Trump

Trump mal parti pour le Nobel de la paix

Du moins l’intention de Benyamin Netanyahou est-elle claire. Par conviction ou volonté d’échapper à tout prix aux nombreuses poursuites pour détournements de fonds publics et pratiques frauduleuses intentés contre lui et son épouse, il entend « éradiquer le régime iranien », comme d’ailleurs le Hezbollah chiite du Sud-Liban — en bonne voie de destruction totale, d’où un nouvel et massif exode puisqu’on parle de 400 000 « déplacés » vers Beyrouth, elle-même soumise à de sérieux bombardements. Mais quels objectifs son compère Trump poursuit-il quant à lui ?

Que veut-il et où nous entraînera-t-il ?

Le 8 mars, il annonçait ainsi : « Cuba vit ses derniers jours. Je vais m’en occuper. » Sans bien sûr cesser de « s’occuper » de l’Iran, au risque d’ailleurs d’y provoquer une catastrophe écologique consécutive aux bombardements systématiques sur les gisements et sites d’exploitation d’hydrocarbures. Et non sans moult marches et contre-marches.

Déploiera-t-il ou pas des troupes au sol ? Après avoir rejeté cette possibilité, il ne l’exclut plus. De même, alors que, quatre jours plus tôt, il avait lui-même appelé au téléphone des chefs de milices kurdes irakiennes pour les pousser à pénétrer en Iran pour y porter la guerre, il faisait volte-face le 7 mars. Sans doute sous la pression du puissant allié turc, dont le président Erdogan est fondamentalement hostile à la création sur la frontière sud-orientale d’un État kurde rêvant d’une Anschluss de la partie kurdophone de la Turquie de Diyarbakir à Erzurum. Mais rien ne dit que, la semaine prochaine, le président états-unien ne rappellera pas les interlocuteurs kurdes pour les pousser derechef à l’action.

Dans mon premier article sur l’Iran (https://nouveaupresent.fr/2026/03/02/iran-ou-sarretera-la-fureur-epique-du-lion-rugissant/), j’évoquais déjà le risque de démantèlement de ce pays, très hétérogène puisque les Persans ne constituent qu’un gros tiers de sa populations, « le reste se partageant entre Turcs (22%), Caspiens (11%), Kurdes (11%), Arabes (5%) et autres minorités qui, faute d’un pouvoir fort, risquent de faire sécession. Les Turcs réclamant par exemple le rattachement à l’Azerbaïdjan de la région où ils sont nombreux et les Kurdes le rattachement au Kurdistan irakien », noyau d’un État incluant ensuite les Kurdes de Turquie et de Syrie. Ce qui, pour le plus grand profit d’Israël, déstabiliserait toute l’architecture régionale héritée de la chute de l’Empire ottoman (1923) et des traités d’ailleurs scélérats de Sèvres (1920) puis de Lausanne (1923) voulus par la France et la Grande-Bretagne.

Reste que, selon le quotidien britannique The Guardian, Washington et Tel-Aviv songent sérieusement à « s’appuyer sur les minorités kurdes pour ouvrir un nouveau front contre Téhéran » et le quotidien libanais L’Orient-Le Jour, persiste à voir dans les Kurdes « les nouveaux pions des Etats-Unis pour faire tomber le régime iranien ».

D’ailleurs, des contacts auraient également été pris par Washington avec le président syrien Ahmed al-Charaa (mais ancien chef des islamistes d’Al-Nosra), pour encourager la minorité arabe d’Iran à susciter des troubles, la même démarche étant faite auprès du très autocratique président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev (dont le père Gueidar Aliyev vice-présida le Conseil des ministres de l’URSS de 1982 à 1987), qui brûle de récupérer la région occidentale de l’Iran autour de Tabriz, où l’on compterait environ 15 millions de Turcs azéris.

Vingt-quatre siècles après le rêve (réalisé par son fils, le futur Alexandre le Grand) de Philippe de Macédoine de détacher des provinces entières de l’Empire perse pour provoquer la chute des Achéménides), Israël réalisera-t-il son projet grandiose de garantir à tout jamais la paix à la « terre de lait et de miel » ?

« Était-ce votre décision ou une pression de Netanyahou » ?

« Nous n’en sommes qu’au début des combats », a averti le 7 mars Israël Katz, ministre israélien de la Défense. Et nul doute que ceux-ci vont redoubler d’intensité en riposte à l’intronisation le lendemain comme nouveau Guide suprême de la République islamique de Mojtaba Khamenei, fils de l’ayatollah Khamenei, Guide suprême jusqu’à son élimination le 28 février par un tir de missile israélien. Une nasarde à Donald Trump qui exigeait que lui fût soumis le choix du nouveau dirigeant mais aussi un affront à Netanyahou, qui risque de redoubler d’agressivité de crainte que l’Amérique profonde ne se lasse rapidement des jeux de guerre alors que l’Iran, lui, semble pouvoir tenir encore longtemps… et que les pays du Golfe n’aspirent qu’à l’arrêt des hostilités,

Le bellicisme de Tel Aviv a ainsi scandalisé le milliardaire et philanthrope émirati Khalaf Ahmad Al Habtoor — dont la Fondation charitable est très active, au Liban notamment. Président d’un des plus importants conglomérats industriels du Golfe, il a aussitôt répliqué le 5 mars dans une virulente lettre ouverte à Trump, répercutée par CNN, Le Wall Street Journal, le Times de Londres, etc., nos médias restant muets.

« Qui vous a donné l’autorité d’entraîner notre région dans une guerre contre l’Iran ? Qui vous a autorisé à transformer notre région en champ de bataille? Était-ce votre décision ou une pression de Netanyahu ? Avez-vous calculé les dommages collatéraux avant de tirer ? » s’indigne le milliardaire, avant de frapper là où cela fait mal :  « Vos initiatives du “Conseil de la paix” étaient financées par les États du Golfe. Aujourd’hui, nous sommes attaqués. Où est passé cet argent ? Vous aviez promis de ne pas faire la guerre. Vous avez mené des opérations dans sept pays : la Somalie, l’Irak, le Yémen, le Nigéria, la Syrie, l’Iran et le Venezuela. Les opérations de guerre coûtent entre 40 et 65 milliards de dollars, soit un total possiblement de 210 milliards de dollars. Votre taux d’approbation a baissé de 9 % en 400 jours. On avait promis la paix aux Américains. Or, leurs impôts financent la guerre. »

Et Al Habtoor de passer à l’estocade :« Avant même que l’encre de votre initiative du Conseil de la paix ne soit sèche, nous nous retrouvons confrontés à une escalade militaire qui met en danger toute la région. Alors, où sont passées ces initiatives? Le véritable leadership ne se mesure pas aux décisions prises en matière de guerre, mais à la sagesse, au respect d’autrui et à la volonté de promouvoir la paix. »

Tensions dans le MAGA…

Bien plus riche que Trump, le milliardaire a-t-il exprimé un point de vue personnel ou se fait-il l’interprète des États de la péninsule arabique inquiets de voir leur sécurité et leur récente prospérité menacées par les opérations « Fureur épique » et « Lion Rugissant » ?

Cet impérieux rappel à l’ordre et au droit international marque peut-être un tournant dans l’actuelle campagne militaire. Entre le monde arabo-musulman (au-delà de l’antagonisme entre chiites et sunnites) et le lobby juif, le président des Etats-Unis — par ailleurs fragilisé sur le plan intérieur par le renchérissement du prix des carburants ainsi que par la divulgation de nouveaux dossiers Epstein —,va en tout cas devoir choisir. Car sa base MAGA commence à renâcler aussi, comme le prouvent le silence obstiné du vice-président J.D. Vance et la défiance de figures majeures du mouvement. Par exemple l’ex- représentante Marjory Taylor-Green qui accuse le président de « trahison » des promesses faites sur le refus de tout aventurisme guerrier ou encore le très écouté Tucker Carlson dont l’apostrophe furieuse: « C’est la guerre d’Israël, ce n’est pas la guerre des États-Unis! » a été très commenté. A la grande fureur du président qui a riposté : «MAGA, c’est Trump, MAGA, ce n’est pas les deux autres » — l’avocate et journaliste Megyn Kelly, vedette de Fox News, et Carlson, justement, qui persiste et signe : « Les États-Unis n’ont pas pris la décision sur l’Iran. C’est Benyamin Netanyahou qui l’a prise ». 

Et prises de distance en Europe

Le tropisme trumpiste auquel les droites de notre continent avaient cédé semble avoir du plomb dans l’aile.

Comme Vance, le Hongrois Viktor Orban observe de Conrart le silence prudent. Lors d’un débat au Parlement belge, le Vlaams Belang a redouté « les conséquences sur l’énergie et la migration » de « Fureur épique » et rappelé les désastreux « effets en chaîne des interventions des pays occidentaux en Libye et en Syrie ».

En Allemagne, Alice Weidel et Tino Chrupalla, dirigeants de l’AfD (Alternative für Deutschland), estiment que « la nouvelle déstabilisation du Moyen-Orient n’est pas dans l’intérêt de l’Allemagne ; il faut y mettre fin et refuser tout déploiement éventuel de troupes allemandes dans la région ». Un eurodéputé de l’AfD, Tomasz Fröhlich, a été plus net encore : « Un nouvel effondrement de l’Iran serait catastrophique, déclenchant des vagues migratoires massives, de graves chocs sur les prix de l’énergie et une cascade d’autres dommages collatéraux qui pèseraient inévitablement sur notre propre population. »

Même prise de distance d’un autre eurodéputé, français cette fois, le RN Pierre-Romain Thionnet. Regrettant que « l’intervention américaine ait été menée en dehors du cadre du droit international », il affirme qu’« il devrait revenir au peuple iranien de changer de gouvernement, de prendre le pouvoir et d’assurer une transition car un changement imposé de l’extérieur — surtout par des bombardements aériens — n’a pas d’exemple historique de réussite ».

Propos de bon sens, dont on regrettera qu’ils aient été prononcés par un élu assez obscur et non par Marine Le Pen et/ou Jordan Bardella dont la frilosité ne cesse d’étonner.

Camille Galic

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