas gratuits,. La prestation quotidienne papier était alors la seule à assurer des rentrées financières, capables de couvrir plus ou moins les charges notamment salariales.
    Il aurait fallu recapitaliser le titre pour restructurer le mixte papier/numérique. Mais en tout état de cause les difficultés suppélmentaires évoquées par Camille Galic ruinaient d’avance cette approche, outre la difficulté à trouver les mécènes pour une recapitalisation.
    Le Nouveau Présent constitue une relance, certes modeste, de “l’esprit Présent”, média qui fut le seul quotidien national de l’aprés-guerre, et ceci pendant près de 42 ans. C’est pourquoi nous sommes un certain nombre à apporter notre soutien et notre confiance à l’équipe de Xavier Eman, pour débelopper Le Nouveau Présent hebdo, certes intégralement numérique pour l’heure.

    1. Cher Francis Bergeron, ne cherchez pas d’excuses à ceux qui ont saboté le Présent numérique. Les investissements avaient été réalisés, le journal numérique était magnifique ( rien à voir avec l’outil breton). Mais vendre le numérique au prix de l’abonnement papier – puisque la seule façon de lire le numérique sur son ordinateur ou son téléphone était de s’abonner au papier, cela EMPÊCHAIT évidemment toute souscription de lecteurs numériques nouveaux! Ce fut donc un sabotage inconscient – car vous aviez tous la tête dans le guidon pour maintenir le papier, ou volontaire par la volonté de certains puristes. Il y a donc des responsables, ou des coupables. Mon propos n’était pas de réveiller des conflits ni de raviver des blessures, mais de dire la vérité. Et surtout de susciter des projets pour redonner vie à ce Présent numérique car la France a besoin d’un quotidien patriotique et catholique alliant l’information et l’opinion, l’écrit et maintenant le visuel ( les interviews). Il y a toujours d’excellents journalistes, anciens et nouveaux, et un mécène pourrait être trouvé ( à condition de le chercher). Et puisqu’un journal est toujours bâti autour d’un homme, celui-ci il faut l’appeler de nos voeux.

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