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En 1938, Staline et Maurras face aux conséquences d’une guerre contre l’Allemagne

Dans le deuxième tome des Mémoires d’un Parisien (Éditions La Table Ronde, 1961), Jean Galtier-Boissière, le créateur du périodique satirique Le Crapouillot, écrit à propos de la crise des Sudètes en 1938, avant les accords de Munich : « L’opinion parisienne était alors partagée entre deux courants : le parti de la conciliation et le parti de la fermeté, c’est-à-dire la guerre. »

« Les principales vedettes du parti de la guerre étaient : l’invraisemblable pythonisse Geneviève Tabouis, spécialisée dans la diplomatie romancée, qui accumulait les fausses nouvelles, annonçant par exemple que vingt mille soldats avaient débarqué au Maroc espagnol ! […] Les autres boutefeux étaient Émile Buré, de L’Ordre, Pertinax, de L’Écho de Paris, et le « hanneton » Henri de Kérillis, rédacteur en chef de L’Époque, qui écrivait « On vient me dire par exemple : notre aviation est dans un état d’infériorité terrifiante. Je réponds : raison de plus pour sauver la Tchécoslovaquie. »

Les Juifs sont partagés. « Pour la guerre : Georges Mandel et Julien Benda revendiquent l’esprit jacobin de 1792 ; à propos du sacrifice de millions d’innocents, Benda déclare péremptoirement : « Et les bons, gémit-on, qui périssent sous les drapeaux du droit ? L’avouerai-je, c’est une chose dont je prends mon parti. Ce qui m’importe, ce n’est pas quelques vies humaines, c’est le triomphe d’un principe. »

« Au premier rang des Juifs qui prônaient la conciliation se trouvaient Michel Alexandre qui lança les dizaines de milliers de tracts de La Feuille du Centre d’action syndicaliste contre la guerre, et Emmanuel Berl qui dans son pamphlet Pavés de Paris refusait d’admettre la fatalité de la guerre et dénonçait le bellicisme de Mandel. »

« L’Huma est, normalement, pour la guerre à tout prix. Le génial Staline n’a-t-il pas découvert son jeu en déclarant le 20 mai 1938 en séance plénière du comité directeur de l’Internationale communiste : « La reprise d’une action révolutionnaire d’envergure ne sera possible que si nous réussissons à exploiter les antagonismes entre les États capitalistes POUR LES PRÉCIPITER DANS UNE LUTTE ARMÉE. L’enseignement de Marx-Engels-Lénine nous apprend qu’une révolution sortira automatiquement d’une guerre générale entre ces États. Le travail principal de nos partis frères communistes doit consister à FACILITER UN PAREIL CONFLIT. Ceux qui ne comprennent pas cela n’ont rien assimilé des enseignements du marxisme révolutionnaire. J’espère que vous saurez rappeler cela aux camarades dont vous dirigez l’action. L’HEURE DÉCISIVE POUR NOUS EST ARRIVÉE… »

Maurras pense également qu’une guerre contre l’Allemagne ouvrirait les portes à la révolution bolchevique : « …les masses communistes, les troupes de choc de la Révolution restées relativement à l’abri dans les usines, tandis que les autres Français se feraient tuer au front, se trouveraient en mesure de frapper le coup décisif à l’heure marquée. Alors la patrie et la société, affaiblies, épuisées, sans force pour résister, s’écrouleraient définitivement tandis que sur leurs ruines s’édifieraient le monde moderne. »

Le 29 septembre 1938, L’Action française est saisie pour avoir publié en manchette une parodie de L’Internationale : « S’ils s’obstinent ces cannibales, À faire de nous des héros, Il faut que nos premières balles, Soient pour Mandel, Blum et Reynaud. »

L’année suivante, le Parti communiste changera de ligne lors du Pacte germano-soviétique, avant de la modifier encore lors de sa rupture…

Johan Hardoy

(2 commentaires)

  1. Très intéressant article, qui devrait faire réfléchir. Soit dit en passant, les menaces explicites de Staline en 1938, sa volonté d’« exploiter les antagonismes entre les États capitalistes pour les précipiter dans une lutte armée », la crainte du péril rouge et de ses atrocités exportés en France expliquent la phrase tant reprochée à Maurras sur la « divine surprise » que constitua pour lui l’avènement de l’État français en juillet 1940.

  2. Excellente mise en perspective.
    Relire, dans le chef-d’œuvre de Robert Brasillach « Notre avant-guerre » (réédité récemment aux éditions des Sept couleurs) les pages émouvantes consacrées à Maurras en 1938 « Je ne crois pas qu’un seul jour, dans cette année menaçante, Charles Maurras ait eu d’autre pensée que celle d’éviter la guerre à la jeunesse française »
    Monique Delcroix

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