Bayrou

En attendant le prochain « Premier ministre d’un État en faillite » 

Nommé le 13 décembre 2024 à Matignon, François Bayrou savait très bien qu’il survivrait à la motion de censure que La France insoumise avait annoncé déposer dès la rentrée parlementaire puisque ni le Rassemblement national ni Les Républicains n’auraient soutenu l’initiative du clan Mélenchon. Dès lors, pourquoi décida-t-il le 25 août de convoquer les députés dès le 8 septembre — deux jours avant la grève générale souhaitée par le mouvement « Bloquons tout » — pour leur demander un vote de confiance ? Confiance qui, le jour fatal, lui a été refusée par 364 élus contre 195 seulement, 15 autres s’abstenant.

Aux LR, feu contre Bayrou… et Retailleau

Le Béarnais est un politicien trop aguerri pour avoir ignoré le sort qui l’attendait. Il avait bien pu nous parler de la nécessité vitale d’« un moment de clarification et de vérité » et de choix décisif « entre le chaos ou la responsabilité » mais il savait pertinemment qu’il perdrait son pari, les contre l’emportant. Notamment au sein du parti Les Républicains dont le chef du groupe parlementaire, l’éternel présidentiable Laurent Wauquiez, veut absolument avoir la peau de son rival lui aussi présidentiable Bruno Retailleau, déjà élu en mai dernier président des Républicains grâce à l’aura obtenue comme ministre de l’Intérieur réputé à poigne. Réputation usurpée comme l’ont prouvé, entre autres, son impuissance devant les teufeurs des Cévennes ou d’ailleurs (1) et son incapacité à faire respecter les obligations se quitter le territoire.

Le ministère Bayrou tombé, Wauquiez espère donc que Retailleau quittera la Place Beauvau, surtout si Emmanuel Macron, qui a exclu pour le moment toute nouvelle dissolution, choisit un Premier ministre de centre-gauche, voire de gauche.

Régime à bout de souffle pour France schizophrène

Cette querelle intestine au sein de LR et les conséquences qu’elle pouvait entraîner sur son propre sort, François Bayrou en était aussi informé. S’il a choisi de se faire ainsi seppuku, c’est que, tout médiocrissime qu’il est, il avait fini par comprendre, comme s’en était déjà aperçu dès 2007 François Fillon, l’un de ses prédécesseurs à Matignon, qu’il était « le Premier ministre d’un État en faillite ». Et que son plan d’économies — 44 milliards d’euros — était inapplicable compte tenu tout à la fois de sa faible marge manœuvre et de l’état de notre société, arc-boutée sur les privilèges « inaliénables » procurés par l’État-providence et, surtout, en proie à tant de contradictions qu’elle en devient schizophrène.

« Vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement mais pas d’effacer le réel », ainsi Bayrou a-t-il conclu le 8 septembre son adresse à l’Assemblée et, pour une fois, ce si médiocre politicard n’avait pas tort. Car, à l’image de leurs députés et de leurs dirigeants, trop de Français veulent « effacer le réel ».

Comment peut-on vouloir « gagner plus » en travaillant moins (l’affrontement sur la suppression du 8-Mai come jour férié a pris des proportions épiques alors que la succession des ponts ou plutôt des viaducs pendant le mois marial est une catastrophe économique) ? Comment peut-on déplorer la raréfaction des offres d’emploi et la disparition des commerces de proximité quand on plébiscite pour se vêtir les Shein ou Temu, les sites chinois en ligne, pour le bricolage Amazon et, pour manger, les baguettes à 0,29 euro de chez Lidl, un scandaleux dumping qui signe aussi la mort du goût ? Comment une nation peut-elle prétendre à l’excellence et accorder le (jadis) précieux diplôme à 95% des candidats bacheliers ? Dans une classe de lycée technologique d’une banlieue pourrie de ma connaissance, tous les élèves — quasi illettrés — de terminale l’ont eu, sauf une… qui avait snobé l’oral !

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », écrivit Bossuet. On pourra tant qu’on veut dégommer tous les Premiers ministres, dissoudre à l’infini l’Assemblée, et même destituer tous les présidents de la République, rien ne changera — mais s’aggravera la dette publique dépassant aujourd’hui les 3 300 milliards d’euros, soit 1 000 milliards de plus qu’en 2017, date de l’élection du calamiteux Macron — tant que les Français ne procéderont pas à leur propre réforme intellectuelle et morale.

Bayrou éliminé, le socialiste Olivier Faure désormais barbu, pour mieux ressembler à un Grand Ancêtre de la IIIème République, la macroniste Yaël Braun-Pivet, qui vise plus haut que le perchoir de l’Assemblée où elle siège actuellement, sont candidats à la succession. Sans oublier l’ex-LR Xavier Bertrand ou le cosmopolite Raphaël Glücksmann, président de Place publique, qui s’activent en coulisses et font jouer leurs réseaux, maçonniques et/ou médiatiques.

Quel que soit l’heureux élu, une chose est sûre : aucun d’entre eux n’aura le courage, l’autorité et les moyens d’engager les réformes indispensables et de faire la chasse aux « dépenses nuisibles » — soit 150 milliards d’euros chaque année selon la fondation Polémia. En commençant par celles liées à l’immigration et que dénonçait il y a un an le sénateur ex-FN Stéphane Ravier dans une intervention restée célèbre (2), mais hélas inutile.

Camille Galic

  1. https://nouveaupresent.fr/2025/09/03/la-victoire-par-4-a-0-des-raveurs-contre-letat/
  2. https://www.youtube.com/watch?v=4MVNIatDPqg

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