Torture

Une société de voyeurs sadiques ?

Dans la nuit du 17 au 18 août dernier, mourrait Raphaël Graven, dit « Jean Pormanove », « streamer » ou « créateur de contenu en ligne », sous les yeux de quelques 15 à 20 000 spectateurs suivant la diffusion d’un « marathon du stream » de dix jours constitué d’une longue suite de vexations, d’insultes, de brimades, d’humiliations et d’actes pouvant être considérés comme de la torture.

« Jean Pormanove », ancien militaire puis « gamer », visiblement affaibli et malade, était devenu « célèbre » en acceptant de devenir le souffre douleur de deux acolytes, Naruto, de son vrai nom Owen Cenazandotti, et Safine Hamadi, dans une « émission » en ligne diffusée sur la plateforme « Kick ». Un programme de « divertissement » suivi par près de 300 000 personnes et rapportant à ses animateurs (ainsi qu’au diffuseur) plusieurs dizaines de milliers d’euros mensuels.

Les images de ce programme laissent muets de dégoût : insultes, jets de peinture et de vomis, crachats, violences physiques…

Si c’est la justice qui déterminera les causes exactes du décès du martyr « volontaire », on peut d’ors et déjà pointer d’autres responsabilités.

Celle des pouvoirs publics et plus particulièrement de l’Arcom, qui, malgré plusieurs signalements et une enquête de Mediapart, était sans doute plus occupé à traquer les propos considérés comme « d’extrême droite » sur telle ou telle chaîne qu’à empêcher la diffusion de sévices en direct.

Celle aussi, plus inquiétante encore, de tous ces spectateurs, ces voyeurs avides d’humiliations, se pourléchant de l’abaissement d’un homme et encourageant ses tourmenteurs à toujours plus de violence et de sadisme, allant même jusqu’à donner de l’argent pour le que le « spectacle » continu et soit de plus en plus sordide. Chacun d’entre eux est pleinement complice et responsable de cette tragédie révélatrice de la totale déliquescence morale de notre société où la vénalité et le désir pathologique de célébrité n’ont plus aucune limite ni garde-fou.

La réalité dépasse la fiction

Une fois encore, on ne peut que constater que notre monde moderne, prétendument « civilisé », « citoyen » et « vivre-ensembliste», dépasse, en bassesse et en cruauté, les plus sombres prévisions des dystopies littéraires et cinématographiques du siècle passé. On peut penser notamment ici au film d’Yves Boisset, « Le prix du danger » qui, en 1983, imaginait les dérives de la « télé-réalité » aboutissant à la mise en scène d’une véritable « chasse à l’homme » où la mort des candidats malheureux était bien réelle.

Nous en sommes là, ou du moins plus très loin. Et nul doute que nous irons encore plus loin dans l’abjection si rien n’est fait pour endiguer ce phénomène d’exhibitionnisme mortifère nourrissant en retour les pathologies malsaines de voyeurs désormais dénués de tout sens moral.

Car, au-delà des questions juridiques et techniques et des indispensables mesures coercitives et punitives à prendre contre les acteurs de ces infâmes productions, c’est bien la question de l’effacement des barrières morales, de la disparition du respect de la dignité humaine et de l’effacement de la plus basique et naturelle empathie qui se pose.

Un pas de plus dans l’ensauvagement du quotidien

Car cette « affaire Jean Promanove », qui en cache sans doute bien d’autres du même mauvais et sinistre genre, n’est finalement que l’institutionnalisation économique et commerciale d’un phénomène récurrent qui ronge de façon toujours plus prégnante notre quotidien depuis maintenant de nombreuses années : celui de la violence gratuite associée à la mise en scène de celle-ci.

Il suffit de penser à toutes ces agressions, même les plus barbares, filmées puis diffusées sur les réseaux sociaux et très largement appréciées par un public plus que conséquent ne manquant par de signifier son hilarité, son grand plaisir et même ses vifs encouragements aux auteurs.

Or l’on constate aujourd’hui, que loin d’être limité aux population racailleuses des cités de l’immigration, ce voyeurisme sadique et ce goût pour le spectacle de la violence se répandent dans toutes les strates et les composantes du pays.

Frustration, ennui, perte de repères, influence des jeux vidéos, atavismes culturels, névroses identitaires, débilitation collective… les causes de cette sinistre tendance sont sans doute multiple, mais le mal est en tout cas très profond.

C’est pourquoi, dans nos foyers, nos écoles, nos paroisses, nos quartiers, il est désormais vital de réagir urgemment et radicalement contre ce phénomène de pourrissement qui touche chaque jour un peu plus l’ensemble des composantes de la société. Par l’interdiction la plus longue possible des écrans puis le contrôle maximum de ceux-ci, par l’encadrement stricte des « diffuseurs de contenus » (non pas sur des bases « politiques » ou « idéologiques » mais éthiques et morales), par des sanctions dissuasives contre les producteurs mais aussi les spectateurs de contenus violents et indignes, mais aussi, et peut-être surtout, par l’éducation, l’apprentissage du beau, du juste, du vrai, par l’arrachement à la société du virtuel via le scoutisme, le sport, l’engagement associatif ou militant, la culture qui élève, l’effort qui transcende, la frugalité qui épure.

Il est impérieux que notre peuple sorte enfin la tête du marécage numérique et regarde à nouveau vers le ciel. Avant qu’il ne soit trop tard. Défintivement.

Xavier Eman

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