extrême-gauche

Le coup d’oeil de Philippe Randa: Élections, piège à ceux qu’on sait… Primaire et Union, itou !

Jamais la France n’a été aussi morcelée politiquement – au moins un avis que toute la classe politique partage –, et tous les partis n’ont que « l’union » en bouche électorale… Dixit les sondages, l’électeur, de gauche comme de droite, la souhaite lui aussi et on veut bien le croire (on le croit d’ailleurs plus aisément que les politicien[ne]s !).

Mais l’union, si elle peut rapporter sur le moment, peut aussi, souvent, s’avérer fatale ; et c’est d’ailleurs bien souvent le « non-dit » de la plupart des alliances électorales : l’un tirera le plus grand profit à terme d’un mariage de raison ou plus simplement, prendra l’ascendant sur l’autre, voire l’enterrera.

Il est donc étrange de constater cette obsession de « l’union » chez les Républicains, les ex-Macroniens de Renaissance et d’Horizons ou encore au Parti socialiste, alors qu’ils ne cessent de déballer leurs fractures internes à longueur de déclarations publiques.

À peine terminé les élections municipales, la désignation du candidat à la prochaine présidentielle fait rage chez les Républicains qui ne sont même pas d’acord sur la manière de le désigner.

Alors que « de Xavier Bertrand à Michel Barnier en passant par Gérald Darmanin, Aurore Bergé voire Laurent Wauquiez, nombreux sont ceux à vouloir se mettre sur les rangs », énumère Laurent Poussielgue dans un article des Échos, Bruno Retailleau, loin de faire l’unanimité de « candidat naturel », se heurte à la proposition de Laurent Wauquiez, son ancien rival malchanceux à la présidence du parti : organiser une « primaire de la droite » d’Edouard Philippe, l’« ex-premier Premier » ministre macroniste à… Sarah Knafo, députée européenne de Reconquête, mouvement non groupusculaire le plus « à droite de la droite » de l’actuel échiquier politique : un large éventail refusé d’emblée par la plupart des candidats pressentis, hors Sarah Knafo dont « l’union à droite » est justement un des chevaux de bataille, mais avec le sourire, elle  !

Premier dégât collatéral :la direction des Républicains refusant d’organiser une telle primaire ouverte pour la prochaine élection présidentielle, le maire de Cannes David Lisnard a claqué la porte du parti, dénonçant « un vote biaisé, un vote truqué » qui sera proposé aux adhérents. Ambiance…

Au Parti socialiste, une primaire pour désigner un candidat unique de la gauche est d’ores et déjà et depuis belle lurette programmée très officiellement pour le 11 octobre prochain, mais… patatras ! Lundi matin 23 mars, lendemain des élections municipales, une réunion de préparation prévue de longue date n’a vu se réunir que les ex-« insoumis » Raquel Garrido, Alexis Corbière, François Ruffin et Clémentine Autain, ainsi que le sénateur (Rhône, Écologiste) Thomas Dossus sans… les socialistes ! Ballot !

C’est qu’Olivier Faure, Premier secrétaire du PS fait face, lui aussi, à une bronca de ses opposants après les résultats électoraux de la veille jugés des plus médiocres. Et l’idée d’une primaire n’enthousiasme plus guère, comme l’a déclaré le président du conseil départemental de Haute-Garonne, Sébastien Vincini, proche d’Olivier Faure pour qui une primaire serait « une compétition à ciel ouvert (…) une course à la différenciation (des plus) mortifère ! »

Et de proposer à la place (prière de ne pas rigoler) « un pacte de gouvernance (autour d’une) incarnation socialiste. »

Une proposition qui sent la gagne, c’est certain.

On s’imagine d’ici le fou rire d’un Jean-Luc Mélenchon qui, lui, depuis toujours, a refusé l’idée de se prêter à une quelconque primaire de la gauche, expliquant avec franchise et bon sens (on ne ne pourra pas le nier), qu’il n’accepterait jamais, s’il n’était pas le vainqueur, de soutenir ensuite avec sincérité un candidat qu’il n’aurait cessé de critiquer, voir de condamner, sinon de mépriser, ayant déclaré depuis, c’était début mars dernier lors d’un meeting à Bondy, que «les socialistes ne sont pas chers a acheter pour le second tour.»

Ambiance, là aussi !

Chez les ex-Macronistes (Renaissance, Horizons, Modem), tout aussi obsédés par l’union, la question de la primaire pour désigner le meilleur – sinon, le moins mauvais – divise tout autant : Edouard Philippe a annoncé depuis longtemps qu’il était candidat et Gabriel Attal s’apprête à faire de même incessamment sous peu, mais ils ne seront sans doute pas les seuls à vouloir faire don de leur personne moins à la France qu’aux ors d’une Ve République, chaque jour de plus en plus bananière.

On rappellera néanmoins à ces futurs candidats à l’évidence « pas très naturels » des Républicains, des socialistes et des ex-Macronistes qu’il leur reste à peine 12 mois pour se faire – enfin ! – connaître ou au moins reconnaître… et qu’à la dernière élection présidentielle il y a quatre ans, Valérie Pécresse n’avait obtenu que 4,78 % des suffrages pour les Républicains, Anne Hidalgo 1,75 % pour les socialistes … et Emmanuel Macron certes 27,84 %, mais sans avoir affronté alors de « primaire » pour concourir et avec un bilan qui pouvait encore faire quelques illusions, contrairement à celui de son deuxième quinquennat. Apparaître aujourd’hui peu ou prou comme ses « héritiers » (qui plus est l’un et l’autre reniés par leur mentor), n’augure guère un futur enthousiasme populaire.

D’autant que face à tous ses minis (très minis) candidats obsédés de l’union et prêts à s’entre-dévorer dans des primaires à ce jour assez hypothétiques, le Rassemblement national et la France insoumise alignent leurs bataillons en ordre de marche… derrière des candidats, eux, parfaitement naturels pour leurs camps, n’en déplaise.

Philippe Randa

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *