Le centre de détention de Casabianda-Aléria (Haute-Corse) est situé à 75 kilomètres au sud de Bastia, sur la côte orientale de la Corse. Après une première période d’ouverture entre 1862 et 1885, l’établissement a été rouvert en 1948 aux fins de recevoir des détenus condamnés pour des faits de collaboration. Il n’y avait alors ni eau ni électricité.
Aujourd’hui, cette prison de 194 places, souvent occupée aux deux tiers environ, présente la particularité d’être ouverte sur l’extérieur, sans grillages ni barbelés. Une enceinte de près de 1 500 hectares, sur un pourtour d’une vingtaine de kilomètres, permet aux détenus de se déplacer librement et de participer à différentes activités agricoles et de s’impliquer dans des productions forestières, céréalières, laitières et animales.
En 2023, 70 % des détenus avaient été condamnés à de longues peines dans le cadre d’infractions à caractère sexuel sur mineurs ou adultes, notamment dans un cadre intrafamilial, et un peu plus de 25 % pour des homicides ou des assassinats. La majorité d’entre eux était âgée de plus de 50 ans.
Dans cette prison où les barreaux et les murs d’enceinte n’existent pas, les détenus disposent la plupart du temps des clés de leurs cellules, avec pour seule contrainte d’être présents lors des appels quotidiens.
En partenariat avec des associations, les activités culturelles et sportives sont nombreuses (golf, tennis, pétanque, sports nautiques tels que la planche à voile et la natation, etc.).
Des sorties annuelles, financées par les Services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP), sont également organisées : « rafting » pour huit personnes, raquettes sur la neige en février, randonnée en montagne en septembre.
En 2023, trois détenus dont les peines variaient entre 10 et 25 ans ont été sélectionnés par l’administration pénitentiaire, après une douzaine de sorties d’entraînement, pour gravir le col de Vizzavona à vélo en partant du centre de détention. Une équipe de bénévoles les a encadrés sur ce parcours de 130 kilomètres.
Selon le média 20 Minutes, la population environnante s’est habituée à ce voisinage particulier. Le journaliste Paul-Mathieu Santucci précise cependant qu’à l’occasion d’évasions récentes (quatre sont survenues depuis 2018), « il a fallu faire des pieds et des mains pour pouvoir diffuser les portraits-robots, ce qui ne rassure pas les maires voisins ».
Des riverains s’étonnent pourtant que, dans ce site magnifique, des pédocriminels, des violeurs et des assassins toujours détenus se promènent à pied ou à vélo au bord de la mer (jusqu’à 21 heures durant l’été).
L’administration pénitentiaire se veut rassurante et souligne que leurs profils ont été rigoureusement évalués en fonction de leur capacité de réinsertion et de leur dangerosité. Selon Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, cette prison constitue un modèle à suivre, à rebours « des conditions de détention infâmes, qui créent de la haine et de la récidive ». L’intéressée ajoute que les détenus « apprennent un métier [et] sont responsables, les surveillants disent même qu’ils pourraient aller au tribunal seuls. Tout ça, ce sont des facteurs de réinsertion, et c’est ce qu’on attend d’une peine de prison. »
Un autre centre de détention, surnommé « la prison Badinter », est situé à Mauzac (Dordogne), à une vingtaine de kilomètres de Bergerac. Celui-ci fonctionne également selon ces principes de semi-ouverture, de suivi thérapeutique et de retour en société. L’ancien garde des Sceaux est à l’origine de cette expérience, lancée en 1986, en vue de préparer la réinsertion des détenus en leur donnant un maximum d’autonomie dans l’espace fermé de la prison.
En Corse, certains « prisonniers » demeurent insatisfaits et jugent « indignes » leurs conditions de détention. Le tribunal administratif de Bastia a été saisi de treize dossiers d’indemnisation, allant jusqu’à 30 000 euros, émanant de condamnés prétendant subir un « préjudice moral » concernant notamment les bâtiments d’hébergement, les douches et l’accès aux soins. En mai 2025, le tribunal les a tout de même déboutés, en mentionnant l’existence de toilettes propres et de dix cabines de douches individuelles où les détenus ont librement accès jusqu’à 18 heures.
Lors d’un tournoi de jeunes entre des clubs de football corses, des parents qui accompagnaient leurs enfants ont découvert avec surprise que le stade municipal d’Aléria, dépourvu de gradins pour le public et de douches pour les sportifs, était enserré par des grillages au sein de la structure pénitentiaire ouverte, tout près du stade réservé aux détenus ! Certains d’entre eux ne cachaient pas leur sentiment de révolte à l’idée que « des gosses de huit à douze ans » jouent au football au milieu des « pointeurs ». On peut les comprendre…
Johan Hardoy







