Espagne

Élections régionales en Andalousie : répétition générale avant les législatives espagnoles ?

Ce dimanche 17 mai ont eu lieu les élections régionales en Andalousie. L’Andalousie est l’une des plus grandes régions autonomes d’Espagne, sur les 17 que compte le pays, avec plus de 87 000 km carrés et plus de 8 millions six cent mille habitants, 20% de la population espagnole. L’Andalousie c’est presque trois fois la Belgique (30 000 km2), plus de deux fois la Suisse (41 000 km2), quasiment la surface du Portugal, c’est dire l’importance de cette élection. Autonome depuis 1982, l’Andalousie a été dominée par le PSOE jusqu’en 2019, soit près de 40 ans. C’est aussi la porte d’entrée de l’immigration, non seulement pour l’Espagne, mais pour l’Europe entière et singulièrement pour la France.

Depuis presque 8 ans, cette région, qui va de l’Atlantique vers Huelva et le Portugal, jusqu’à l’Est de la méditerranée du côté d’Almeria, est gérée par le Parti populaire, et son président est Juan Manuel Moreno, un centriste au large sourire mais qui n’aime pas les sujets qui fâchent et qui évite d’affronter les gauches sur le terrain des idées. L’Andalousie est devenue une province espagnole très dynamique économiquement. Malaga, l’un des plus grands ports s’est résolument tournée vers la tech et toutes les activités les plus technologiques s’y côtoient. Les cadres supérieurs attirés par le climat (+ de 300 jours de soleil par an), la douceur de vivre, des liaisons aériennes nombreuses, et le télétravail aidant, ont conquis la cité économique. Séville sa capitale historique, est emblématique à plus d’un titre, elle a été transformée et jouit d’un patrimoine culturel absolument étourdissant. Suivent ensuite Grenade, Cordoue qui attirent aussi des millions de visiteurs toute l’année. Le tourisme depuis une vingtaine d’années y a connu un essor prodigieux, outre ses plages, les villages blancs si typiques, la montagne (Sierra Nevada), les trésors architecturaux, le développement touristique est impressionnant. L’agriculture est aussi très performante, malgré la laideur des serres (les mers de plastiques) et les problèmes d’eau. Fruits et légumes se déversent dans l’Europe entière, surtout dans les pays du Nord, mais c’est une agriculture très extensive, concurrence oblige, notamment du Maroc. Cette activité est très demandeuse de main-d’œuvre immigrée. Enfin si l’Espagne est de très loin, le premier producteur au monde d’huile d’olive, elle le doit à l’Andalousie et à ses forêts d’oliviers à perte de vue du côté de Jaén notamment. La production d’amandes est aussi très importante, l’Espagne étant grâce à l’Andalousie le premier producteur européen.

En 2022 lors des dernières régionales, le PP avait emporté la majorité absolue avec 58 députés, devant le PSOE, 30 députés et Vox 14 députés, l’extrême gauche en totalisant 5. Il faut élire 109 députés pour une mandature de quatre ans. Il existe 8 circonscriptions électorales qui ont un nombre de députés différents en fonction de la population, dans l’ordre décroissant : Séville (18), Malaga (17), Cadix (15), Grenade (13), Alméria et Cordoue (12), Huelva et Jaén (11). La répartition des sièges se fait à la proportionnelle avec un minimum requis de 3% des suffrages exprimés, ce qui inclut les bulletins blancs. Le Parti populaire est emmené par Juan Manuel Moreno, le PSOE par Maria Jesus Montero, Vox par Manuel Gavira, et les extrêmes gauches étaient divisées en deux formations.

Quels étaient les enjeux de cette élection ? Le parti populaire sûr d’être en tête, conservera-t-il sa majorité absolue ? Juan Manuel Moreno a multiplié les déclarations, insistant pour obtenir la majorité absolue et se passer du concours de Vox. Le Parti socialiste connaitra-t-il une nouvelle descente aux enfers ? Vox maintiendra-t-il ses positions, régressera-t-il ou au contraire progressera-t-il, pour contraindre le PP à une alliance ? Les sondages ont beaucoup évolué, dans un sens, puis dans l’autre en fonction des circonstances politiques nationales. Autre question, une large défaite du PSOE obligera-t-elle Pedro Sanchez, sa majorité ne tient qu’à un fil aux Cortès, à anticiper les élections législatives prévues à l’été 2027 ?

Premier élément, la participation qui a été en hausse avec 8,70 points de plus qu’en 2022 soit 64,83%. Le Parti populaire reste le 1er parti, mais perd sa majorité absolue, puisqu’il n’obtient que 53 sièges, il lui en fallait 55, il a crié victoire, mais serait-ce une victoire à la Pyrrhus ? Au final, par rapport à 2022, Juan Manuel Moreno perd 5 députés. Le PSOE reste deuxième mais recule de deux sièges, passant de 30 à 28. Vox quant à lui de 14 députés, passe à 15, c’est mieux mais sans doute le parti espérait plus. À l’extrême gauche, c’est plutôt une petite réussite. Por Andalucia, une coalition incluant Sumar et Izquierda Unida conserve 5 sièges, mais surtout c’est Adelante Andalucia, une extrême gauche anticapitaliste liée à la mouvance de Podemos qui créée la surprise en obtenant 8 sièges alors qu’elle n’en avait que 2. Elle a sans doute profité du reflux du PSOE.

Toutes les gauches réunies n’ont que 41 députés et restent très minoritaires. Le PSOE réalise l’un des plus mauvais résultats de son histoire en Andalousie, alors qu’il avait placé en tête de liste, Maria Jesus Montero, plusieurs fois ministre depuis 2018, porte-parole du gouvernement socialiste, première vice-présidente du PSOE, un poids lourd qui avait quitté le gouvernement pour se consacrer à cette élection, avec pour mission de reprendre la région. Visiblement cela n’a pas pris. C’est le quatrième échec consécutif pour le PSOE après l’Estrémadure, l’Aragon et la Castille et Leon. Comme l’a titré un chroniqueur, « elle est le pire accident du travail de Sanchez ».

Tous les regards se tournent désormais vers le PP. Moreno est un anti-Vox. Il a fait toute sa campagne sur le rejet de Vox et pour obtenir les mains libres par la majorité absolue qu’il a réclamé à cors et à cris. C’est un échec. Il aurait déclaré qu’il essayerait de gouverner seul, mais pour cela il lui faudra compter sur « l’abstention bienveillante » de la gauche et de l’extrême gauche, ce qui suppose ne pas pouvoir développer à 100% sa politique, et faire des compromis, donc des compromissions, bref magouiller. Le plus simple serait de proposer à Vox une alliance comme en Estrémadure ou en Aragon, le bloc des droites possédant une large avance avec 68 sièges. Vox a progressé notamment dans la partie orientale de l’Andalousie, où il possède ses forts bastions. Abascal a déclaré qu’il refuserait toute abstention au profit du PP, et qu’il entendait que Vox participe à l’exécutif régional. C’est l’éternel débat entre un PP centriste et mou, et Vox qui entend lutter avec force contre l’immigration massive et la corruption généralisée qui gangrène la vie politique espagnole. On vient d’apprendre que le gouvernement Sanchez avait « détourné » près de 10 milliards d’euros des fonds européens de relance post-Covid, pour financer ses dépenses sociales et ses retraites y compris celles des fonctionnaires, ce qui n’a pas été démenti. Bruxelles pour l’instant reste prudente avec l’Espagne, on s’en serait douté.

Les prochains jours s’annoncent décisifs, et ce qui se fera ou pas en Andalousie aura une importance politique considérable pour la suite.

Michel Festivi

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