Lorsqu’un énergumène péremptoire affirme que l’identité du Brésil est multiculturelle — ce qui signifie, en d’autres termes, qu’il n’en a pas —, il existe un proverbe local prompt à lui clouer le bec : « Le Brésil n’est pas une pizza ! ». Reprenons un instant cette ironique sagesse tropicale à notre compte.
Un supposé scandale d’antisémitisme a récemment fait des gorges chaudes dans l’actualité. Un reportage de CNews nous montrait la patronne d’une buvette des Deux Alpes qui disait, « face caméra », à une personne non identifiée qu’elle refusait de la servir parce qu’ils étaient « trop nombreux ». Cette réplique « dégoulinante d’antisémitisme » était adressée à une personne de confession juive, nous disait le journaliste sans plus de précisions (hélas !).
Le reportage se poursuivait avec un extrait de l’émission des Grandes Gueules de RMC, où un auditeur intervenait pour dire qu’il faudrait tout de même contextualiser l’incident car la station touristique étaient, à ce moment-là, le lieu d’une réunion de « deux à trois mille Juifs loubavitchs ». On aurait aimé le savoir d’emblée ! Cet auditeur ajoutait que ces « extrémistes » se comportaient de façon hautaine et regardaient les jeunes filles de manière peu convenable.
Un certain journalisme nous a depuis bien longtemps habitués à confondre sa profession avec un activisme tantôt idéologique, tantôt moral, tantôt policier, souvent les trois à la fois… On ignorait que CNews avait rejoint le bataillon de cette caste qui aboie avec la meute en faisant son beurre sur le dos du petit peuple. On aurait pu s’arrêter là, mais le jeune animateur a cru bon de convier en duplex une représentante du CRIF qui en a remis une couche en nous assurant, sans rire, que les Loubavitchs n’étaient pas des extrémistes !
Rappelons que les Loubavitchs sont un courant hassidique du judaïsme orthodoxe pour le moins rigoriste, en dépit d’une apparence folklorique rendue sympathique par le célèbre film Rabbi Jacob.
Analysons les faits survenus aux Deux Alpes. Si vous considérez que, par la magie du nombre, vous avez le droit de transplanter sur un territoire une population étrangère sans consulter les habitants, alors vous devriez vous attendre légitimement à une réaction de la part de ceux qui ne partagent pas vos mœurs. De fait, l’effet de masse, accompagné des comportements décrits précédemment, ressemble étrangement à une invasion et le phénomène se reproduira à l’identique à chaque fois qu’une communauté étrangère se comportera ainsi, quelles que soient ses origines, sa religion et sa culture. L’incident n’a donc rien d’antisémite… Il est le signe d’un ras-le-bol généralisé, surtout lorsqu’en parallèle, le corpus culturel français est systématiquement attaqué et ostracisé.
Quand comprendra-t-on que les Français dits « de souche » n’en peuvent plus d’être envahis par une multitude de cultures qui leur imposent leurs modes de vie, leurs traditions, leurs conceptions de l’histoire et, pourquoi pas, leurs visions politiques, au nom de je ne sais quelle lubie droit-de-l’hommiste qui considère par principe que c’est au peuple autochtone de s’adapter ?
Dans le contexte actuel dangereux d’antisémitisme exacerbé, trois remarques me viennent à l’esprit :
Premièrement, est-on sûr que venir à plusieurs milliers s’imposer avec des tenues ostensiblement étrangères, en adoptant des comportements à tout le moins intrusifs et invasifs, constitue une bonne idée ?
Deuxièmement, est-on sûr que transformer un incident mineur en un scandale antisémite impliquant des Français dits « de souche » soit judicieux, alors qu’ils sont sans doute, et depuis longtemps, le plus sûr rempart contre cet antisémitisme dont on connaît pertinemment les sources ?
Troisièmement, CNews imagine-t-elle qu’elle tirera quelques bénéfices d’une affaire anodine en jouant la surenchère avec ce cas typique de la recherche du « buzz » ? Le dossier brûlant de l’antisémitisme et la sécurité des Français de confession juive exigent un sérieux, une probité et une fermeté qui doivent exclure tout jonglage médiatique. Si on voulait faire en sorte que l’antisémitisme se généralise, on ne s’y prendrait pas autrement !
Les Juifs français sont des Français comme les autres. Pourquoi donc soutenir une petite communauté fondamentaliste qui rompt avec ce paradigme en jouant la surenchère identitaire comme le font les intégristes musulmans, c’est-à-dire en occupant des lieux par leur nombre ? Si vous voulez combattre l’islamisme, il ne faudra pas chercher à imposer le deux poids, deux mesures.
Il faut le dire tout net, le CRIF n’est pas habilité à nous dire qui est extrémiste et qui ne l’est pas, ni à nous donner des leçons de morale. C’est bien aux gens du cru, et à personne d’autre, de juger s’ils vivent une situation d’occupation et d’invasion. N’en doutez pas, la réplique spontanée de cette dame exprime l’essence du malaise français. Derrière elle, c’est la masse silencieuse de nos compatriotes qui enrage d’être toujours obligée de s’effacer.
Pourtant, malgré les tentatives incessantes de nous faire avaler tout et n’importe quoi en arguant d’une République hors-sol, le réel ressurgira chaque jour davantage ! Cette opération de dressage du peuple français, qui consiste en une intimidation constante à chaque fois qu’il exprime l’insupportable condition qu’on lui impose, ne marchera plus très longtemps sans provoquer de dangereux remous.
Donc, reprenons : « la France n’est pas une pizza » où chacun vient avec sa garniture, et où les Français dits « de souche », bons bourrins qu’ils sont, seraient chargés de fournir la pâte et de la cuire pour l’offrir avec le sourire. Cette époque-là est révolue. Si cela n’est pas encore compris, la répétition de la formule devrait y aider. « La France n’est pas une pizza ! » Répétez encore… La coupe est pleine.
Charles Granfeu
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