Schiappa

Schiappa et Sifaoui, les deux faces d’un même système

Au lendemain de son éviction du gouvernement, qu’elle a effrontément annoncée en avant-première sur BFMTV en ayant le culot d’affirmer qu’elle avait bien bossé, Marlène Schiappa doit se mordre les doigts jusqu’au sang. Le 28 mai 2021, en effet, elle tranchait en défaveur de SOS -RACISME qui faisait partie du comité de sélection des associations ayant demandé à bénéficier des largesses du Fonds Marianne (plus de 2,5 millions d’euros) lancé par elle-même, alors qu’elle était alors ministre délégué à la Citoyenneté, pour répliquer à la décapitation de Samuel Paty et destiné, selon elle, à « promouvoir les valeurs de la République » sur les réseaux sociaux .

Des valeurs mises à mal par la gestion, l’opacité et la désinvolture avec lesquelles ce fonds a été géré puisqu’une enquête. judiciaire ouverte pour détournements de fonds et abus de confiance a été ouverte.

Règlements de comptes en eaux troubles

Le préfet Christian Gravel, un intime de Manuel Valls qui gérait notamment les fonds du jouet de Schiappa tout en étant secrétaire général du CIPDR (Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation) avait pourtant donné son feu vert le 25 mai. Mais le 27 mai, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, publiait sur le site de l’association un message destiné à Jean Castex — le prédécesseur de Borne — condamnant les propos tenus la veille par Schiappa sur France-Info et l’accusant de « délégitimer l’antiracisme ». La veille, la pulpeuse Marlène avait dénoncé un rassemblement organisé en 2020 par SOS Racisme en hommage à l’icône des indigénistes, le truand afro-américain et multirécidiviste George Floyd, et accusé Audrey Pulvar, la pote d’Anne Hidalgo, de parler « devant un public anti-police ».

Cet étalage de querelles de chiffonniers par voie de presse allait priver Dominique Sopo de la coquette somme de 100.00 euros, mais la vengeance étant un plat qui se mange froid, le Franco-Togolais a eu sa revanche en avril dernier quand Mediapart a mis les pieds dans le plat avec d’autres journaux qui soulignaient la mauvaise gestion du fonds par le préfet Gravel, contraint depuis à la démission, et évoquaient des soupçons de traitement privilégié de l’USEPPM (Union fédérative des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire) aux mains de Mohamed Sifaoui qui a pris le contrôle de cette association centenaire en 2018. Avec le très préférentiel financement obtenu, Sifaoui est devenu personnage central du fiasco du Fonds Marianne, qui aura servi à lui assurer une belle rente de situation et à permettre à Marlène Schiappa de jouer, un temps, le rôle de combattante contre l’islamisme.

Celle qui a fait la couverture de Playboy, voici quelques mois, doit également regretter d’avoir favorisé ce journaliste franco-algérien passé maître dans l’utilisation du monde associatif avec ses missions financées sur deniers publics, en l’informant, avant même le lancement, de la création du Fonds Marianne dont il sera le principal bénéficiaire. Lors d’une récente émission sur BFMTV, il remercia du reste sa bienfaitrice en ironisant sur cette dernière qui « n’est pas calibrée et n’a pas les épaules pour mener ce combat contre l’islamisme ». Oignez vilain… 

Un manipulateur à l’immense culot

Longtemps considéré par la presse bienpensante comme le spécialiste incontournable de l’islamisme, Mohamed Sifaoui est rapidement devenu la coqueluche de ce petit monde, à commencer par BHL qui, en 2003, l’encensait en ces termes : « J’ai rêvé toute ma vie de trouver des ponts vivants entre le monde juif et le monde musulman. C’est tellement important un musulman qui, de l’intérieur, condamne l’islamisme radical et l’antisémitisme et prône la fraternité avec les Juifs. » Bref, l’équivalent de l’imam Chalgoumi qui ne manque pas une occasion d’afficher sa proximité avec la communauté juive. On a même vu Enrico Macias étreindre Sifaoui. Mais ce dernier a ses bons et ses mauvais juifs puisque, en 2010, il étrillait Zemmour dans un ouvrage qui lui avait valu un bel hommage de Laurent Joffrin dans Libération.

Ce journaliste algérien, intrigant et manipulateur, réfugié en France depuis 1999 au lendemain de la guerre civile qui a sonné le glas du FIS et renforcé la nomenclature militaire, a su se faire un trou dès son arrivée à Paris en sonnant à la porte de Reporters sans Frontières présidé à l’époque par Robert Ménard. L’association réserve le meilleur accueil à ce jeune confrère algérien né dans une famille bourgeoise de Kouba et qui, amateur de cigares et de bons crus, se dit harcelé et menacé par le pouvoir algérien. Il s’installe très vite dans le moule médiatique français et l’attaque du World Trade Center et du Pentagone, le 11 septembre 2001, lui permet de peaufiner son personnage de musulman laïque. D’autant qu’il publie en 2002 La France malade de l’islamisme, ce qui lui ouvre les portes de nombreuses émissions télévisées.

Couacs et coups de bluff

Début 2003, il signe son premier coup d’éclat en affirmant avoir filmé en caméra cachée une cellule d’Al-Qaïda en plein Paris. Un reportage J’ai infiltré un réseau terroriste qui lui vaut des commentaires louangeurs mais qui, à la réflexion, parait invraisemblable. Il se verra attribuer néanmoins le Grand Prix Jean-Louis Calderon au festival du scoop d’Angers. Fin 2003, notre Tartarin algérien décolle avec un confrère vers le Pakistan et l’Afghanistan, histoire d’aller débusquer Oussama Ben Laden et en tire un reportage Sur la trace de Ben Laden dont il se voit récompensé par le Prix Grand Reporter Patrick Bourrat en 2004.En 2007, au moment du procès de Charlie- Hebdo intenté par la Mosquée de Paris et l’UOIF, il témoigne en défense de ceux qui ont publié les caricatures de Mahomet.

Côté couacs, il fournit en 2008 un tuyau bidon à la police de Versailles concernant la disparition d’Estelle Mouzin : le sol d’un restaurant chinois est ainsi démoli à la pelleteuse et la police retrouve… des ossements d’animaux ! Des centaines de milliers d’euros seront versés au restaurateur en dédommagement. Sans oublier un reportage à charge sur les communautés asiatiques dans notre pays et dont la rediffusion par TF1 sera déprogrammée après les réactions d’une soixantaine d’associations asiatiques françaises.

Le goût des associations

Au lendemain de l’attentat contre Charlie-Hebdo, notre homme fonde l’association Onze Janvier dans le but de perpétuer « l’esprit Charlie » et de lutter contre les idéologues extrémistes et conspirationnistes. Il adhère peu après à la LICRA dont il intègre rapidement le bureau exécutif avant d’en claquer la porte avec fracas. Il avait fait la même chose avec SOS Racisme quelques années auparavant.

Toujours à la recherche d’activités sonnantes et trébuchantes, Sifaoui noue des contacts en 2014 avec Guillaume Denoix de Saint-Marc, président de l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT). Six mois avant l’attentat du 11 janvier 2015 contre Charlie-Hebdo, il rejoint les rangs des salariés de l’AFVT dont il restera le collaborateur jusqu’à la signature d’une rupture conventionnelle au printemps 2018. Manque d’assiduité, dossiers mal ficelés, rapports inconsistants, mission bâclée à Sarcelles alors que la ville souhaitait sensibiliser les employés municipaux à la radicalisation. Bref tous les ingrédients que l’on retrouvera en 2023 dans le scandale du fonds Marianne sont là. Alors que le projet sarcellois avait vu le jour au lendemain des attentats de 2015 et que le fonds Marianne a pris corps peu après la décapitation de Samuel Paty, on a vu Mohamed Sifaoui entrer en scène comme consultant-formateur peu après ces évènements, puis faire son trou et récupérer beaucoup de sous pour des travaux souvent approximatifs et laissant à désirer. 

A l’été 2020, le journaliste multicartes lance Islamoscope TV, une chaîne Web dont il promet du « contenu exclusif » et de « grands entretiens » sur l’islam politique et le terrorisme moyennant moins de 5€ d’abonnement mensuel. Un projet passé depuis aux oubliettes tout comme d’ailleurs la revue Contre-terrorisme lancée à grand coups de pub en 2018 et qui disparaîtra au bout de deux numéros après avoir engrangé plus de 2000 abonnements.

Fort de sa relation amicale avec Christian Gravel, nouveau secrétaire général du CIDPR, il signe entre la fin 2020 et 2022 un premier contrat de consultant avec cet organisme qui lui accorde 39.500 € HT pour former certains de ses agents. Dans le même temps, le CIDPR accorde 335.000 € de subvention à l’USEPPM, l’association dont Sifaoui est administrateur depuis 2017 et que préside Cyril Karunagaran. Ce maroquinier de luxe, propriétaire de la Maison Felger, qui propose des souliers de luxe sur mesure conçus en 3D pour un prix moyen de 2000 €, a longtemps squatté les prestigieux locaux de l’USEPPM sans débourser de loyer alors que son siège social est dans le 5ème arrondissement. Non contents de cette manne, les deux compères aux commandes de l’assoce obtiendront 266.250 € de subventions du fonds Marianne pour cette association qui n’a pas d’expérience notable dans la lutte contre le séparatisme puisque son cœur d’activité est l’éducation sportive.

Gageons que les prochains mois feront perdre de sa superbe à celui qui, aujourd’hui poursuivi pour « détournement de fonds publics par négligence », « abus de confiance » et prise illégale d’intérêts », avait su bénéficier d’une certaine complicité médiatique pour mettre en place un business prospère.

Françoise Monestier

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