42% d’abstention au 1er tour des municipales du dimanche 15 mars 2026. Jamais, hors covid-19, un scrutin municipal n’avait si peu attiré les électeurs. Avec un taux de seulement 57,1 %, toutes strates confondues, la participation est en baisse de plus de 6 points par rapport à 2014, où elle s’établissait à 63,55 % (1). Pour mémoire, en 2014, les communes de moins de 1.000 habitants avaient participé à hauteur de 75 %, soit 11 points de plus que dimanche dernier. Quelles sont les éléments qui peuvent expliquer cette aboulie démocratique ?
Remplir son réservoir avant de remplir les urnes
Nécessité première : distinguer les raisons conjoncturelles et structurelles derrière cette secessio plebis silencieuse.
Il faut citer pêle-mêle, parmi les motifs conjoncturels, deux qui se révèlent majeurs. D’abord, la guerre menée contre l’Iran par la coalition israélo-états-unienne et ses conséquences immédiates sur les prix à la pompe (2) qui inquiètent grandement des millions de Français ainsi que son corollaire potentiel, l’inflation. Ensuite à plus long terme, on peut également mentionner les menaces sur la sécurité alimentaire et les prix de l’énergie dans leur ensemble, ceci en raison des graves perturbations sur le commerce mondial et notamment l’impact sur les marchés des engrais et les importations agricoles.
Au regard d’une actualité internationale aussi lourde, il n’est pas fou d’imaginer que nombre d’électeurs avaient plutôt à l’esprit comment pouvoir continuer à remplir le réservoir de leur véhicule pour pouvoir se rendre à leur travail, emmener leurs enfants à l’école ou au sport, effectuer leurs emplettes etc.
Face à cette angoisse immédiate, élire le premier magistrat de sa commune peut sembler être une préoccupation secondaire.
Les prérogatives du maire réduites à peau de chagrin
Les raisons structurelles sont plus nombreuses. La première d’entre elles, et c’est un truisme que de l’énoncer : le désintérêt croissant d’une partie des Français pour la démocratie électorale.
Les raisons expliquant ce désintérêt sont multiples : dépolitisation d’une partie de la population, désespoir face au déclin français que rien ni personne ne semble pouvoir freiner, écœurement face aux scandales politiques à répétition, lassitude face à la partitocratie, refus d’apporter son concours à une kakistocratie en déroute.
Deuxième raison de ce désamour (provisoire?) pour la démocratie communale : le sentiment, largement légitime, que le premier édile de la commune a été dépossédé d’une partie de ses compétences au profit des communautés de communes ou des communautés d’agglomération notamment. Lorsque ces structures intercommunales gèrent les transports publics, la collecte des déchets, l’aménagement du territoire, le développement économique, l’habitat, la voirie, la politique environnementale, l’eau et l’assainissement etc. ipso facto le champ d’action du maire se réduit considérablement. La fusion de communes (commune nouvelle) a également contribué à cette impression d’éloignement entre le maire et ses administrés. En résumé, il serait tentant de dire que le maire n’a plus en pratique « la compétence de la compétence » sur le territoire de sa commune.
Fin du panachage et parité dogmatique
Enfin, la troisième raison majeure de cette bouderie électorale : la loi de mai 2025 a mis fin au panachage électoral en le remplaçant par une liste paritaire pour les petites communes de moins de 1.000 habitants. Impossible dorénavant d’ajouter ou de rayer un nom sur un bulletin sous peine d’invalidité et obligation de respecter une stricte alternance homme-femme.
Résultat : dans 25.500 communes, soit pour 67 % des scrutins, il n’y avait qu’une seule liste… Démobilisation et démotivation garanties.
Les communes de moins de 1.000 habitants qui ont vu se présenter au moins deux listes concurrentes, au nombre de 5.150 environ, ont connu un taux de participation de 76,4 %, soit presque 20 points de plus que celles où il n’y avait qu’une seule liste. CQFD.
Sur le site maire-info.com (3) on apprend ceci : « Dans les communes de plus de 1.000 habitants, le taux de bulletins blancs s’établit à 2,48 % des votants et celui des bulletins nuls à 1,98 %. Dans celles de moins de 1.000 habitants, les chiffres sont beaucoup plus importants : 4,1 % de bulletins blancs et 7,17 % de bulletins nuls. C’est dans les communes de moins de 1.000 habitants n’ayant qu’une seule liste en lice que ces chiffres sont les plus importants : 5,3 % de bulletins blancs et presque 10 % de bulletins nuls. »
Cette réforme électorale purement idéologique aura donc largement contribué à cette abstention record pour des municipales.
Si « la commune est une petite république dans la grande » selon le mot de Jules Barni, alors celle-ci semble être aussi mal en point que sa grande sœur.
Raison de plus de s’interroger sans détour sur la viabilité et la pertinence de ce régime politique appelé « république ».
Maurice Gendre
(1) Le 1er tour des municipales de 2020 ayant eu lieu le dimanche 15 mars, deux jours avant le début du confinement-séquestration, ne peut évidemment constituer un indicateur fiable.
(2) Au-delà de la destruction et de la mise hors service d’infrastructures pétrolières dans l’ensemble du Proche-Orient et la fermeture du Détroit d’Ormuz dont les conséquences sur les prix du carburant coulent de source, il ne faut pas sous-estimer un seul instant le rôle joué par les profiteurs de guerre : les spéculateurs, les raffineurs (via l’augmentation de leurs marges brutes) et enfin l’État qui voit dans cette hausse du prix du baril une aubaine pour augmenter les recettes (en refusant de baisser les taxes).







