(De notre correspondant dans les Alpes-Maritimes)
Certes, le Rassemblement national n’a obtenu aux municipales que 1,6% des voix à Paris (contre 10,40 pour Sarah Knafo qui a retiré sa liste afin de ne pas nuire à la candidature Dati, également privilégiée du reste par Jordan Bardella) et il n’est même pas apparu sous son nom à Lyon. Mais « la longue coulée brune progresse obstinément » vers la mer du Nord et plus encore vers la Méditerranée, s’affole Libération qui sonne le tocsin. Un peu trop tôt ? Car, si Louis Aliot a gardé Perpignan, les élections sur la côte provençale ne sont pas toutes jouées.
Incertitude à Marseille et à Toulon
Situation ainsi délicate à Marseille pour le RN Franck Allisio (35,02%), devancé in extremis par le sortant socialiste Benoît Payan (36,60%) après avoir mené de longues heures durant, si bien que certains militants crient au coup fourré, peut-être à raison. La LR Martine Vassal (12,41) se maintient, au contraire de l’Insoumis Sébastien Delogu (11,74%). Dont, au nom du combat commun contre « la peste brune », comme il dit, Payan a accepté les voix avec soulagement, alors qu’il exclu tout accord avec l’ancien chauffeur de Mélenchon — qui avait fait élire Delogu député en 2024.
Même suspens à Toulon où, malgré son très beau résultat (42%) pour une première tentative, la courageuse Laure Lavalette, militante dès l’adolescence, fait face ce dimanche à la maire sortante et « bébé Falco » Joëlle Massi (29,45%) en faveur de laquelle s’est retiré le LR Michel Bonnus (15,71%). Et qui espère bénéficier en outre des voix de la gauche ainsi que des très nombreux racisés pour faire échec au RN. Mais tout est possible. Après le mouvement du 22 mars de Cohn-Bendit, pourquoi pas le couronnement du 22 mars de Lavalette dans le grand port ?
Sarkozy jr perd la face à Menton
La partie semble difficile à Menton pour l’avocate et très ambitieuse ex-UDR Alexandra Masson (36,5%), tardive ralliée au RN qu’elle représente désormais à l’Assemblée. Partie en fanfare, la campagne du guignol Louis Sarkozy qui bénéficiait pourtant du double parrainage LR et Horizons a sans doute fait un flop (18%), ce dont on se réjouira. Mais la fusion de sa liste avec celles de deux autres candidats centre-droit, Sandra Paire et Florent Champion, ayant totalisé 35% des suffrages au premier tour, met en danger Masson. Surtout si, dimanche, les abstentionnistes décident de « faire barrage à l’extrême droite », ainsi que les électeurs de la liste Écolos-Union de la Gauche éliminée avec 9,07% seulement des voix, les Verts faisant décidément pâle figure dans le Midi.
Nice, du tour de cochon au front républicain
Mais c’est bien sûr Nice, où le « renégat » Éric Ciotti avait démissionné en 2024 de Les Républicains qu’il présidait pour fonder l’UDR (Union des droites pour la République) avant de s’allier au Rassemblement national, qui attire tous les regards. Largué le 15 mars avec 13 points de retard sur son ancien acolyte et désormais rival Ciotti, le maire sortant Christian Estrosi était apparu bouffi et hagard. Niant le colossal endettement de sa ville, n’avait-il pas mené sa campagne tambour battant, labourant sans cesse la ville pour vanter aux Niçois ses réalisations grandioses ? Dont la démolition systématique de presque tous les équipements hérités de son prédécesseur Jacques Peyrat (ancien député FN), au profit d’une gigantesque « coulée verte ». Dont la partie nord commence d’ailleurs à être squattée par des SDF et, plus grave, des dealers.
Les derniers sondages lui étant défavorables, celui qui encourage ses administrés à l’appeler Cri-Cri a cru que la découverte fin février d’une tête de cochon accrochée à sa grille et accompagnée d’une affiche le représentant ornée d’une étoile de David et du mot « Connard », lui rallierait tous les suffrages. Aussitôt, il s’était en effet proclamé « victime d’une machination absolument ignoble », ourdie selon lui par Ciotti et l’ultradroite financée par « le milliardaire Stérin », et affirmait avec grandiloquence : « Tout ce que je combats depuis toujours dans ma ville frappe aujourd’hui à ma porte. Abject. »
Où était l’abjection ? Car il apparut vite que les fâchos incriminés étaient des… Tunisiens (depuis écroués) et il qu’il s’était lui-même longuement entretenu dans ses bureaux avec l’un d’entre eux, d’ailleurs recrutés selon la police par « une très proche collaboratrice du maire ». Lequel n’avait sans doute pas imaginé que la myriade des caméras de surveillance installées à Nice un peu partout à Nice, en particulière autour de sa résidence, et dont il se vante tant, dévoilerait le pot-aux-roses. D’où une chute accélérée dans les sondages et le naufrage du 15 mars, où il obtint moins de 31% des voix contre 43,43% en faveur de Ciotti.
D’où aussi, toute honte bue, son appel désespéré à un « front républicain », d’ailleurs refusé par Juliette Chesnel-Leroux (11,93% avec le soutien du PS, du PC et des Verts), qui a maintenu sa liste. Restent donc au maire sortant investi par Horizons l’espoir d’un vote LFI — mais l’Insoumise Mireille Damiano a fait moins de 9% des voix et n’hésitait pas à défiler derrière— et surtout la mobilisation des Néo-Français que lui-même et son ex-épouse, la sénatrice Dominique Estrosi-Sassone, ont tellement chouchoutés que s’il y a bien « coulée brune », c’est celle qui submerge le pourtour de Nice, des Moulins à L’Ariane, ainsi que le quartier de la gare transformé en casbah.
Il est loin le temps où le jeune mais déjà très arriviste Christian recherchait les bonnes grâces de Jean-Marie le Pen, s’incrustait à son côté (ici vers 1993 avec l’infatigable vétérante Josiane Pastorel) et n’hésitait pas à défiler derrière une banderole du Front national, comme en font foi des photos de l’époque.
Un RN fantômatique
Tout indique donc qu’Estrosi devrait céder la place à Ciotti, ce « fasciste » dont la liste ne comporte d’ailleurs que huit RN — dont, en onzième position, l’ambigu colonel de gendarmerie Benoît Kandel, ex-premier adjoint d’Estrosi recasé depuis quelques années au RN qu’il avait pourtant combattu. Huit sur 71 candidats, c’est une misère mais le bruit court qu’Alexandra Masson aurait « fait le ménage » avec l’épuration de toutes les supposées « brebis galeuses ». Terme très extensif puisque des militants FN de longue date, issus de vieilles familles niçoises, bien implantés et très expérimentés mais trop « tradis » ont été blackboulés.
C’est dire que si l’élimination de Cri-Cri est vitale. Son remplacement par Éric ne sera pas forcément un Age d’or pour Nissa la bella, mais il faut prendre ses petits plaisirs où ils sont.
Stéphane Galet







