C’était prévisible et nous l’avions d’ailleurs annoncé dès le 3 juillet : Louis Sarkozy sera tête de liste LR à Menton pour les municipales des 15 et 22 mars prochain. Quant à Éric Ciotti, auquel son mandat de député ne suffit plus depuis que son alliance des législatives avec le RN lui a fait perdre la présidence des Républicains, l’obligeant à se contenter de celle de l’UDR (Union des droites pour la République, comptant 17 députés), il a lancé le 31 août sa campagne contre le sortant qui, en place depuis 2008, n’entend pas lâcher les rênes et multiplie déjà les réunions de quartier pour y vanter son action.
Affaire des fiches à Nice
Avant même l’annonce officielle de la candidature de celui qui fut son directeur de cabinet, son adjoint à la mairie puis le président de son comité de soutien, Christian Estrosi avait condamné le 12 août les pratiques si « épouvantables, ignobles, dangereuses »de son rival qu’elles« rappelleraient les heures les plus sombres de notre histoire », à faire trembler l’importante communauté juive de Nice que se disputent les deux anciens compères. Pratiques que M. le maire aurait découvertes — ou fait fuiter, estiment certains — dans Libération. De quoi s’agit-il ? Dans le fichier des adhérents LR comprenant un millier de noms, les équipes Ciotti auraient précisé l’origine (corse, arménienne, etc.) desdits adhérents, leur profession et leur appartenance religieuse et politique. En remettant une couche le 14 aout sur BFM TV, Estrosi annonçait son intention de porter plainte car, assura-t-il, « nous ne pouvons pas accepter une action où tous mes concitoyens pourraient imaginer, pour leur situation personnelle, qu’ils soient cités, fichés, suivis ».
Quelques heures plus tard, c’est Éric Ciotti qui annonçait porter plainte pour diffamation, affirmant que « les propos calomnieux, grotesques et contraires à toute vérité tenus par Christian Estrosi à propos de prétendus “fichages” sont d’une extrême gravité et relèvent d’une grossière manipulation ».
En attendant les résultats des perquisitions menées à l’instigation du parquet « en vue notamment de saisies de données informatiques », aussi bien dans les permanences de Ciotti qu’au conseil départemental des Alpes-Maritimes dont l’intéressé préside encore la commission des finances, une chose est sûre : le scandale tombe à pic pour le maire sortant, dont l’étoile a bien pâli en raison de l’endettement vertigineux de sa ville de moins en moins bella à mesure que les logements sociaux sont de plus en plus dévolus à des immigrés. Résultat : une délinquance si incontrôlable qu’Estrosi, qui dispose déjà de la police municipale la plus nombreuse de France, vient d’annoncer le recrutement de cinquante… gardes champêtres au prétexte que ceux-ci, dotés du statut d’officier de police judiciaire auraient le droit de verbaliser les contrevenants ! Parallèlement, l’influence du Gay Power croît à la mairie qui, très fière de son « Petit Marais » adjacent à la célèbre place Garibaldi, multiplie les opérations de promotion dans ce sens.
Avec l’appui du Rassemblement national qui n’a pu faire élire aucun député à Nice, et sauf rupture toujours possible d’ici à mars, Éric Ciotti, qui pourrait prendre comme troisième de liste le colonel de gendarmerie Benoît Kandel, ancien premier adjoint d’Estrosi récemment reconverti en responsable du RN niçois, aurait ses chance. Mais la nouvelle affaire des fiches sert au premier chef le maire actuel. Surtout si Philippe Vardon, ex-FN, ex-RN, ex-Reconquête ! et chef de file de « Retrouver Nice », principal groupe d’opposition avec six élus, parvient à constituer une liste en intégrant quelques marinistes et zemmouristes déçus. Une liste de plus car il y en aurait déjà seize en préparation.
Menton, base de départ de la fusée Sarkozy bis ?
À Menton, où l’avocate ex-LR Alexandra Masson a été élue aux législatives de 2024 sous l’étiquette du Rassemblement national, ce parti semblait bien parti pour l’emporter aux municipales. La candidature de Louis Sarkozy, servie par la popularité que lui valent ses interventions régulières, en tant que « spécialiste des Etats-Unis » (où, né en 1997, il vécut de 2007 à 2020, y faisant toutes ses études, d’ailleurs sous le pseudo d‘Attias, patronyme du troisième époux de sa mère Cécilia née Ciganer), sur la chaîne LCI propriété de son parrain Martin Bouygues, rebat les cartes.
Le RN ira-t-il seul à la bataille ? Certains rêvent d’une liste de droite unie, Sarko père ayant, pour « parler de la France », tenu à recevoir ces derniers temps Jordan Bardella puis Sébastien Chenu, respectivement président et vice-président du RN, et à donner une grande publicité à ces rencontres improbables.
Si, sur la Côte d’Azur où l’on ne déteste pas le bling-bling propre au clan Sarkozy, une telle alliance peut à la rigueur marcher, on doute qu’elle servirait le RN sur le plan national tant l’ancien Élyséen est — à juste titre — un repoussoir pour nombre de militants et d’électeurs. Ceux-ci n’oublient ni ses promesses trahies en matière de sécurité notamment ni le tour de passe-passe que fut l’adoption en 2007 par voie parlementaire du traité de Lisbonne élargissant encore les pouvoirs de la Commission européenne et l’inféodant à l’OTAN, évolution pourtant rejetée par référendum en 2005 par 55% des Français. Et ils ne sont pas prêts à pardonner son implication dans de si louches affaires financières que les condamnations qui en ont résulté l’ont fait radier de l’ordre de la Légion d’honneur, seul chef d’État français ainsi dégradé avec Philippe Pétain.
Si le Maréchal subit cette humiliation, ce n’était toutefois pas pour avoir accru son magot mais, au contraire, à ses risques et périls et avec un désintéressement total, fait don de sa personne à la France envahie, vraiment dans la période la plus sombre de notre histoire.
De notre correspondant dans les Alpes -Maritimes
Stéphane Galet