Le 21 janvier, les agriculteurs réunis à Strasbourg accueillaient dans la liesse la décision prise (à une très courte majorité : 334 voix contre 324) par les eurodéputés de saisir la Cour de justice de l’UE sur la légalité de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur. Traité lui-même imposé par la Commission européenne et ratifié non pas à l’unanimité mais à une simple majorité qualifiée par les gouvernements européens, la France votant contre.
Le monde paysan s’est-il réjoui trop tôt ?
Ne s’avouant pas battue, Ursula von der Layen, présidente (non élue) de la Commission, exhumait aussitôt une clause oubliée autorisant ladite Commission à mettre en œuvre à titre provisoire le traité contesté en attendant le verdict de la Cour de justice, qui ne sera pas avant deux ans environ. Certes, Paris a fait savoir que cette application provisoire du traité de libre-échange avec une partie de l’Amérique du Sud constituerait « une forme de viol démocratique », ce qui est exact. Mais on sait de reste que, clone à cet égard de son homologue américain Donald Trump, spécialiste des volte-face comme on l’a vu sur le Groenland, Macron souvent varie, bien fol est qui s’y fie.
Ainsi, après avoir reçu avec les honneurs et force promesses le couple présidentiel brésilien à l’Élysée le 6 juin 2025 à l’Élysée, l’ancien associé-gérant de la banque Rothschild se rendait le 6 novembre à Belém, où il laissait entendre à son homologue Lula da Silva que la France soutiendrait l’accord UE-Mercosur, « à condition que les pays du bloc sud-américain acceptent les garanties proposées par l’UE ».
Ce feu vert scandalisa une grande partie du monde agricole et suscita aussitôt en France une levée de boucliers, qui allait s’éterniser et paralyser une partie du pays jusqu’au vote de l’Europarlement. Il est donc fort possible qu’après avoir condamné le « viol démocratique » projeté par la Führerin Ursula, Macron tourne à nouveau casaque dès que les esprits seront calmés, et les tracteurs remisés, et finisse par accepter le « viol démocratique ».
Un autre traité scélérat projeté « de toute urgence »
Or, se profile un autre péril, toujours à l’instigation de l’Allemagne. Est en effet en préparation un autre traité scélérat : cette fois avec l’Inde où, sous prétexte de « profonds changements géopolitiques », notamment le refroidissement avec la Chine, le chancelier fédéral Friedrich Merz déclarait solennellement le 12 janvier : « Afin d’exploiter pleinement le potentiel de nos relations économiques, nous devons désormais conclure de toute urgence les négociations relatives à un accord de libre-échange entre l’Inde et l’UE », ajoutant que l’accord commercial conclu par l’UE avec des pays du Mercosur « est un signe encourageant pour poursuivre sur la voie des accords de libre-échange ».
Avec 1,4 milliard d’habitants, l’Inde est certes le pays le plus peuplé — et donc le plus gros marché — du monde. Avec un volume d’échanges bilatéraux atteignant déjà 50 milliards d’euros, ce qui fait d’elle le principal partenaire de la fédération indienne, l’Allemagne aurait tout à gagner à ce projet.
Mais quel serait le profit pour les autres pays d’Europe, notamment riverains de la Méditerranée ? Au nom du changement climatique, on pousse leurs agriculteurs à s’investir dans des cultures tropicales, où ils se trouveraient dès lors en concurrence directe avec la production indienne. Mais l’industrie est également concernée : l’Inde est un géant du textile ainsi que de l’électro-ménager. Le pouvoir d’achat du consommateur y gagnerait peut-être mais le libre-échange avec ce pays gigantesque où les salaires sont misérables achèverait de tuer les entreprises encore subsistantes dans l’Hexagone. Depuis 2006, la France a déjà beaucoup perdu avec la mainmise par OPA du multimilliardaire indien Lakchmi Mittal sur le géant Arcelor, ancien premier producteur mondial d’acier. Cette cuisante expérience, qui a ruiné la Lorraine, ne lui suffit-elle donc pas ?
Preuve que le chancelier Merz ne parlait pas en l’air, le président du Conseil européen Antonio Costa et la présidente de l’Union européenne sont attendus ce 27 janvier par le Premier ministre Narendra Modi, dont l’entourage assure avec satisfaction que « les négociations du traité entre New Delhi et Bruxelles ont beaucoup avancé ».
Qu’a fait Emmanuel Macron pour prévenir ce dernier mauvais coup de nos amis allemands, puis s’y opposer tant qu’il en était encore temps ? Si la Kollaboration est condamnable, elle l’est dans tous les domaines et à toutes les époques.
Camille Galic
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