Euthanasie

De la quadrature du cercle républicain et de sa neutralité toute proverbiale

Pendant cette canicule, la climatisation n’empêche visiblement pas nos laïcards invétérés de transpirer fiévreusement lorsque l’évêque de Bayonne ose se permettre de rappeler des évidences toutes catholiques.

De quoi s’agit-il ?

Alors que la loi autorisant ni plus ni moins l’euthanasie devrait malheureusement être finalement adoptée, Monseigneur Aillet a clairement pris position en disant :

« Chacun doit s’interroger en conscience sur la cohérence entre les actes qu’il pose et la foi qu’il professe. Une adhésion publique à une loi gravement contraire à l’enseignement moral de l’Église pose un vrai problème de cohérence ecclésiale. Les parlementaires catholiques qui auront voté ce projet de loi doivent en peser les conséquences. S’ils sont conscients de cette incohérence, ils ne pourront plus communier. L’Église est fondée à le leur rappeler, comme certains évêques l’ont fait aux États-Unis. J’aimerais les inviter à un examen de conscience sincère. Avons-nous le droit de faire de la suppression volontaire d’une vie humaine une réponse à la souffrance ? »

       Oser penser tout haut ce qu’il est en droit de dire tout haut, c’en est beaucoup trop pour que les gardiens du temple laïcard ne rentrent pas aussitôt en transe !

Ainsi, sur le réseau X, un glorieux pontifiant, entre autres, s’est scandalisé de la mise au point du prélat bayonnais :

« Cette pression de l’Église catholique est insupportable. Nous vivons dans une démocratie, pas dans une dictature religieuse. Ça suffit maintenant ! »

Plus fiévreux encore, la réaction de Jean-Luc Romero, élu socialiste parisien de longue date, et ardent défenseur de l’euthanasie :

« L’État chez lui, l’Église chez elle ! Cette déclaration de l’évêque de Bayonne, menaçant les députés de la République, est très grave. Même au pire moment des débats sur le mariage pour tous, aucun évêque n’était allé aussi loin. Interdire la communion aux députés qui voteront la loi sur la fin de vie est aussi scandaleux qu’absurde : Scandaleux qu’un ecclésiastique tente de faire pression sur la représentation nationale ! »

Ces diatribes épidermiques illustrent, une fois de plus, le sectarisme laïcard le plus abouti consistant à enfermer l’Église catholique dans un rôle de supplétive, au mieux, de dangereuse menace pour la démocratie, au pire.

       Se scandaliser qu’un évêque catholique puissent rappeler les principes fondamentaux de la pratique de la religion catholique, au prétexte de la loi 1905, montre à quel point cette loi n’avait en définitive qu’un seul but : rendre le dogmatisme républicain exclusif et indépassable.

       Cet évêque a non seulement eu raison de rappeler les principes du respect de la vie et son opposition ferme à cette loi autorisant l’euthanasie mais il se devait de le dire et de le rappeler. On aurait aimé applaudir si l’ensemble des évêques de France avaient eu la même réaction salutaire.

C’est tout simplement leur rôle.

       Dans notre vieux pays, on semble constamment revenu au temps du « petit père Combes ».

Vous savez, celui qui oscillait entre ses partisans pour imposer la séparation de l’Église et de l’État. Il fut remercié au début de l’année 1905 alors que la fameuse loi, dont il fut l’un des plus ardents défenseurs, allait séparer une fois pour toutes l’État et la religion catholique.

Ce Tarnais opiniâtre ne ménagea pas sa peine pour bouffer du curé jusqu’à l’indigestion.

À l’époque, la gauche nageait en plein bonheur, elle occupait tous les postes pour imposer sa vision de la société. Le Pape Léon XIII lui avait même concocté un «Ralliement» inespéré des catholiques à la république.

Le piège allait fonctionner à merveille !

       Il ne suffisait plus qu’un petit tour de passe-passe et la droite, catholique et monarchiste, disparaissait peu à peu, corps et âme, dans une alliance contre-nature.

Bon, de là à comparer « le petit père Combes » au « petit père Macron », il n’y aurait qu’un petit pas à faire.

Tournez manège !

Le 8 décembre 1905, la république jacobine, par sa loi dite de « séparation », entendait donner le coup de grâce à son principal ennemi. Face à l’offensive, l’Église catholique s’est appliquée à ne pas rompre, à ne pas transiger, jusqu’à ces funestes années 60 où le relativisme du doute a remplacé l’armature des certitudes.

De séparation, cette loi n’en avait que le nom. Dans les faits, il s’agissait bien d’une loi de domination implacable.

C’est inexorablement la quadrature du cercle, on ne sortira pas de l’emprise de cette machine sans une véritable remise en question de sa légitimité. Le peuple, nous dit-on, a toujours le dernier mot, et sait remettre la république à sa place.

Oui, bien sûr, et les colporteurs de draps usés savent aussi utiliser les mots pour embringuer la plèbe, sans cesse en mal de flatterie et autres pilules du lendemain.

       Certains nous parlent, depuis déjà longtemps, que nous sommes en pleine crise de régime ! Encore faudrait-il la nommer, cette crise !

       Et là, attention, ne surtout pas nommer les choses, ne pas utiliser les mots qui pourraient faire penser aux heures les plus sombres !

       Non, en fait, au-delà d’une crise de régime, on assiste, et ça ne date pas d’aujourd’hui, à une guerre des mots !

       Désigner la république jacobine, dont notre « petit père Combes » était le chantre absolu, comme étant la cause de la situation, c’est se coucher sur le billot et actionner soi-même le couperet de la guillotine !

Et pourtant, à bien y regarder, nous y revoilà !

       Le projet de loi sur l’euthanasie, sur « l’aide à mourir » comme ils disent, va sans doute terminer son chemin de croix dans la chambre basse après des allers-retours à la chambre haute.

Nageant dans l’instabilité gouvernementale, depuis deux ans, le législateur besogneux l’avait provisoirement camouflé sous les bancs du gouvernement en espérant une éclaircie favorable au milieu d’une canicule étouffante et anesthésiante.

On y arrive et le thermomètre n’y pourra pas grand-chose

       Pudiquement appelé « accompagnement des malades ET fin de vie », l’État macronien tire son corbillard et impose sa volonté de faire de cas particuliers une loi pour tous !

Après « le mariage pour tous », « La mort pour tous » !

Un détail sémantique, remarquez bien le choix des mots :

« ET fin de vie » pas « EN fin de vie ». Une conjonction de coordination n’a pas le même sens qu’une préposition. La première suppose un enchaînement quasi automatique quand la seconde fait état d’une situation qui peut évoluer dans un sens comme dans l’autre.

       La loi Leonetti, plusieurs fois modifiée jusqu’en 2016, avait, en principe, pour but initial d’encadrer, le mot est symptomatique, la fin de vie de malades n’ayant plus aucun espoir de survivre sans « un acharnement thérapeutique inutile ».

       En fait, presque insidieusement, cette loi ne faisait que préparer la suivante. On passe en quelque sorte du palliatif au curatif expéditif. Bref, on ne s’embarrasse plus, on expédie !

       Et on nous reparle inlassablement du choix, comme pour nous l’imposer paradoxalement une bonne fois pour toute.

       On argumente sur le « droit à mourir dignement », sans toutefois pouvoir préciser à quel moment se situe ce droit.

Autrement dit quand et où ?

       L’État, une fois encore, se donne l’image de l’arbitre, d’un « Ponce Pilate » invisible et froid.

       Se souvient-on de la loi ayant autoriser l’avortement au début du septennat Giscardien ?

       La rhétorique était la même, en occultant soigneusement la question du « droit à la vie » ou pas.

       En 1975, Simone Veil avait pris soin d’affirmer qu’il s’agissait de justifier le traitement de « cas particuliers de femmes en détresse ».

       Au passage, faut-il le rappeler, que depuis 2022 l’avortement est autorisé jusqu’à 14 semaines, soit jusqu’à 3 mois et demi de grossesse ! Ce droit à la régulation morbide des naissances est même maintenant inscrit dans la constitution comme une ligne de démarcation institutionnelle à ne plus jamais franchir.

Et 50 ans après, on « règle » par l’avortement plus de 200 000 cas particuliers par an, ce qui faisait dire aux statistiques officielles de l’INED qu’en 20 ans (de 2001 à 2020), plus de 4 millions d’avortements avaient été pratiqués en France.

Ça en fait des « cas particuliers de femmes en détresse » !

       Alors, quand le nouveau cliquet sera fixé sur la roue républicaine des « droits de l’homme et du citoyen », le cliquet de l’euthanasie et du droit à se supprimer, en étant pris en charge par la sécurité sociale, les statistiques pourront tourner !

       Et pour couronner leur folle inconséquence Emmanuel Macron et son gouvernement envisageraient même de fêter ça en grande pompe le 15 juillet, jour du vote « définitif » de leur texte mortifère !

Ainsi, la boucle sera bouclée, le grotesque et l’abject se disputeront la primeur.

L’INSEE et le Planning Familial, n’auront plus qu’à comptabiliser :

  • Combien d’euthanasiés cette année ?
  • Stable mais légère hausse par rapport à l’année dernière, notamment à l’approche de l’été !

       Sans vouloir verser dans un pessimisme systématique, on peut craindre que l’opinion, d’ordinaire si docile et si prompte à déléguer à l’État la résolution de tous ses problèmes, s’endormira tranquille et continuera à se dorer la pilule…. Sans lendemain !

Guillaume d’Aram de Valada

Un commentaire

  1. Excellent article de Guillaume d’Aram, montrant le travail de same patiemment mené depuis la loi de 1905.
    Personnellement favorable au choix de fin de vie, mais SUR LE PLAN PRIVÉ et en toute connaissance de cause, je suis totalement hostile à sa légalisation par le Parlement.Ne serait-ce qu’en raison de ses séquelles. Les médecins refusant de pratiquer l’euthanasie ne seront-ils pas un jour ostracisés comme le sont ceux qui refusent de pratiquer l’avortement, au mépris de tout libre-arbitre… et du serment d’Hippocrate ?
    Sous prétexte de « progrès », de telles lois participent par leur amoralité à l’ensauvagement général.

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