Le télescopage médiatique entre le voyage à Alger de Ségolène Royal, nouvelle présidente de l’association France/Algérie créée en 1963 par le calamiteux Edmond Michelet avec le soutien du général de Gaulle et de la communiste Germaine Tillon, et l’élection de Boualem Sansal à l’Académie française est une aubaine pour le président Tebboune et les amis de Jean-Luc Mélenchon.
La télégraphiste de Tebboune
Une grande partie de la classe politique —de l’anguille Retailleau aux représentants du Rassemblement national—a toutefois condamné les propos de l’ancienne conseillère de François Mitterrand promue ensuite ministre à de nombreuses reprises et jurant ses grands dieux que « la mémoire est une vérité des blessures et des traumatismes qui doivent être nommés, réparés, excusés sans je ne sais quelle contrepartie ». Emmanuel Macron cependant n’a pas jugé bon de blâmer cette inadmissible déclaration non plus d’ailleurs que le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot qui préfère jouer les indispensables s’agissant du Groenland ou de l’Iran. Il est vrai qu’il aurait été difficile au président de la République de jouer les Pères Fouettard avec l’ancienne ambassadrice des Pôles, alors qu’il avait qualifié en 2017 la colonisation « de vraie barbarie et de crime contre l’humanité ».
Raison de plus pour que l’ancienne compagne de François Hollande ait le culot de stigmatiser « l’algérophobie » et de soutenir que « la reconstruction de l’amitié entre la France et l’Algérie est un devoir que nous avons d’abord envers les jeunes générations des deux rives ». Ne reculant devant aucune trahison envers son propre pays, elle terminait son discours —un portrait de Tebboune derrière elle — en déclarant que Paris devait transmettre un « dossier complet sur les essais nucléaires dans le Sahara afin de mesurer l’ampleur des dégâts et de les réparer ». On imagine la satisfaction de Rima Hassan et autre Haria Boultedja sans oublier les millions d’Algériens de France qui ont dû pousser des you-yous de satisfaction à l’écoute de tels propos.
Une élection de maréchal soviétique
Au même moment, Boualem Sansal, libéré trois mois plus tôt des geôles barbaresques où il avait passé plus d’un an pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » car il avait contesté la thèse officielle algérienne sur les frontières avec le Maroc et l’Algérie, était élu à l’Académie française. Par 25 voix sur 26, un seul académicien ayant osé s’abstenir. Une belle victoire saluée par les milieux intellectuels et politiques de la droite la plus traditionnelle à la droite molle qui voient en lui un « Soljenitsyne algérien ».
Pour avoir critiqué Staline, le vrai Soljenitsyne, lui, avait croupi plus de dix ans au Goulag dans un camp de travail pénitentiaire avant d’être placé en relégation au fin fonds du Kazakhstan. Il dénonça, grâce aux solidaristes russes et à la formidable résistance anticommuniste le système concentrationnaire stalinien que le grand Jules Monnerot définissait comme « l’islam du XXe siècle ».
Pour sa part, Boualem Sansal qui a toujours revendiqué un athéisme pur et dur sonne l’alarme depuis des années. Il dénonce pêle-mêle l’islamisme, la naïveté des Gaulois de souche, la complaisance à l’égard de l’islam des élites, mortes de trouille face à l’intimidation dont elles font l’objet.
Tout ce que la France compte comme défenseurs des libertés a remué ciel et terre pour obtenir, à juste titre d’ailleurs, la libération de l’écrivain franco-algérien et condamner l’instrumentalisation de la justice par un régime autoritaire.
On aurait aimé une pareille mobilisation s’agissant du révisionniste Vincent Reynouard dont la condamnation en mars dernier à douze mois de prison ferme (peine dont il a fait appel) sous prétexte de « contestation de crimes contre l’humanité » et « provocation à la haine raciale » ne semble pas émouvoir la classe médiatique et politique qui a voté en faveur de la proposition de Loi présentée par Caroline Yadan, député macroniste des Français de l’étranger, contre les « formes renouvelées d’antisémitisme » — dont l’antisionisme, position politique et non raciale —, renforçant ainsi les lois Pleven, Fabius-Gayssot et Perben.
Un faux pas
En 2012, Boualem Sansal avait cédé aux injonctions de la gauchiste Annie Ernaux, en signant une pétition contre Richard Millet. Ce dernier, dans un livre au titre provocateur Langue fantôme / Eloge d’Anders Breivik, voulait expliquer le geste de ce jeune Norvégien qui avait ouvert le feu sur un camp de militants travaillistes et surtout immigrationnistes norvégiens, tuant 77 d’entre eux. Richard Millet condamnait les actes de Breivik (lequel, jugé responsable de ses actes, fut condamné à 21 ans de prison prolongeables, la peine maximale en Norvège) et il affirmait que de tels drames se reproduiraient fatalement dans nos sociétés qui « ne cessent de s’aveugler sur les ravages de l’islamisation et renoncent à l’affirmation de leurs racines chrétiennes ». Sonnant le tocsin, Annie Ernaux, qui devait recevoir le prix Nobel de Littérature en 2022, fit paraître dans Le Monde une furieuse diatribe contre l’auteur de ce « pamphlet fasciste qui déshonore la littérature », texte cosigné par plus de 119 écrivains où l’on retrouvait pêle-mêle Alain Mabanckou, Jean-Marie Le Clézio, Tahar Ben Jelloun… ou Boualem Sansal. BHL sonnait également la charge tout comme le Premier ministre d’alors, Jean-Marc Ayrault. Contraint de quitter le comité de lecture de Gallimard, Richard Millet était jeté aux chiens – à noter que Pierre Assouline avait refusé de prendre part à la curée.
Treize ans plus tard , Richard Millet a pardonné cette signature intempestive en défendant becs et ongles Boualem Sansal quand il était dans les geôles algériennes.
Le nouvel académicien succède à Jean-Denis Bredin, avocat de gauche et adversaire résolu du Front national. Auteur de plusieurs livres sur la Révolution et notamment sur l’Abbé Sieyès qui fit partie des prêtres favorables au processus révolutionnaire, il écrivait : « Sieyès a exprimé, dans plusieurs écrits, sa détestation des religions qui enchainent les esprits, portent au fanatisme, et prétendent imposer aux hommes une morale qui n’est pas fondée sur la raison et un bonheur qui ne viendra qu’au ciel ». On attend la réponse de Boualem Sansal qui écrivait récemment : « La mondialisation a en revanche formidablement profité aux adeptes de Mammon et aux adeptes de l’islamisme, courant rétrograde de l’islam qui prône la misère et la folie pour tous, savamment cornaqué par les pouvoirs féodaux qui régentent les pays musulmans, avec l’approbation, sinon le soutien tactique des démocraties occidentales… L’Eglise ne peut-elle trouver en son sein une phalange héroïque qui irait par le monde combattre les forces du mal et trouver le moyen de rallumer le feu sacré ? »
L’habit vert, de la couleur de l’islam, lui donnera sûrement la force de perpétuer l’esprit français dans la langue française qu’il maitrise parfaitement.
Françoise Monestier
Soutenez les médias libres, faites un don au Nouveau Présent!
Par Chèques, via l’Association de Soutien à la Presse Alternative (ASPA). Libellez vos chèques à l’ordre de l’ASPA, indiquez au dos de ceux-ci « Nouveau Présent » et adressez-les à: Breizh Info, BP 201, 29834 CARHAIX PDC1







