Iran

Iran : où s’arrêtera la « fureur épique » du « lion rugissant » ?

L’opération « Fureur épique » (sic) lancée le 28 février contre l’Iran par le tandem Netanyahou-Trump, le second à l’instigation du premier, en visite éclair à Washington la semaine dernière pour peaufiner les derniers détails de l’opération qui, baptisée par les Israéliens « Lion rugissant » (allusion au lion de Juda), a fait des milliers de victimes. Dont plusieurs célèbres, tels l’ayatollah Khamenei, Guide suprême de la République islamique, ou le général Mousavi, chef d’état-major des forces armées iraniennes ainsi partiellement démantelées, et une collatérale : Emmanuel Macron.

La France snobée mais menacée

Dissous par sa dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, Emmanuel Macron avait cru trouver en la diplomatie un exutoire à son exhibitionnisme. Confiant en sa science infuse, intervenant partout sur tout et n’importe quoi, il recevait ainsi à l’Élysée, à peine revenu d’une visite officielle en Inde, le président finlandais Alexander Stubb le 23 février, le président malgache Michaël Randrianirina le 24 et le Premier ministre slovène Robert Golob le 27 ; toutefois apprenant le même jour que, méprisant le vote hostile de l’Europarlement, Ursula von der Layen venait de mettre en application le traité Mercosur profitable à l’Allemagne mais fatal à nos agriculteurs, il devait avouer : « C’est une surprise, une mauvaise surprisepour la France et une mauvaise manière pour le Parlement européen. »

Le chef de l’État allait devoir dès le lendemain avaler une autre couleuvre. Interrogé – à la sortie d’un conseil de Défense ! — sur « Fureur épique », il ne condamnait pas l’opération, au contraire du président finlandais aux yeux duquel « les États-Unis agissaient largement en dehors du cadre du droit international traditionnel », mais concédait à la télévision, très déconfit : « La France n’a été ni prévenue ni impliquée. »

Notre pays n’est pas le seul dans ce cas, mais il fait depuis 1945 partie du Conseil de Sécurité de l’ONU et à nouveau de l’OTAN depuis la présidence Sarkozy. L’actuel Élyséen pouvait donc espérer plus d’égards, d’autant que tout conflit éclatant au Proche ou au Moyen-Orient a de si graves répercussions sur ce patchwork ethnique qu’est devenu l’Hexagone que l’actuel ministre de l’Intérieur a aussitôt jugé bon de mettre les forces de l’ordre sur le pied de guerre (2). D’autant qu’Emmanuel Macron a confirmé dimanche sa détermination à apporter son aide « aux pays avec lesquels nous avons des accords de défense » — cas de certains États du Golfe mais aussi de l’Israël, cibles de représailles iraniennes, jusqu’aux centres de Jérusalem et de Tel Aviv.

La République islamique, créature de l’Occident

N’ayant jamais eu ici la moindre sympathie pour la République islamique d’Iran, nous n‘avons donc pas versé une larme après la mort de l’ayatollah Khamenei, « l’homme le plus diabolique de l’Histoire » selon Trump, mais n’oublions pas que ce régime exécrable fut une créature de l’Occident : les Etats-Unis du démocrate Jimmy Carter voulaient à tout prix se débarrasser de l’empereur Mohamed Reza Pahlavi, partisan de la disparition du pétrodollar comme monnaie unique dans le commerce des hydrocarbures, et la France du conservateur Valéry Giscard prêta main forte à ce plan en protégeant l’ayatollah antimonarchiste Ruhollah Khomeiny qui, de son refuge de Neauphle-le-Château, accueillait force journalistes, encourageait à manifester contre le shah dans le monde entier et inondait l’Iran de cassettes incendiaires contre la « clique de vampires suçant le sang du peuple ».

Derechef est aux commandes le lobby pétrolier américain, auquel Donald Trump est aussi dévoué que l’était Carter, comme l’avait déjà prouvé le 3 janvier dernier l’enlèvement de Nicolás Maduro, président du Venezuela (premier producteur de pétrole mondial, du moins jusqu’aux sanctions économiques prises par Washington à son encontre en 2016 et qui provoquèrent une exaspération populaire croissante). Priver l’Iran de l’essentiel de ses ressources et conjurer la menace existentielle qu’il ferait peser sur l’État hébreu s’imposait donc.

Un pays pluriethnique, donc menacé de chaos… importé en Europe

Mais il est un autre danger. Majoritairement chiite (89 % de la population), l’Iran est en revanche un État pluriethnique — comme la Syrie, comme l’Irak. 38% seulement de ses habitants sont des Perses, le reste se partageant entre Turcs (22%), Caspiens (11%), Kurdes (11%), Arabes (5%) et autres minorités qui, faute d’un pouvoir fort, risquent de faire sécession. Les Turcs réclamant par exemple le rattachement à l’Azerbaïdjan de la région où ils sont nombreux et les Kurdes le rattachement au Kurdistan irakien.

Si certains, surtout parmi les Perses, rêvent du retour à la monarchie, voire d’une période transitoire assurée par l’héritier des Pahlavi contraint à l’exil depuis son adolescence, il faut se souvenir qu’il n’est jamais bon pour un chef d’État d’arriver « dans les fourgons de l’ennemi », comme le prouva notre éphémère Restauration malgré d’indéniables réussites. Tout indique que, si la République islamique était brutalement balayée au profit d’un Exécutif réputé démocratique, cela laisserait place à un chaos tel que le vivent les Irakiens depuis mars 2003, date de l’opération si mal nommée « Liberté irakienne » lancée par un George W. Bush marionnette d’une meute de trotskistes recyclés dans le néo-conservatisme, et, depuis décembre 2024, les Syriens « libérés » de la dictature des Assad (sous lesquels la pauvreté, l’illettrisme et certaines maladies endémiques tel le trachome avaient spectaculairement reculé), par un gang salafiste dont le chef Ahmed al-Charaa, ancien chef d’Al Nosra sous le nom d’Abou Mohammed al-Joulani, est reçu et fêté par la plupart des dirigeants occidentaux en commençant par Macron… et Trump, qui l’a serré sur son cœur malgré le cauchemar qu’il fait vivre aux alaouites comme aux chrétiens.

Le déferlement des migrants irakiens puis syriens fuyant leurs pays sinistrés a déjà été une catastrophe pour les Européens et surtout les Européennes volées, violées (souvenons-nous de la tragique Saint-Sylvestre 2016 à Cologne et ailleurs) et parfois assassinées par des blédards brutalement confrontés à une culture, un mode de vie, un univers qui leur étaient inconnus. Faut-il recommencer l’expérience ?

Un sale coup pour la Chine — et le MAGA

Mais le businessman Trump se soucie aussi peu du peuple iranien que des peuples irakien et syrien et d’ailleurs de la « vieille Europe ». En revanche, aussi bien politiquement que familialement, il a à cœur la sécurité et le bien-être du peuple juif et donc la survie de l’Israël.

Bénéfices supplémentaires de l’opération : d’une part, elle détourne l’attention des Américains du dossier Epstein où leur actuel président est assez présent. D’autre part, en bombardant les ports iraniens, Trump compromet les exportations de pétrole de ce pays, principal fournisseur de la Chine dont l’économie — qui, à la grande joie de la Maison-Blanche, patine déjà depuis plusieurs mois — risque à son tour d’être compromise par la rareté et donc l’enchérissement des hydrocarbures, encore aggravé par le blocage du détroit d’Ormuzd. Un phénomène qui touchera d’ailleurs le monde entier. Sauf les Etats-Unis qui n’achètent de l’or noir que pour préserver leurs propres ressources d’ailleurs abondantes, et mènent tambour battant l’exploitation des gisements de gaz de schiste — vertueusement refusée par la plupart des pays européens dont le nôtre, sous la pression des écologistes et de la Commission européenne.

Reste à savoir comment va réagir la base électorale de Trump, ce mouvement MAGA (Make America Great Again) auquel il avait solennellement promis que, lui régnant, il n’y aurait jamais d’aventures militaires. Certes, jusqu’à présent, l’homme à la casquette de baseball vissée sur son crâne même la nuit n’a pas déployé de troupes au sol mais l’US Army déplore déjà des morts. Or, les engrenages ont ceci d’embêtant qu’on ne sait jamais si et quand ils peuvent s’enrayer.

Camille Galic

  1. L’Iran impérial comptait une centaine de milliers de juifs, qui ne seraient plus que 10 000. Mais combien, implantés parfois depuis ses siècles, sont restés et se font passer pour persans ? Sans complicités internes, et au plus haut sommet, on s’explique mal la précision des tirs de missiles et des bombardements israéliens sur les sites nucléaires et politiques iraniens, aussi bien lors de l’opération de juin dernier qu’aujourd’hui.
  2. https://nouveaupresent.fr/2026/03/01/attaque-israelo-americaine-en-iran-laurent-nunez-appelle-a-la-mise-en-vigilance-des-forces-de-lordre/

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