émeutes

17 octobre : quand Paris brûle !

Ce samedi après-midi, je croise des jeunes manifestants sur le boulevard des Italiens. Ils se dirigent tranquillement vers l’ouest de la capitale et ressemblent à des lycéens et étudiants « classiques », selon les standards de l’époque.
Ce 17 octobre marque l’apogée d’un mois de revendications lycéennes concernant leurs conditions de scolarité. Des voix prônant une « union des colères » réunissant notamment des Gilets jaunes historiques, des agriculteurs, des sapeurs-pompiers ont appelé à les rejoindre pour protester contre la vie chère et la crise des services publics.

Cette date a été proposée, il y a plusieurs semaines, par « V2 », un jeune tiktokteur « énervé du prix de l’essence », qui a déterminé le jour de mobilisation le plus propice en sollicitant une intelligence artificielle !
Vers 18 heures, à hauteur des Grands Boulevards, l’ambiance paraît déjà plus tendue. Des cordons de policiers, casqués et munis de boucliers, évoluent près de divers débris qui se consument au milieu de la rue.
Un peu plus loin, à partir de la porte Saint-Denis, la situation échappe complètement aux forces de l’ordre. Dans ce qui ressemble désormais à une véritable « zone de non-droit », une multitude de « jeunes » a investi les lieux. Âgés de 15 à 25 ans, majoritairement vêtus de noir et souvent masqués, ils viennent, de toute évidence, des cités parisiennes ou de banlieue. On ne voit pas d’étudiants porteurs du keffieh palestinien, de lycéennes aux cheveux bleus ni même les habituels « antifas » (largement reconnaissables malgré une similitude vestimentaire).
Une riveraine se demande pourquoi la police n’a pas mis hors d’état de nuire un groupe d’une cinquantaine d’individus vêtus de noir et encagoulés qui stationnait sur le boulevard Bonne-Nouvelle dans la matinée (non loin du début de la manifestation situé place de la République), tandis que des « cavalcades » de motards de la police prenaient la direction de l’Ouest parisien (vers les lieux de pouvoir).

Entre Intifada et razzia

Un « jeu » qui amuse visiblement ces jeunes consiste à rassembler, au milieu de la rue, des scooters, des poubelles, des cartons, etc., avant d’allumer un « feu de joie », puis de danser autour des flammes en émettant force hurlements. La foule tressaille également à chaque tir de mortier d’artifice en direction du ciel ou des quelques véhicules de police dont on aperçoit, au loin, les gyrophares bleus.
Les sapeurs-pompiers qui interviennent pour éteindre les feux les plus spectaculaires sont pourtant épargnés par les agressions, la suite du « jeu » consistant à allumer un nouveau brasier après leur départ. Les quelques badauds observant, comme moi, la situation, ne sont pas non plus inquiétés par les casseurs qui ont mieux à faire que de les importuner.
En effet, les magasins de proximité, de vêtements de sport, d’optique, etc., font l’objet d’un pillage en règle, sauf quand la solidité de leurs grilles métalliques les protège. À plusieurs reprises, la ferveur atteint son comble quand des vandales lancent une partie de leur butin dans la foule. La librairie Boulinier reste préservée, moins sans doute par respect pour la culture littéraire qu’en raison des gains dérisoires que rapporteraient les livres d’occasion sur les sites de commerce en ligne.
Les rares tentatives d’intervention policière se soldent rapidement par un échec, à l’instar de ce cortège d’une demi-douzaine de véhicules sérigraphiés qui passe à vive allure tout en étant copieusement lapidé.
Après 20 heures, le calme revient doucement, non du fait de l’intervention des forces de l’ordre, mais parce que les vandales, dont certains déambulent avec des paniers à provision remplis, quittent tranquillement les lieux.
Des lycéens et des étudiants passent par petits groupes dans le quartier, en se dirigeant vers la place de la République. Des jeunes filles hurlent « ACAB » (acronyme anglais signifiant « Tous les flics sont des bâtards »). Renseignement pris, les intéressés ont déambulé des heures dans les rues de Paris car la manifestation du début d’après-midi a été rapidement « gazée » par les forces de l’ordre.
J’apprendrai plus tard que la « fête » s’est poursuivie, de façon sporadique, jusqu’à deux heures du matin sur les Grands Boulevards, avec un incendie de voiture et des mises à sac de magasins, avant que les pillages ne reprennent dès le lendemain…
Dans la nuit, je regarde une vidéo où des membres des Compagnies d’intervention matraquent allègrement des adolescentes restées à l’arrière d’un de ces « cortèges sauvages ». Si la participation à une manifestation non déclarée est passible d’une contravention de 135 euros, la bastonnade n’est pourtant pas prévue à l’encontre de gamines de 15 ou 16 ans qui ont le tort de marcher moins vite que leurs camarades de lycée. Si elles ont commis un délit, ce qui n’est manifestement pas le cas, il conviendrait de les interpeller pour les présenter à un officier de police judiciaire.
Le fait que des adolescents expriment des idées « gauchistes » ne justifie en rien ces brutalités gratuites, d’autant que la plupart d’entre eux ne sont pas réellement politisés. Comme l’écrit Maurice Barrès dans Les Déracinés : « La jeunesse est grégaire ; elle va par bandes. » Les esprits indépendants existent, mais ils sont rares à cet âge. Louise Montangon, la nouvelle égérie des étudiants anti-blocus, a raconté récemment son évolution politique entre 15 et 22 ans, de « très à gauche » à militante du RN.
En professionnel expérimenté, le commandant de la CRS-8 (une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines) a insisté dernièrement sur le discernement nécessaire lors des opérations de maintien de l’ordre : « On est tous parents, ça pourrait être nos mômes en face. Donc fatalement, on va avoir aussi cette obligation, de ne pas utiliser une force qui ne serait pas adaptée. »
Pendant les trois heures passées à observer la situation du côté de la porte Saint-Denis et du boulevard de Magenta, je n’ai vu aucun casseur se faire interpeller par la police, qui est restée longtemps à distance tout en tirant quelques grenades lacrymogènes.
Que faire face aux auteurs de ce mélange d’intifada et de razzia ? Tout simplement commencer par appliquer les sanctions pénales prévues pour les vols et les dégradations commis en réunion (7 ans d’emprisonnement et même 10 en cas de dissimulation du visage), le port d’arme sans motif légitime (3 ans pour les mortiers d’artifice), etc. Nul besoin d’écrire un nouveau texte, comme il en est déjà question. Il suffirait d’appliquer la loi avec rigueur pour dissuader nombre de vocations de casseurs !

Johan Hardoy

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