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Le coup d’œil de Philippe Randa : du berger à la bergère… ou d’un libraire à un autre, pourquoi pas ?

La campagne de haine, de délation et d’appel à l’indignation après la nomination de Sylvain Tesson comme parrain du Printemps des poètes 2024 semble donc faire long-feu… et c’est extrêmement rassurant.

Non seulement, comme l’a rappelé l’excellent site de l’Observatoie du journalisme (OJIM), « les messages de soutien en faveur de l’écrivain ont rapidement dépassé la tentative d’intimidation culturelle », mais on a assité à un véritable « raz-de-marée de soutiens pour Sylvain Tesson », de personnalités politiques et du monde littéraire auxquelles, certes, on pouvait s’attendre, mais pas que !

Ainsi, saluons (une fois n’est pas coutume) les soutiens de Rachida Dati, actuelle ministre de la Culture et de Jack Lang qui occupait ce poste sous François Mitterrand, sans oublier Bruno Lemaire, de fait plus sympathique en littérature qu’en économie… et l’OJIM de constater, avec une indéniable gourmandise que « créant une polémique de toute pièce, le journal Libération a finalement fait une publicité de choix pour le Printemps des poètes comme pour Sylvain Tesson ». C’est incontestable !

Souvenirs, souvenir : dans une désormais lointaine époque, j’habitais un Paris encore habitable et avais l’habitude d’acheter chaque jour « mes journaux » dans une petite librairie du XVIIIe arrondissement ; elle était tenue par un jeune garçon qui n’avait rien d’antipathique… du moins jusqu’au jour où j’arrivais à sa caisse et lui tendis plusieurs titres que je désirais. Il commença à les comptabiliser… avant de s’arrêter brusquement et de me regarder, stupéfait, en m’exhibant entre deux doigts tremblant d’indignation l’exemplaire de Présent (ou Rivarol ou Minute, ma mémoire me fait défaut) :

— Où vous l’avez trouvé ?

— Ben… dans le rayon !

— Mais je le cache pour qu’on ne le trouve pas !… Vous êtes le premier.

J’ai dû répondre qu’il fallait un début à tout… et avec un large sourire un peu espiègle, un peu amusé et très sadique, attendis qu’il fit mon compte. Je payais, le saluais… et ne remit plus jamais les pieds chez lui, on s’en doute.

On a coutume de se désoler de la fermeture des petits commerces… Ce libraire-là disparut peu après (ma désertion n’en fut sûrement pas la cause principale, mais sans doute fut-elle tout de même symptomatique). On se doute que je n’en fus pas plus chagrin que cela.

Alors, suite à la pétition anti-Sylvain Tesson dans laquelle figure un certain nombre de librairies, il serait peut-être utile de songer à une réponse « du berger à la bergère » à apporter à toutes celles qui ont appelées à l’hallali contre cet écrivain : si le hasard voulait que certains lecteurs de ce « coup d’œil » y ait leurs habitudes, peut-être leur serait-il judicieux de « changer de crémerie »… et d’aller faire leurs futurs achats de livres… ailleurs !

Et à défaut de figurer dans l’infâme liste, est-ce peut-être l’occasion pour tous les clients fidèles d’une librairie de se renseigner si les livres de Sylvain Tesson (ou ceux d’autres auteurs tout aussi peu appréciés des pétitionnaires) sont disponibles dans leurs rayons… ou s’ils le seront… ou s’ils pourraient le cas échéant, les obtenir !

À la réaction qu’ils susciteront des libraires, à eux de juger s’ils méritent ou non leur fidélité…

Philippe Randa

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