Il y a quelques jours, j’ai reçu un étrange « Service de Presse », l’un de ces livres que l’on envoie – souvent à l’aveuglette – à des critiques, avec l’espoir qu’ils en diront quelques mots dans leur publication.
J’ai feuilleté le livre, intitulé La peau de chamois, signé par une personne qui m’est inconnue : Olivier Marcellier. Dans ces cas-là, on commence par lire la « 4e de couverture », c’est-à-dire le texte figurant au dos de l’ouvrage, histoire de se faire une idée du genre littéraire : essai ? Polars ? Biographie ? Ouvrage technique sur les chiffons à utiliser pour lustrer les carrosseries de voitures ou les miroirs ? Rien de tout cela. Il s’agit d’un récit romancé, une tranche de vie dans le milieu du football. Cela se passe dans la province profonde, du côté d’Aubusson, de Niort ou de Châteauroux. Mon manque d’intérêt pour le football ne me prédestinait vraiment pas à recevoir ce genre de roman enraciné dans le haut Languedoc, le ballon rond et la bière de troisième mi-temps.
« Cela commence mal »
Mais le livre était gentiment dédicacé « à monsieur Bergeron, de la part d’un fidèle lecteur admiratif de votre travail ». Voici quelqu’un qui sait me caresser dans le sens du poil ! Le livre était accompagné d’un sympathique courrier. L’auteur m’expliquait que ce livre était son « premier (et sûrement unique) roman ». Il ajoutait qu’il me lisait depuis de nombreuses années (Présent, la collection Qui suis-je ?). Futé, l’auteur !
Il notait enfin : « Je ne crois pas me tromper en écrivant que le football n’est pas votre tasse de thé. Il se trouve que l’histoire que je vous envoie se déroule pour partie dans cet univers. Cela commence mal ». Cet aveu a piqué ma curiosité. D’autant que l’auteur se présente comme « exerçant le métier de déménageur, tout en doutant que son livre fasse… un carton ».
Une chronique douce-amère
Un premier livre ? Peut-être unique ? Ces aveux m’ont plongé quarante-cinq ans en arrière, à la sortie de mon premier livre, Je me suis souvenu de mon émotion en découvrant cette mince publication, un « Vademecum du voyageur en URSS » pour touristes pas dégonflés. L’idée était originale, L’ouvrage était vraiment un peu court. Mais le roi n’était pas mon cousin !
J’imagine que pour Olivier Marcellier, aussi, ce roman est important car il y a forcément mis beaucoup de lui-même. Je l’ai donc lu. Je vous avouerai qu’en renfermant cette chronique douce-amère, je n’ai pas été pour autant converti aux plaisirs du foot amateur, encore moins à celui du foot professionnel. Et je ne prévois pas d’intégrer à court ou moyen terme le club des fans de La Berrichonne, le supporters du foot castelroussin.
Le jour même, je lisais d’ailleurs dans le quotidien monopolistique socialiste local, La Nouvelle République, ce commentaire tristounet, qui n’a pas contribué à me faire plonger dans la passion footballistique : « Tout va de mal en pis pour la Berrichonne qui a hérité d’une terrible double peine face à Paris 13, ce vendredi 27 février 2026. Archi dominatrice mais incapable de marquer le moindre but malgré d’innombrables occasions, elle s’est fait punir dans les derniers instants. Terrible ! »
Le foot, j’ai bien compris que cela peut être une passion sportive, mais aussi une forme de loisir, où l’alcool, les groupies aux mœurs légères, voire les castagnes, ont souvent leur place. Mais ce que raconte aussi le livre, ce sont des amitiés et des souvenirs, des histoires viriles, des images qui peuvent toujours faire briller les yeux, de longues années plus tard, quand on rencontre les copain de l’époque, côté terrain comme côté tribunes.
A qui faire lire un tel livre ? A un footeux, certainement. A une épouse de footeux ? J’en suis moins sur…
Francis Bergeron
La peau du chamois, par Olivier Marcellier, Ed. Dutant, collection « Les bergers de l’évasion », 2025, 136 p.








