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Les lectures de Madeleine Cruz : qu’est-ce qu’une tontine ? Peut-être croyez-vous le savoir…

Jean-Michel Conrad, ancien flic spécialisé dans la chasse aux dealers et autres trafiquants transfrontières, s’est reconverti, – une fois retraité, je suppose – , en auteur de polars. Il compte une vingtaine de livres à son actif. Son expérience de « flic à la brigade des stups » lui facilite très certainement le « travail », car c’est un métier qui (comme le « métier » de gangster, d’ailleurs) facilite grandement l’élaboration de scenarios.

De ce que je sais, grâce à un ami commun, Jean-Claude Sacerdot, ancien flic lui aussi, c’est que Conrad mesure près de deux mètres et qu’il est 3e dan de karaté. Impressionnant ! Avec lui, les truands et dealers ne devaient pas être à la fête tous les jours…

Son dernier roman, dont le titre est Rebecca la tontine, nous apprend en outre que ce géant hyper-musclé passe pour être « l’encyclopédie du flic ». On le devine d’ailleurs, en lisant Rebecca la tontine. L’histoire se passe dans les années 1980. Le prologue, le premier chapitre et l’épilogue nous racontent comme cela se passait « avant », du temps du 36 quai des Orfèvres. C’était surement « mieux avant », comme le pensent la plupart des retraités, mais pour ce qui concerne la police, comme la magistrature, d’ailleurs, il y a surement du vrai, pour le coup. Et Conrad nous explique succinctement pourquoi.

Toputefois Rebecca la tontine n’est pas un essai sur la police d’hier et celle d’aujourd’hui. Il s’agit bel et bien d’un roman policier, d’un de ces « polars », genre littéraire particulier qui comporte en principe son quota de morts, de bagarres, une pincée d’érotisme, et une fin plus ou moins morale. Ce polar-ci n’échappe d’ailleurs pas à la règle.

Mon grand oncle François Brigneau, avait écrit, dans la plus belle des langues argotiques d’après-guerre, façon Albert Simonin, toute une série de romans policiers. Il adorait « jaspiner » en « argomuche » et il m’enseignait la langue des truands, et des « louchébem », histoire de faire enrager sa fille (c’est-à-dire ma mère, en l’occurrence). Or pour moi un infiltré chez les truands, c’était un » indic », « une balance », « une donneuse ». Mais ce terme de « tontine » (et de « tonton », au masculin) ne m’avait pas été enseigné par mon cher grand-oncle.

Le terme de « tontine », je le croyais réservé à des opérations d’épargne financière, souvent non écrites (se passant donc des banques), et propres à des communautés fermées, genre familles d’origine chinoise, africaine ou autres.

J’apprends donc qu’un « tontine » (ou un « tonton »), cela peut aussi désigner une ou un « indic », qui se met au service de la police pour « faire tomber » un réseau ou pour permettre l’arrestation d’un truand recherché, par exemple.

L’amour, c’est parfois compliqué

Dans ce roman, la « tontine » s’appelle Rebecca. C’est une jeune droguée qui, pour obtenir sa dose régulière, se prostitue, et participe au réseau de diffusion de drogue. Jusqu’au jour où le héros du roman, le flic corse Santobelli, alias Santo, parvient à la récupérer, à la retourner. Là où ça… se corse, c’est qu’il en tombe amoureux.

Je suis bien placée pour savoir que l’amour, c’est certes formidable, mais que c’est aussi parfois assez compliqué. Mais tomber amoureux d’une « tontine » prostituée et accro à l’héroïne, de surcroit, ce n’est pas forcément une partie de plaisir ! D’autant que, pour qu’elle continue à renseigner la police, il faut lui procurer ses doses, ce qui n’est pas forcément bien vu par l’IGS (la police des polices). Quand notre « tontine » est arrêtée, le corse Santo n’a qu’une idée : la faire évader… avec l’aide de toute son équipe de flics, au risque de les compromettre, eux aussi… Surtout quand un juge rouge (ou au moins rose) s’en mêle. La suite, vous la lirez vous-même, peut-être.

Comme dans les romans d’anticipation Fleuve Noir

En refermant ce polar, je me suis posé une question : sa couverture représente, en arrière-plan, une fusée qui décolle, genre fusée de science-fiction des romans d’anticipation Fleuve Noir. Or aucune fusée ne décolle, dans le livre.

Peut-être cette chronique me permettra-t-elle d’obtenir une explication ? Une allégorie sur le moyen le plus rapide de renvoyer les dealers chez eux ? Une anticipation, peut-être ?

Madeleine Cruz

Rebecca la tontine, par Jean-Michel Conrad, Ed. Godefroy de Bouillon, 2025

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