Annonciation

Une fête chrétienne souvent oubliée : l’Annonciation

Dans l’Eglise catholique, l’année liturgique est ponctuée d’événements rattachables à la vie du Christ pendant le temps de Son Incarnation, encore appelé « mission terrestre » de Jésus Christ. Cela permet au catholique fidèle de méditer, les uns à la suite des autres, tous les épisodes qui marquèrent l’accomplissement des Ecritures et la réalisation de la Rédemption du genre humain.

Selon la doctrine de l’Eglise, l’Incarnation du Christ a été accomplie à l’issue d’un dialogue entre un messager de Dieu – l’Archange Gabriel – et la Vierge Marie. Un seul parmi les quatre Evangiles synoptiques relate cet événement : c’est l’Evangile selon Saint Luc. Que nous apprend cet Evangile ?

Le chanoine Crampon en a donné la traduction suivante :

« L’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, auprès d’une vierge qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la vierge était Marie. L’ange étant entré où elle était, lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. » Marie, l’ayant aperçu, fut troublée de ses paroles, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit : « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus ». (…) Marie dit à l’ange : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit-Saint viendra sur vous, et la vertu du Très Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’être saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu. » (…) Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. » Et l’ange la quitta. »

L’Annonciation a été introduite dans la liturgie romaine au VIIe siècle. Cette fête est directement dépendante de la fête de Noël, célébrée le 25 décembre. C’est donc exactement neuf mois avant Noël, le 25 mars, qu’a été fixée la fête de l’Annonciation. Après l’Assomption (https://nouveaupresent.fr/2023/08/15/lassomption-une-fete-catholique-et-un-jour-ferie-sacrifie/), c’est la fête mariale la plus solennelle de la liturgie.

Sur le plan symbolique, l’annonce faite à Marie vient immédiatement après le rappel de la grossesse d’Elisabeth, épouse de Zacharie, qui était avancée en âge et stérile. A la question de Marie voulant savoir comment le plan de Dieu s’accomplirait en elle, l’archange Gabriel cita Elisabeth en exemple pour montrer que « rien n’est impossible à Dieu ». Le sens en est clair : dans le cadre de l’alliance qu’il a contractée avec son peuple, Dieu est fidèle à ses promesses alors même que tout espoir humain serait vain.

Sur le plan théologique, l’Incarnation est l’action par laquelle le Fils, deuxième Personne de la Trinité, s’est fait chair pour devenir Homme-Dieu. L’Incarnation est la plus grande preuve d’amour que Dieu a pu donner aux hommes. Elle est attribuée au Saint Esprit, parce que le Saint Esprit représente l’amour divin. De l’Incarnation ont ensuite découlé les titres de Marie, mère de Dieu et corédemptrice.

Le dogme selon lequel Marie est mère de Dieu repose sur l’Ecriture sainte, la Tradition catholique et la raison humaine. Dans l’Ecriture sainte, l’archange Gabriel a déclaré à Marie que l’être saint qui allait naître d’elle serait appelé « Fils de Dieu ». Plus tard, Elisabeth, recevant la Vierge Marie au moment de la Visitation, l’appela « la mère de mon Seigneur ». Dans la Tradition catholique, le titre de mère de Dieu fut donné à Marie par les Pères et les Docteurs de l’Eglise. Le Symbole des Apôtres précisa que le Christ fut « conçu du Saint Esprit » et qu’il est « né de la Vierge Marie ». Sur le plan de la simple raison, on admet qu’une femme est mère d’un enfant, et pas seulement du corps de l’enfant dont l’âme vient de Dieu. Dès lors, pourquoi ne pas admettre que la Vierge Marie est la mère de Dieu puisque Jésus Christ, son fils quant à la nature humaine, est aussi Dieu ?

Enfin, la Vierge Marie mérite le titre de corédemptrice car elle a coopéré à la Rédemption du genre humain de trois manières : en consentant à être la mère du Sauveur ; en unissant sa compassion à la Passion du Christ ; enfin, en se faisant la médiatrice du genre humain.

Le catéchisme de Saint Pie X enseigne que la deuxième Personne de la Sainte Trinité s’incarna au moment même où Marie consentit à être la mère de Dieu. Il nous invite à adorer profondément le Verbe incarné pour notre Salut, à nous réjouir d’avoir la Vierge Marie pour maîtresse et pour avocate, et à réciter avec dévotion la Salutation angélique, appelée communément Ave Maria.

L’art a appuyé la foi et l’on ne compte pas les chefs-d’œuvre qui illustrent ou représentent l’Annonciation dans notre civilisation. Parmi les tableaux célèbres, il est permis d’avoir une pensée particulière pour l’Angelus de Millet, peint en souvenir de la grand-mère de l’artiste qui, alors qu’elle travaillait aux champs, ne manquait jamais, en entendant sonner la cloche, de faire arrêter la besogne pour réciter l’angelus pour les pauvres morts. Expression remarquable de la foi du charbonnier – cette foi des gens simples – ce tableau est une leçon de piété et d’humilité, appuyé sur une des plus belles prières en l’honneur de l’Incarnation. Une prière que tous récitaient trois fois par jour jusqu’à une époque pas si lointaine. Et que nous pouvons tous réciter, même mentalement, le matin, le midi et le soir.

André Murawski

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