Un célèbre écrivain allemand de l’entre-deux guerres, Friedrich Sieburg, avait publié en 1929 un livre intitulé Wie Gott in Frankreich, (« Comme Dieu en France »). Ce titre faisait référence à un proverbe allemand : « heureux comme Dieu en France ». Vue d’Allemagne, la France était alors considérée comme un pays béni de Dieu, où l’on bénéficiait d’un maximum de libertés et de sécurité. Les temps ont changé. Un siècle plus tard notre pays est devenu une sorte d’Eden, un sanctuaire… pour les malfaiteurs et pour les déséquilibrés de la planète. Pour s’en convaincre il suffit de lire les statistiques du ministère de l’intérieur ou de parcourir la liste des détenus dans nos prisons et des internés dans nos asiles psychiatriques.
Mais cette question de la criminalité sur notre territoire est sans doute l’un des thèmes faisant l’objet de la plus systématique de désinformations de masse. Au nom de quoi ? Au nom du « vivre ensemble », sans doute.
Je me souviens (époque Mitterrand ou Jospin) d’un long article du quotidien socialisant (et néanmoins monopolistique) La Nouvelle République, publié dans la région Centre, consacré à la délinquance en France, et qui titrait, triomphant, sur la baisse de celle-ci. Il fallait lire l’article avec attention et le stylo à la main pour comprendre que le journal se basait sur le seul constat d’une augmentation de la délinquance moins forte que celle de l’année l’année précédente !
Déni du réel : une maladie française
Et même si, aujourd’hui, Darmanin et d’autres établissent sans trop de complexe reconnaissent un lien entre criminalité et immigration, après des années de négationnisme sur le sujet (avec condamnations par les tribunaux à la clé), ce genre d’analyse reste globalement tabou, en tout cas dans les médias du « sévice public », comme les appelle l’avocat Goldnadel. Le déni du réel est » une maladie française » nous rappelle l’essayiste Michel Festivi (pages 17 à 23).
Dans sa célèbre (mais insuffisamment célèbre) collection « La désinformation autour de… », le journaliste et éditeur Philippe Randa nous présente aujourd’hui une très bienvenue Désinformation autour de la criminalité. Randa a recouru aux compétences d’une quinzaine de journalistes d’investigation, criminologues, enquêteurs de police et anciens du RAID ou du GIGN.
Il ne s’agit pas d’un ouvrage de synthèse supplémentaire, bourré de chiffres et de statistiques, comme en ont publié, ces trente dernières années, un Xavier Raufer ou un Alain Bauer, qui comptent parmi les plus grands criminologies français, il s’agit d’illustrer ce thème général, avec, en l’occurrence, l’appui du dessinateur Miège.
« ça a toujours existé » (sic !)
Parler par exemple de « la croissance exponentielle de la violence et de la criminalité dans le monde rural » (Francis Bergeron, pages 23 à 27), ce n’est pas sortir une floppée de statistiques inédites, c’est plutôt révéler les nouvelles formes et les nouvelles filières du pillage organisé de nos campagnes. Recenser les attaques à l’arme blanche et en tirer une leçon (Patrick Parment, pages 161 à 164) ou démystifier le sempiternel « ça a toujours existé » (Scipion de Salm, pages 133 à 136), c’est donner des arguments et des illustrations pour ceux qui se trouvent confrontés, au quotidien, à la désinformation sur ces thèmes.
Cet essai à plusieurs voix se lit un peu comme un recueil de nouvelles, de sinistres nouvelles, la triste litanie du malheur français et plus globalement européen.
Mais à la différence des travaux savants que l’on garde à portée de main mais qu’on lit sans plaisir, plutôt par nécessité ou par devoir, ce petit livre (204 pages, quand même) se lit avec intérêt, voire parfois avec délectation quand les méchants du monde criminel se trouvent rattrapés par la patrouille, tel le tueur « antifasciste » Bertrand Cantat.
Agathon
Philippe Randa (et 16 autres contributeurs), Ed. Dualpha, 2025, 204 p.








