Ursula van der Layen

L’Europe trahie par sa présidente

« Quand c’est flou, il y a un loup. » Et même une meute, voire plusieurs, dans les accords conclus le 27 juillet en Ecosse entre Donald Trump et, au nom de l’Union européenne, Ursula von der Layen ; laquelle affichait ensuite une mine si souriante que cela frisait la provocation alors que le Premier ministre français déplorait, lui, la « soumission » de la présidente de la Commission européenne au diktat de la Maison-Blanche. Et pour cause puisque les Vingt-Sept vont désormais devoir acheter sur trois ans pour 750 milliards de dollars de produits énergétiques aux Etats-Unis. Ce qui revient, selon Les Échos, à « faire passer près de 90 % des importations européennes en la matière aux mains des Américains ». Ce qui placera nos pays dans une sujétion totale.

Aggravation du chômage en perspective

Il est vrai que, grâce à l’art de la négoiciation que lui prêtent certains, Frau von der Layen aurait réussi en revanche à faire chuter de 30% à 15% les droits de douane exigés par Trump sur les exportations européennes. Mais lesquelles ? On l’ignore, tout devra être discuté entre Washington et les ministres du Commerce des Etats concernés — dont les économies, les productions et donc les intérêts sont d’ailleurs divergents. Dans le secteur français de l’hygiène et de la parfumerie, les experts estiment par exemple que les nouvelles règles — à définir, répétons-le — pourraient « entraîner une perte annuelle de 300 millions d’euros et menacer jusqu’à 5.000 emplois », particulièrement dans « les PME, moins armées pour négocier sur les prix ».

La perte de bénéfices et par conséquent d’emplois sera également très sensible dans les secteurs automobile, textile, viticole et fromager, seuls les produits très hauts de gamme étant susceptibles de tirer leur épingle du jeu puisque leurs richissimes consommateurs d’outre Atlantique n’en sont pas à quelques dollars de plus. Il faut donc s’attendre à une forte hausse du chômage dans une économie déjà sinistrée par la perte du pouvoir d’achat comme par la peur de l’avenir.

Nous l’avions écrit ici avant son élection : si Donald Trump se révélait un Great President pour les Etats-Unis, ce ne pourrait être qu’au détriment de l’Europe, comme il en a toujours été depuis l’émergence de la puissance américaine, qui est moins un allié qu’un concurrent prédateur, ainsi que l’a montré encore, à la faveur (ou sous prétexte) de la guerre en Ukraine, l’exigence de la montée en puissance de l’OTAN, Washington obligeant ses membres à accroître de 3,5% leur budget militaire. Une augmentation qui se traduira par des achats massifs de matériel américain, notamment dans l’aéronautique, domaine dans lequel seules la Suède et la France sont autonomes.

Réunissant 440 millions d’habitants, l’Union européenne était censée parler de pair à égal avec les Etats-Unis. A l’opposé, Ursula von der Layen s’est comportée en vassale. Mais à qui la faute ?

Dès sa première élection en 2019 à la présidence de la Commission européenne, l’ancienne ministre allemande de la Défense avait montré sa préférence en prononçant en anglais son discours inaugural, puis en s’alignant sur les desiderata américains. Ce qui ne l’a pas empêchée d’être réélue, grâce aux voix du Parti populaire européen, dont est membre le grand moraliste François-Xavier Bellamy entre autres eurodéputés LR, ainsi que du groupe Renew Europe où siègent les eurodéputés Modem (de François Bayrou), Horizons (d’Edouard Philippe) et Renaissance dont le grand homme est Emmanuel Macron.

Covid : à qui profite le crime ?

Celui-là même qui avait appuyé auprès de la chancelière Angela Merkel, d’abord réticente, la candidature de von der Layen. Dont nul ne pouvait ignorer l’atlantisme forcené et la très étroite proximité avec la finance et la grosse industrie américaines. En particulier, via son époux haut dirigent de la firme BioNTech, avec Pfizer, ce géant pharmaceutique présidé par l’ancien vétérinaire Israël-Abraham (dit Albert) Bourla, pilier du Forum économique mondial et du Groupe Bilderberg, et auquel, lors de la crise du Covid-19, la Commission européenne commanda des quantités extravagantes de doses de vaccin, à concurrence de 35 milliards d’euros.

Ce pactole valut le 13 novembre 2021 à l’aristocratique Ursula de recevoir à Washington le Distinguished Leadership Award décerné par l’Atlantic Council (1), elle-même remettant, dans un échange de bons procédés, le prix du Leader of Business à Bourla, lauréat en 2022 du prestigieux prix Ginesis (doté de 1 million de dollars) avant d’être en 2024 « honoré pour sa contribution à la santé et son soutien à l’État d’Israël » lors de l’Israel Bonds Medical Conference.

Mais le marché vaccinal avait été conclu dans des conditions si obscures que le PDG de Pfizer fut convoqué par deux fois en 2022 devant le Parlement européen — où il se fit porter pâle — et que, le 25 mai dernier, le Tribunal de l’Union européenne infligea un camouflet à la présidente de la Commission en annulant sa décision de ne pas communiquer les messages échangés avec son compère sur la vente des vaccins.

Les pratiques du bulldozer Trump sont brutales, voire odieuses. Mais du moins pense-t-il agir pour le bien de son pays — en même temps évidemment que pour son bien propre. Que penser des nouveaux collabos, en commençant par notre président, qui ont imposé puis reconduit au pouvoir à la tête de l’Europe une créature qui n’a d’européen que l’apparence et dont l’ambition dévorante, l’indifférence aux intérêts des pays qu’elle a pour mission de défendre et les liaisons impures étaient connues de tous ?

Camille Galic

  1. Lobby américain aussi influent que richement doté et dont le département Afrique est depuis 2021 dirigé par Mame Ramatoulaye Yade, dite Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat aux Sports puis aux Droits de l’homme sous Sarkozy. A ce titre, la Franco-Sénégalaise dénonçait en mai 2023 le « racisme structurel régnant en France » et soutenait que l’Afrique a détenu « au début de l’humanité le leadership sur le reste des continents et en particulier l’Europe ».

Soutenez les voix dissidentes, faites un don au Nouveau Présent!

dons

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *