Algérie

La France doit-elle réclamer une indemnisation à l’Algérie ?

Le 24 décembre dernier, veille de Noël, tout un symbole, debout et écharpe aux couleurs du drapeau algérien autour du cou, les députés algériens votaient à l’unanimité une loi criminalisant la colonisation française et réclamant des excuses officielles en même temps que, évidemment, une indemnisation sonnante et trébuchante.

Avec une tonalité manifestement vengeresse, le texte augure même de peines de prison et d’une interdiction de droits civiques et politiques pour tout impertinent qui se risquerait à promouvoir la colonisation ou à nier qu’elle ait constitué un crime. Ce faisant et aussi choquant que puisse apparaitre une telle loi, elle ne fait jamais qu’entériner les propos tenus en 2017 par Emmanuel Macron – après François Hollande -, alors candidat à la présidence de la république, qui avait évoqué un crime contre l’humanité, précisant que : « Ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. »

Sans surprise, la classe politique française observe, depuis cette annonce du 24 décembre, un lâche et coupable silence, à l’exception de la molle protestation du ministère des Affaires étrangères évoquant « une initiative manifestement hostile, à la fois à la volonté de reprise du dialogue franco-algérien, et à un travail serein sur les enjeux mémoriels », avant néanmoins de saluer « L’ampleur du travail engagé par le président  Emmanuel Macron », s’agissant de la mémoire de la colonisation.

Très chère Algérie

Il apparait donc utile de rappeler que la France, après avoir mené « l’expédition d’Alger » décidée par Charles X, sans intention préalable de coloniser qui que ce soit mais pour mettre enfin un terme à l’intolérable piraterie des Barbaresques qui infestaient la Méditerranée depuis des siècles, s’est ruinée pour l’Algérie et continue, à un moindre degré sans doute, en respectant le fameux accord de 1968 qui, selon un rapport parlementaire (enfin) présenté en Commission des finances, après plusieurs reports diplomatiques, de nous coûter 2 milliards d’euros par an. Le régime favorablement dérogatoire de cet accord du 27 décembre 1968, offre aux Algériens installés en France un statut tout à fait exceptionnel, malgré ses révisions de 1984 et de 2001. Accès facilité au séjour, à un régime préférentiel d’obtention du revenu social d’activité (RSA), à la retraite des citoyens algériens en France, au regroupement familial, aux prestations sociales, tous bienfaits assortis d’une protection particulière contre un éventuel retrait du titre de séjour. Et cette énumération ne prétend en rien à l’exhaustivité.

Quant au coût de la colonisation elle-même, les données les plus sérieusement établies donnent le vertige. Nous devons à des historiens, tels que Jacques Marseille, Daniel Lefeuvre, Bernard Lugan et quelques autres, des analyses parfaitement documentées, dûment chiffrées et sinon irréfutables, à ce jour irréfutées. Retenons qu’en 1959, trois ans avant l’indépendance officielle, l’Algérie dissipait 20% du budget de l’Etat français, soit davantage que le coût cumulé de l’Education nationale, des Transports, Travaux publics, dela reconstruction, l’Industrie et le commerce. La France dut en grande partie le retard de modernisation de son industrie aux fortunes qu’elle engloutissait pour maintenir et moderniserl’Algérie. On connait la célèbre formule du journaliste Raymond Cartier, « « La Corrèze avant le Zambèze », qui ne faisait jamais que condenser l’opinion quasi-générale de la classe politique et des milieux d’affaires : il fallait en finir avec la ruineuse présence française en Algérie.

La France doit-elle pour autant présenter la facture de ses réalisations à l’Algérie ? Une facture dans laquelle seraient approximativement évaluées les constructions de 54 000 kilomètres de routes et pistes et de 4 300 de voies ferrées, de 23 ports aménagés dont 4 aux normes internationales, de centaines de ponts, tunnels et viaducs, d’industries lourdes, de 112 hôpitaux polyvalents, 14 spécialisés et 3 grands hôpitaux à Alger, Oran et Constantine, de 31 centrales hydroélectriques et de milliers d’écoles, lycées et universités. Une liste bien incomplète et d’ailleurs une facturation honnête ne pourrait éviter de comptabiliser, même approximativement, le coût de la découverte et l’exploitation des réserves sahariennes de pétrole, de la constitution d’une agriculture florissante jusqu’en 1962, avant son retour en jachère et les conséquences financières du ruineux Pacte colonial

Si Paris et Alger devaient mutuellement s’adresser une facture d’indemnisation, sans doute serait-il mis un point final et définitif au mythe d’une France enrichie sur le dos de ses colonies.

Arnaud Raffard de Brienne

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Un commentaire

  1. Remarquable article et non moins excellent dessin de Chard, qui mériteraient tous deux la plus large diffusion afin d’ouvrir les yeux à nos compatriotes et d’en finir avec la repentance.

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