Mitterrand

Mitterrand face au questionnaire de Proust

Les ventes aux enchères dans les bonnes maisons , par exemple certaines salles des ventes toulousaines qui ont pignon sur rue grâce à des commissaires-priseurs possédant la connaissance de leur métier et un art consommé de l’éloquence, sont un pur bonheur. Ainsi Les Hivernales Primardeco organisées récemment par Jérome de Colonges, commissaire-priseur depuis plus de trente ans à Toulouse, ont été un festival alliant beauté, bons mots et convivialité.

Des pièces rares étaient proposées à un public choisi et les enchères atteignaient des sommets comme ces six panneaux de bois de l’École d’Aragon représentant six prophètes ou neuf aquarelles de Liot (1729) sur la vie de saint Bruno enchâssées dans un haut de retable Napoléon III.
Il ne manquait dans la salle que le polémiste Henri Rochefort, auteur des Petits mystères de l’Hôtel des Ventes (date de parution : 1862) dans lequel il révélait l’envers du décor des salles de ventes et brossait le tableau des commissaires-priseurs, des experts et des amateurs de belles choses. Très vachard dans ses descriptions, il croquait le commissaire-priseur en ces termes : « Avec sa voix éraillée par l’exercice, son marteau qui s’agite, qui monte et qui descend avant de s’abattre irrévocablement, avec ses phrases entrecoupées… Il n’éveille de prime abord d’autre idée que celle d’un acteur en train de brûler les planches. »
Le créateur du journal La Lanterne n’épargnait pas non plus les acheteurs qui hantaient Drouot, lieu de son étrillage.
Aujourd’hui, il poursuivrait de sa hargne Bansky ou Basquiat et sûrement aussi Soulages dont une lithographie s’est vendue à prix d’or.
Le franciscain proustien ?
Il aurait sûrement apprécié — vive l’uchronie ! — un carnet manuscrit avec réponses autographes des deux frères Mitterrand, Robert et François, au questionnaire de Proust auquel la propriétaire de ce carnet demandait à ses jeunes hôtes (nous sommes en 1935) de répondre. Une mission parfaitement remplie par le jeune François Mitterrand, inscrit aux facultés des lettres et de droit de Paris après son bac littéraire. Sa devise ? « Ne s’étonner de rien ». Sa qualité préférée ? « La franchise » [sic]. L’obséquiosité était le défaut qu’il détestait cependant que le maréchal Lyautey était son héros et Baudelaire, Pascal et Jean-Sébastien Bach ses références littéraires, philosophiques et musicales. Son mets préféré ? « La vache enragée » — mais il n’eut guère l’occasion de succomber à son péché mignon. Il avouait nourrir une antipathie prononcée pour « les imbéciles et le mauvais goût ». Qu’il a dû souffrir au contact des Lang, Mauroy ou Hernu quand il se lança dans la politique puis régna à l’Elysée de 1981 à 1995 ! Enfin, un bel aveu : à la question « Ce que je voudrais être ? », il répond « Tout ou rien ». On connaît la suite.

Cette petite merveille s’est envolée pour atteindre 3800 €. Les deux protagonistes étaient-ils socialistes ou nostalgiques de la francisque dont fut décoré celui qui, président, faisait déposer chaque année une gerbe sur la tombe du Maréchal Pétain ? Je n’ai pas réussi à le savoir.


Françoise MONESTIER

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *