Ce dimanche 8 mars 2026, donnait le coup d’envoi à une série d’élections régionales cruciales pour la coalition au pouvoir CDU/SPD, dirigée par le chancelier Merz, qui n’a plus le vent en poupe, si l’on en croit les récents sondages, près des ¾ des sondés se disent insatisfaits de leur gouvernement. C’est donc le Bade-Wurtemberg qui a ouvert le bal, avant la Rhénanie-Palatinat le 22 mars, puis en septembre, ce sera le tour à trois Landers de l’Est, la Saxe-Anhalt, Berlin et enfin le Mecklembourg-Poméranie, où les sondages affolent la bien-pensance allemande, tant les scores de l’AfD sont donnés très haut.
Dans ce Land de l’Ouest, une des régions les plus riches du pays avec sa capitale Stuttgart, ce sont les Verts qui gouvernent cette entité d’un peu plus de 35 000 km2 et de 11 millions d’habitants. Il s’agissait d’élire 157 députés locaux. Les Verts qui ont gagné les trois dernières élections, ont formé une coalition avec la CDU. Le changement cette fois-ci, le ministre-président du Land, le Vert Winfried Kretschmann, après plus de 5200 jours au pouvoir et trois mandats, ne se représentait pas, il laisse sa place à Cem Özdemir, 60 ans, qui comme son nom l’indique, est un Allemand d’origine turque, qui a obtenu la nationalité allemande à l’âge de 16 ans. Autre changement, le Land a voté en 2022 une réforme de la loi électorale locale, qui institue une « deuxième voix » pour voter en faveur d’une liste régionale, et a abaissé la majorité électorale à 16 ans. Comme souvent en Allemagne, les électeurs disposent donc de deux voix, la première pour voter pour un candidat dans l’une des 70 circonscriptions uninominales, et une seconde pour une liste de candidats au niveau régional. La deuxième voix permet la répartition proportionnelle des listes qui ont au moins atteintes les 5%, la première voix désigne un candidat, celui qui l’emporte est celui arrivé tout simplement en tête.
Mais le marasme économique, surtout dans l’industrie automobile, frappée de plein fouet, a été le thème principal de la campagne, de cette contrée surnommée, Autoland. Le chancelier s’y est personnellement impliqué, au soutien de Martin Hagel, 37 ans, qui représente la CDU. Les tous derniers sondages donnaient la CDU et les Verts au coude à coude, l’AfD se positionnant en 3ème position avec la perspective de voir le nombre de ses élus (17) doubler, sous la houlette de Markus Frohnmaier, 35 ans, et membre du Bundestag depuis 2017, que l’on dit proche de la co-présidente du parti, Alice Weidel.
Les Verts restent le premier parti du Land avec 30,20% et 56 élus, deux de moins qu’en 2021. Si la CDU progresse, soit 29,69% et 56 élus aussi, elle est légèrement devancée en voix par les Grünen. Mais c’est l’Afd qui imprime de nouveau son tempo et sa marque en devenant le 3ème parti au Landtag, avec 18,80%, neuf points de plus qu’en 2021 et 18 élus de plus soit désormais 35 sièges. Dans un Land de l’Ouest, c’est un exploit. Le SPD, la gauche allemande s’effondrent et parvient de justesse à passer la barre des 5%, 5,65% dix députés, quasiment la moitié moins qu’en 2021.
Les libéraux du FDP disparaissent de l’hémicycle, ils avaient eu 18 élus en 2021, l’extrême gauche allemande Die Linke échoue aussi avec 4,41%, tout comme le parti gauchiste-national de Sara Wagenknecht avec 1,91%. Dès le soir même le chef des Verts annonçait son intention de reconduire l’accord avec la CDU, les tractations, bien dans la tradition allemande vont commencer. La CDU associée à l’AfD pourrait parfaitement gouverner aussi, mais la CDU a d’emblée exclu toute discussion avec l’AfD.
Ainsi, malgré toutes les avanies politico judiciaires dans lesquelles se débat l’AfD, les électeurs, même ceux de l’Ouest du pays, ne semblent pas s’en soucier plus que cela. Pourtant les gouvernements tentent de multiplier les chausse-trapes, en accusant l’AfD de pratiques inconstitutionnelles, pour l’interdire. Récemment le Tribunal de Cologne a rejeté le classement de l’AfD en organisation « d’extrême-droite », ce qui aurait permis aux services de sécurité des actions de police politique à son encontre. De toute façon, la montée de l’immigration et de l’insécurité, liée à la stagnation économique, malgré les belles promesses de Merz, ne peuvent que favoriser parmi le peuple allemand, l’AfD.
Michel Festivi







