Chez les catholiques, la période du Carême commence par le mercredi des cendres dans la quarantaine de la grande fête de Pâques. En réalité, on compte 46 jours et non 40. Il faut cependant retirer 6 dimanches car le dimanche, dies domini, le jour du Seigneur, est un jour de joie qui commémore la Résurrection et qui n’est donc pas soumis aux restrictions du Carême. Mais pourquoi l’Eglise fait elle débuter le Carême par l’apposition de cendres sur le front des fidèles ?
Cet usage remonte au christianisme primitif. A cette époque, ceux qui avaient commis des péchés très graves se soumettaient à une pénitence publique. Ils devaient se présenter devant l’évêque le premier jour du Carême pour implorer le pardon de Dieu.
L’évêque leur imposait alors les mains puis, il leur répandait des cendres sur la tête avant de leur adresser une allocution dans laquelle il les avisait qu’ils allaient être chassés de l’Eglise, comme Adam et Eve l’avaient été du Paradis terrestre après leur faute. Mais il les invitait aussi à reprendre courage et à espérer dans la miséricorde divine. Les pénitents se rendaient alors à l’église nus pieds et revêtus de tenues lugubres. Là, l’évêque les expulsait avec le bâton de la croix et les pénitents ne pouvaient revenir à l’église que le jeudi saint qui était le jour de la réconciliation.
L’imposition des cendres ne concernait donc à l’origine que les grands pécheurs mais peu à peu, les autres fidèles demandèrent également à les recevoir, par esprit d’humilité. Répondant à cette attente, l’Eglise a donc intégré cette cérémonie dans la liturgie. C’est ainsi que le mercredi de la quinquagésime, le prêtre bénit les cendres et les impose sur les fidèles en traçant une croix sur le front s’il s’agit de laïcs, et sur la tonsure s’il s’agit de clercs.
La signification des cendres fait référence à une longue histoire religieuse. Ainsi, dans l’Ancien Testament, les Hébreux utilisaient les cendres comme le symbole de contrition et d’humiliation volontaire de ceux qui s’accusaient d’être des pêcheurs. Plus tard, l’Eglise s’appuya sur le texte de la Genèse, chapitre 3, verset 19, où il est écrit : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre, parce que c’est d’elle que tu as été pris ; car tu es poussière et tu retourneras en poussière. »
Aujourd’hui, la cérémonie d’imposition des cendres se déroule suivant un rituel précis.
Avant la messe, le prêtre, en chape violette, bénit les cendres qui sont alors déposées sur l’autel, sur un plateau, tandis que le chœur entonne l’antienne Exaudi nos. Ensuite, le prêtre, debout du côté de l’épitre, sans se tourner vers les fidèles et les mains jointes, récite plusieurs prières dont la première est explicite :
« Dieu tout-puissant et éternel, pardonnez à ceux qui se repentent, soyez propice à ceux qui vous supplient et daignez envoyer du ciel votre saint Ange pour qu’il bénisse et sanctifie ces cendres, afin qu’elles soient un remède sauveur pour tous ceux qui implorent humblement votre saint nom, pour tous ceux qui ont conscience de leurs fautes et s’accusent eux-mêmes, qui déplorent leurs méfaits sous le regard de votre divine bonté et sollicitent avec ardeur, par leurs supplications, votre très douce miséricorde. Et, par l’invocation de votre très saint nom, faites que tous ceux sur qui ces cendres seront répandues pour la rémission de leurs péchés, reçoivent la santé du corps ainsi que la protection de l’âme. »
Cette première prière définit la fonction des cendres, « remède sauveur » permettant de recevoir « la santé du corps ainsi que la protection de l’âme ». La deuxième prière indique que les fidèles veulent recevoir les cendres « comme expression de [leur] humilité, car ils reconnaissent qu’ils ne sont que cendres et qu’ils retourneront en poussière. Une troisième prière précise le caractère purificateur des cendres qui apportent aux fidèles l’esprit de componction. Une dernière prière fait référence aux Ninivites « qui faisaient pénitence sous la cendre et le cilice ».
Le prêtre asperge ensuite par trois fois les cendres avec de l’eau bénite en récitant l’antienne Asperges me, puis les encense trois fois tandis que le chœur entonne plusieurs antiennes et leur répons. Pendant les chants, le prêtre impose les cendres aux fidèles en prononçant la formule : « Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris ; Souviens-toi, homme, que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière. »
Mais d’où viennent donc les cendres que le prêtre utilise pour l’imposition ? On se rappellera de la signification des branches de buis ou d’olivier bénies et brandies par les fidèles le dimanche des Rameaux (https://nouveaupresent.fr/2024/03/23/dimanche-des-rameaux-quelle-signification/). Eh bien, ce sont les rameaux de l’année précédente qui sont brûlés et réduits en poussière pour la cérémonie du mercredi des cendres, montrant ainsi la continuité de la liturgie d’une année l’autre.
André Murawski
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