Le magazine gratuit de l’aéroport de Paris « Paris vous aime », publication bilingue en français et en anglais , met à l’honneur en son dernier numéro le livre « Paris-Babel » du linguiste Gilles Siouffi.
L’intitulé de l’extrait publié résume la thèse : Mille langues de Paris qui ont façonné le français. Et de citer le verlan, le yiddish et le bambara.
Le professeur qui du haut de sa chaire affirme cette énormité est un éminent professeur (Sorbonne Université)de littérature et de linguistique spécialiste de la littérature française du XVIIe et du XVIIIe siècle.
Il y aurait outrecuidance de ma part à rappeler les origines latines du français sur un substrat gaulois avec l’influence du francique et la formation ultérieure d’une langue à la fois claire et précise qui a fait de notre langue la langue diplomatique par excellence, privilège qui n’a été préservé que par le Vatican.
Au XVIIIe siècle toute l’Europe se piquait de parler français 1et personne n’aurait eu l’idée de prétendre que le français dérivait du verlan, du yiddish ou du bambara. Certes le bambara ou le yiddish ont une littérature non négligeable et méritent d’être rangés parmi les langues importantes ; mais malgré la présence de locuteurs sur le sol parisien, rien ne permet d’affirmer l’influence de ces langues sur le français excepté peut-être quelques emprunts de vocabulaire .
Notre époque se caractérise essentiellement par l’ingratitude : à la façon des révolutionnaires de 1789 certains utilisent cet outil merveilleux et fragile à certains égards qu ‘est la langue française pour tout détruire, tout briser et édifier leurs thèses sur les débris de la civilisation française.Gilles Siouffi est un disciple de mon concitoyen jacques Derrida 2dont je ne partage absolument pas les analyses.
Mais si nous commençons comme il convient par faire les distinctions nécessaires sur les niveaux de langue3, il paraîtra évident que la langue des banlieues « wesh wesh » a peu de rapports avec ce qu’il est convenu d’appeler le français littéraire.
Enfin une remarque ; contrairement à ce que suggère l’auteur, ce n’est pas Paris qui a donné sa forme à la langue, mais bien la Cour et les institutions adventices telle que l’Académie française et les salons littéraires dont Gilles Siouffi est un spécialiste.
Notre esprit outrageusement démocratique et égalitaire ignore l’influence des hiérarchies dans une société bien ordonnée .Sous l’Ancien régime l’aristocratie avait une influence certaine sur l’évolution de la langue et elle était arbitre du bon goût et de la langue correcte.
Contrairement à l’assertion de notre auteur, une langue ne s’invente pas en permanence, mais en vue des échanges et d’une intercompréhension, elle a besoin d’un axe de stabilité et de normes aussi bien dans le domaine du vocabulaire (néologismes et anglicismes) 4que de l’orthographe et de la syntaxe.
Aujourd’hui ces fonctions sont principalement assumées par l’Administration(Journal Officiel) et les média.Ils donnent le ton mais ne sont pas à l ‘abri de la critique , et les risques d’erreurs sont nombreux (écriture inclusive, féminisation des noms de profession).
La langue française est le dernier vestige de notre patrimoine : nous devons y veiller et le conserver précieusement.
Les joyaux de la Couronne sont exposés sans protection renforcée au vol des truands. L’enseignement confié au Ministère de l’Éducation Nationale est un désastre : les enfants ne savent plus lire, écrire et compter comme ce devait être la règle.
Que faut-il faire ? En tous cas ne pas confier l’avenir des nouvelles générations aux billevesées de professeurs qui n’ont pas le respect du « trésor de la langue française ».
Paul-André MAUR
1 Marc Fumaroli : »Quand l’Europe parlait français »
2 Jacques Derrida :né le 15/07/1930 à El Biar (banlieue d’Alger) ; décédé le 3/10/2004 à Paris 5e ;il a fait sa scolarité à El Biar puis au lycée de Ben Aknoun où, comme lui, j’ai bénéficié de l’enseignement de professeurs remarquables.
3 On distingue généralement les registres linguistiques principaux :courant ou standard, soutenu, familier, poétique, littéraire, vulgaire, argotique, populaire, didactique, rare…
4 La Délégation générale à la langue française et aux langues de France publie un rapport annuel sur les néologismes et les actions en faveur de la francophonie.







