Vénézuela

Delcy Rodriguez tombeuse de Maduro ?

Le 14 janvier, Donald Trump frappait de stupeur ses compatriotes en qualifiant de « femme formidable » Delcy Rodriguez Gomez, vice-présidente (depuis 2018) de la République bolivarienne du Venezuela avant d’être nommée présidente par intérim au lendemain même du rapt très hollywoodien de Nicolás Maduro et de son épouse le 4 janvier dernier.

Comment, en une décade, cette avocate, fille d’un militant communiste et elle-même militante du PC vénézuélien dès son adolescence, et que Maduro surnommait affectueusement la « tigresse » pour son zèle chaviste, son intransigeance envers les manifestants qu’elle vouait au poteau et sa haine de l’Oncle Sam, s’est-elle attiré les faveurs du locataire de la Maison Blanche ?

On n’est jamais trahi que par les siens

Dans son article La tactique américaine au Venezuela comme en Espagne, notre confrère ibérique Manuel de Prada estimait que l’opération Absolute Resolve aurait échoué sans de hautes trahisons internes. Sans doute songeait-il à l’article publié le 17 octobre 2025 par le Miami Herald, qui, d’ailleurs repris par l’agence Associated Press, affirmait qu’au au Qatar, décidément carrefour de toutes les entourloupes, Delcy et son frère Jorge, lui-même ancien ministre et vice-président de la République de 2007 à 2008, avaient « entamé des négociations avec Washington pour évincer Nicolás Maduro en échange de leur maintien au pouvoir » et même « officiellement autorisé la CIA à mener des opérations au Venezuela ».

À l’époque, ces avances auraient été repoussées ; peut-être parce que la CIA n’était pas prête, ou qu’elle jugeait insuffisantes les manifestations de Caracas, dirigées d’ailleurs moins contre la nature du régime lui-même, si détestable soit-il, que contre la paupérisation croissante découlant certes d’une gabegie généralisée mais surtout des draconiennes sanctions économiques prises par les Etats-Unis, suivis par les toutous de l’Union européenne. Peut-être Donald Trump estimait-il aussi que la présentation de Maduro comme président d’un narco-État fossoyeur de la belle jeunesse américaine — ce qui justifierait la sanction radicale prise à son encontre — n’était pas encore assez persuasive. Mais deux mois de propagande intensive allaient changer la donne : les esprits étant enfin prêts, Trump pouvait donner le feu vert à Absolute Resolve — dont Emmanuel Macron salua l’exploit sans la moindre réserve (1).

De son côté, selon Associated Press, Maduro avait aussitôt tourné en ridicule les informations du Miami Herald comme autant de « tentatives de diviser notre peuple » Cependant que Delcy Rodriguez tempêtait sur Telegram contre le journal (réputé pour son anticastrisme dans un État, la Floride, comptant quantité de réfugiés cubains) : « Un autre média qui s’ajoute au dépotoir de la guerre psychologique contre le peuple vénézuélien. Ils n’ont ni éthique ni morale, et favorisent exclusivement le mensonge et la charogne. La révolution bolivarienne compte sur un haut commandement politico-militaire uni autour de la volonté du peuple ».

Cette diatribe était accompagnée d’une photo montrant Delcy au côté du président en place et ainsi légendée : « Ensemble et unis avec le Président Maduro ».

Dans la cellule new-yorkaise où il attend son procès, l’ancien conducteur de bus ayant succédé à Hugo Chávez après la mort de ce dernier doit aujourd hui amèrement regretter son manque de lucidité puisque, onze semaines plus tard, son sort était scellé et sa « tigresse » en revanche encensée par le président des Etats-Unis. Quant au sort des Vénézuéliens, rien ne dit qu’il va s’améliorer et que leur pays redeviendra une « Terre de grâce », nom que lui avait donné Christophe Colomb.

Les morts de Téhéran et ceux de Gaza

Nul doute que, dans un Iran lui aussi étranglé par les sanctions économiques prises, pas toutes pour de bonnes raisons, contre cette République des mollahs que toute la gauche internationale applaudissait en 1979 par réflexe antimonarchique, sont aussi en cours des trahisons et des tractations facilitant un changement de régime. Changement légitimé par le nombre de morts faits par les Gardiens de la Révolution dans les rangs des manifestants contre les pénuries et l’inflation : 642 tués selon une ONG présentée comme crédible, plus de 6 000 selon France Info le 16 janvier et même 12 000 selon d’autres sources — pour une population de 88 millions d’habitants.

Pendant ce temps, dans la bande de Gaza, qui comptait 2,2 millions d’âmes en 2022 mais qui est aujourd’hui sinistrée par les incessants bombardements israéliens multipliés depuis lors, et par les toutes récentes tempêtes qui ont provoqué des inondations ravageuses, on compte 850 000 « déplacés » parqués sous des tentes de fortune, et 120 000 disparus, dont de très nombreux enfants, sans doute ensevelis sous les décombres. Mais quoi ! Ce nettoyage par le vide facilitera la création de la « Gaza Riviera » dont rêvent le libérateur Trump et son gendre Jared Kushner, magnat de l’immobilier. Sans que l’Europe y trouve à redire.

Camille Galic

  1. https://nouveaupresent.fr/2026/01/05/in-oil-we-trust

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