Ile d'Yeu

Des lieux où souffle l’esprit : Yeu, In Altum Lumen Et Perfugium.

C’est la devise de cette île encore assez lointaine, en tous cas la plus éloignée du continent parmi toutes les îles atlantiques, et c’est son destin… « Lumière et refuge en haute mer ».

C’est aussi l’ultime casemate d’un grand soldat, académicien et maréchal de France… Que les circonstances, la justice des hommes et même la providence ont fait que Philipe Pétain passât désormais, en éternel estivant, sa mort en vacances, comme chantait Georges Brassens, ce farceur inattendu, qui a réhabilité sans malice le Maréchal, dans une chanson intitulée « Les Deux Oncles ». Ce qui fit grand bruit à l’époque et couler beaucoup d’encre mais ne scandalisait pas du tout, ni Charles Hernu (ancien des Chantiers de la Jeunesse et ministre de la Défense), ni le général Bigeard; ainsi qu’il est loisible de le constater, à travers l’odeur âcre des pipes éteintes et froides, lors d’une émission d’Apostrophe.* Moins encore l’académicien et soldat de la Grande Guerre Maurice Genevoix, grièvement blessé dans les combats à Rupt-en-Woëvre près de la colline des Éparges s’exprimant chez Jacques Chancel sur ce sujet controversé, comme disent les cuistres**. Bernard Pivot qui dirigeait son émission de manière fort courtoise, n’hésitait pas à inviter d’ailleurs, sur son plateau, Maurice Bardèche ou à mettre en avant les « Mémoires d’un fasciste » de Lucien Rebatet***. Cette liberté ne serait plus permise aujourd’hui, le grand escroc-Crif, qui dicte tout, au même titre que les Loges, étant passé par-là !

Maréchal nous voilà !

L’ancien chef de l’Etat Français (le 10 juillet 1940, la chambre du Front Populaire, c’est-à-dire les députés élus en 1936, plébiscitaient littéralement les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Vote par 569 voix pour, contre 80 et 17 abstentions) a bien mérité du long et calme repos marin et éloigné de tout. Et puis ici, le climat vaut souvent mieux que le ciel brumeux, humide et perlant de Verdun. Pourtant le héros de cette localité lorraine eût tout de même préféré dormir parmi ses frères d’armes, les poilus, à Douaumont, comme le désirait aussi un certain François Mitterrand dans une promesse électorale faite en 1981, et bien sûr non tenue. Décoré de l’Ordre de la Francique, Mitran, comme disait Georges Marchais (ancien ouvrier volontaire en Allemagne chez Messerschmitt), faisait toujours fleurir la tombe du Maréchal le 11 Novembre et a osé porter le fer contre le commissaire politique communautaire Elkabbach en s’écriant, non pas : « Taisez-vous Elkabbach ! » mais « Voulez-vous que je me convertisse ? ». François Brigneau surnommait ce sbire : Elkarabbache ! Comme Marine Le Pen surnomme Rachida Dati, Rachidablabla. Rien ne crée, rien ne se perd, tout se transforme… C’est le principe de Lavoisier (Loi de conservation de la matière et visiblement de l’esprit).

Prenons l’air et la mer !

Nous embarquerons à Fromentine, quel joli nom, port principal du continent. Curieusement, le commandant de bord semble posséder tous les faux airs rubiconds et patelins d’un Jean Nouyrigat, conduisant sa barque en père tranquille et qui en a vu d’autres. La mer n’est pas trop agitée, n’en déplaise à la cuisinière Valérie Delahaye qui avait succédé à Nouyrigat. Méfiate ! Nous sommes en avril et le temps peut changer d’un moment à l’autre pendant cette belle demi-heure de traversée. Les quelques habitués, tannés du trajet sempiternel, se tiennent à l’abri derrière les vitres en plexiglas, assis tranquillement sur des banquettes rustiques, sans se soucier du paysage — bientôt disparu. Sinon le morne et plat horizon. Les vagues clapotantes liserées de dentelles blanches éphémères et sans cesse renouvelées, les embruns salés, le tout accompagné par le bruit du moteur diesel monotone, le remous à l’arrière, les petits coups de torchon, le temps gris, le ciel clair tout d’un coup, puis alourdi de menace. C’est si habituel pour les îliens et si grisant pour les citadins en mal d’aventure.

A Port-Joinville le pont, pon-pon !

Tous deux nous irons, ron-ron et nous y arrivons, von-von ! C’est comme qui dirait la capitale de l’îlot, qui abrite environs deux milles âmes sur les quatre mille huit cents formant la population et la « Communauté » insulaire, car c’en est une, et même un idéal-type. « On naît dans la Communauté, on entre dans la Société comme en terre étrangère » écrivait le sociologue Ferdinand Tönnies. Cependant, je connais des Strasbourgeois qui se sont intégrés à l’écosystème, ont fait souche et enfanté des petits Islais appelés aussi Ogiens.

L’île d’Yeu s’appelait Augia et Insula Oya au VIème siècle, ad Oiam insulam au XIème siècle. Yeu comme Oye est une évolution du mot germanique auwja/augjo signifiant « prairie humide », puis « terre entourée d’eau ». Jusqu’au XVIIème siècle, un seul petit port naturel existait, protégé par deux jetées de pierres. Il était apprécié comme étape entre Bordeaux et les ports du Nord, particulièrement par les marins bretons, d’où son nom naguère de Port aux Bretons. Il a fallu attendre l’an de grâce 1846 pour que le blase fut transmuté en Port-Joinville en l’honneur de François d’Orléans prince de Joinville. Les habitants, tous leucodermes sont d’un naturel avenant et policé, volontiers rieurs mais discrets pour ne pas dire pudiques. On compte pas mal de marins de haute mer, au bistrot, qui s’en iront bientôt comme ça, au Cap Horn où commence la nuit, s’il faut croire Saint Loup. Et d’autres qui s’en reviennent des royaumes d’Araucanie et de Patagonie si chers à Jean Raspail. En mer, ces navigateurs ne boivent guère, mais sur l’île, au retour, pardon ! Je les ai tous battus par ruse au bras de fer, sous le regard de « Ziko », le maire d’alors, qui voulait me faire rejoindre, vainement, le mouvement de Philippe (encore lui) de Villiers à l’heure de la scission mégrétiste, après avoir observé ma cravate fleurdelisée lors d’une cérémonie.

Comme Janus, l’île a deux visages.

La côte est demeure relativement tranquille, abritée et donc habitée. De Port-Joinville jusqu’à l’extrémité de l’îlot appelé Pointe des corbeaux (Hugin et Munin ont donc fait ce voyage…), les plages sont sablonneuses, ce qui plait toujours aux estivants. La côte ouest est au contraire découpée, venteuse, incisive, volontaire et fulgurante d’ou émerge une sorte de ruine de castel magnifique. Le schiste cristallin affleure, s’apparentant davantage aux sols armoricains qu’aux horizons de Vendée. On dit d’ailleurs d’Yeu, qu’elle est un grain perdu du chapelet des îles bretonnes. Depuis Port-Joinville jusqu’au vieux château fort celtique, repère normand, puis fief de nombreux seigneurs bretons et vendéens, il y a sept kilomètres. C’est une aimable promenade à travers la lande que l’on fait tout bonnement en une heure et demi à l’aller comme au retour en passant par la citadelle ou le grand-phare. On dit que c’est la Côte Sauvage, qui mène au paisible et ravissant port engoncé de la Meule. Elle est jalonnée de cairns et de dolmens, grottes, falaises déchiquetées et anses minuscules. « Tableau auquel le mauvais temps peut donner des colorations apocalyptiques » selon Jean Beaufort (Ce qu’il faut voir en Vendée-Poitou-Charentes. Atelier Delta Editions. Paris. 1997).

Le Maréchal a son musée.

N’en déplaise aux fonctionnaires du quotidien aussi bien vespéral que Vespasien, subventionné Le Monde qui trouvent toujours à redire… Et à qui nous devons ce texte interdit de reproduction, non de publicité : https://www.lemonde.fr/archives/article/1989/09/10/un-musee-petain-a-l-ile-d-yeu-le-marechal-bien-cache_4127896_1819218.html

Une île entre le ciel et l’eau, comme chantait Serge Lama, lui-même si attaché à la messe de toujours. Une île dont il faut bien repartir, reprendre le bateau et retrouver le continent et ses affres. Partir, c’est mourir un peu, mais mourir c’est partir beaucoup ! A d’Yeu !

Franck Nicolle

* https://www.youtube.com/watch?v=mYG6LDJi-cw

** https://www.youtube.com/watch?v=7shBBdYxg-A

***https://www.youtube.com/watch?v=zPZ4p1iEIwk

****https://www.youtube.com/watch?v=Jv2USrzj4VE

Un commentaire

  1. C’est dans l’église Notre-Dame-du-Por, que j’ai été baptisé dans la Sainte Église catholique romaine un 26 septembre 1963 par le Père Gatineau. Ma mère y fut native. Mais l’île a beaucoup changé et les agences immobilières ont fait un mal fou à la population par la flambée des prix de l’immobilier. Les Islais sont obligés, pour les plus jeunes d’entre eux, de s’établir sur le Continent.

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