(De notre correspondant dans les Alpes-Maritimes)
Au soir du 14 juillet 2016, l’un des plus sanglants attentats commis en France faisait à Nice 86 morts et près de cinq cents blessés parmi les milliers de personnes se pressant, souvent en famille, sur la Promenade des Anglais pour admirer le feu d’artifice — d’ailleurs abrégé en raisons de vents violents, ce qui milita peut-être le nombre des victimes.
Entre peine et dégoût, le durable traumatisme du 14 juillet 2026
L’auteur du carnage ? Le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un jeune voyou tunisien, voleur et dealer récidiviste, drogué, gigolo homosexuel mais récemment converti à l’islamisme le plus radical et devenu « soldat de Daech », peut-être dans l’espoir d’accéder, malgré ses vices, au paradis d’Allah. Ce qui, tout en tirant sur les policiers — d’ailleurs trop peu nombreux, chargés de protéger la foule sur la partie piétonisée de la Promenade, mais qui finirent par abattre le forcené —, l’amena à lancer à 90 km à l’heure le camion-bélier fatal. Le dixième anniversaire de ce massacre, dont la première victime, face à l’hôpital Lenval, fut d’ailleurs une Maghrébine âgée, a été marqué dès dimanche par plusieurs cérémonies. Dont la solennité n’effacera pas la rancœur et la peine des Niçois. D’autant que, la veille, une marée humaine, joyeuse et trémoussante, avait en revanche déferlé sur la Promenade des Anglais au rythme d’une infernale musique techno. Il s’agissait cette fois d’honorer et de « défendre les droits de la communauté LGBTQUIA+ ». Comment le préfet des Alpes Maritimes et le maire de Nice Éric Ciotti (qui a par ailleurs officiellement demandé la dissolution du mouvement Aquila Popularis, trop « néo-nazi » à ses yeux) ont-ils pu autoriser une telle parade sur les lieux et à une date si proche de l’anniversaire du carnage ayant ensanglanté la ville ? Une telle inconscience laisse pantois.
D’une part, si les huit complices, tous Maghrébins, du terroriste ont fini par être été jugés et condamnés par la Cour d’assises spéciale à Paris en 2022, les enquêtes sur les insuffisances de l’administration et de la police se poursuivent. Ces insuffisances, certains policiers les avaient dénoncés très rapidement. Telle Sandra Bertin, ancien chef du centre de supervision urbain (CSU)de Nice et chargée à ce titre de l’exploitation des caméras de vidéosurveillance le soir de l’attaque, qui avait souligné dans son rapport le manque d’effectifs sur le terrain. Poursuivie en justice par sa hiérarchie pour dénonciation calomnieuse, Mme Bertin a finalement été relaxée le 6 juillet après une décennie de procédures.
D’autre part, la ville meurtrie vient d’apprendre avec l’indignation et l’écœurement qu’on devine que, lors de l’évacuation d’un squat proche du Négresco le 9 juillet, « H. (comme Hakim, Hamza ou Hamed ?) Lahouaiej-Bouhlel, frère du massacreur, résidait depuis 2024 à Nissa la bella, où il dealait entre deux larcins… et faisait régner la terreur dans l’immeuble dont lui et quelques comparses avaient pris illégalement possession. Une Obligation de quitter le territoire français lui a certes été signifiée, mais la Tunisie consentira-t-elle à récupérer ce compatriote d’élite qui, lors de son interpellation, avait nargué les policiers en leur lançant, très fier de lui : « Tu sais qui je suis, je suis le frère du terroriste »?
Le « Bataillon Monaco » ciblé
Mais c’est un autre attentat (raté) qui, une quinzaine de jours plus tôt, avait défrayé la chronique azuréenne. Un colis piégé déposé le 29 juin à Monaco par un mystérieux « homme portant un chapeau » devant la porte d’un. opulent oligarque originaire d’Ukraine, Vadim Ermolaev, a très grièvement blessé celui-ci, sa compagne et son fils.
Si le bon peuple attribua immédiatement la responsabilité de cet acte à Moscou, les enquêteurs monégasques et français restaient dubitatifs. À juste titre puisqu’il s’avéra que le tueur était une tueuse, Anastassia Berezovska d’ailleurs ukrainienne elle aussi. Et dont le corps criblé de balles, évidemment pour l’empêcher de parler, fut très vite retrouvé en Ukraine dans ce qui semblait « s’apparenter à une salle de tortures » selon Kiev qui a annoncé l’arrestation de « deux suspects, un ancien membre des forces de l’ordre et un employé actuel de la Direction générale du renseignement [GUR, équivalent du GRU soviétique de sinistre mémoire] du ministère de la Défense ukrainien ». Ce dernier aurait affirmé avoir agi sans « informer ses supérieurs ».
Reste donc à découvrir le donneur d’ordre, et ses motifs.
Depuis le printemps 2022, les Russes — qui ne sont pas eux-mêmes blanc-bleu à cet égard — surnomment « Bataillon Monaco » les super-riches ayant fui l’Ukraine en guerre pour s’installer à Monaco où ils se signalent par leurs SUV de grand luxe, leurs Ferrari ou Lamborghini rutilantes et la joaillerie de leurs compagnes. Pour la première fois, cette appellation péjorative a été reprise par Nice-Matin, suivi par plusieurs quotidiens nationaux.
Fleuron de ce « bataillon », Vadym Ermolaïev. Issu d’une famille juive de Dnipro, il avait tenu à prendre dès 2019 la nationalité chypriote et possédait la 23ème fortune d’Ukraine avec 845 millions de dollars US (contre 214 millions « seulement » en 2012) acquis notamment dans le négoce des vins et spiritueux. Ce qui lui vaut d’être l’objet depuis décembre 2023 de sanctions en Ukraine pour ses activités commerciales en Crimée, « occupée » par la Russie, cependant que son fils Artur est interdit de séjour en Estonie après y avoir écopé en 2025 d’une amende de 8,5 millions d’euros pour « fraudes massives » commises dans et au détriment de cet État balte.
La tentative d’attentat avait-elle été commanditée par le pouvoir ukrainien, qui suspecterait Ermolaïev d’arrondir son pécule, avec le trafic d’armes par exemple entre autres activités coupables, ou par un rival jaloux de sa réussite ?
Berezovska, Berezovski
Car l’harmonie est loin de régner entre oligarques venus de l’Est, où la corruption est encore plus multiforme et endémique que chez nous.
Coïncidence : la défunte Anastassia Berezovska évoque irrésistiblement, par son patronyme, le richissime Russe, lui aussi d’origine juive, Boris Abrahamovitch Berezovsky. Lui était-elle apparentée ? En tout cas, Berezovsky fut retrouvé étranglé en mars 2013 dans sa somptueuse résidence du Berkshire où il avait cru trouver un refuge sûr. Si sa mort n’a jamais été élucidée par la police britannique, on sait que ce protégé de Boris Eltsine (qui l’avait fait accéder aux plus hauts postes en Russie avant l’arrivée de Poutine) avait pour concurrent et ennemi juré son coreligionnaire et compatriote Roman Abramovitch, l’ancien propriétaire du Chelsea, célèbre club de foot anglais. Et que spécialiste des affaires louches, il était aussi impliqué dans une guerre des gangs qui avait déjà coûté la vie à l’un de ses proches.
Berezovsky justifiait son exil par « l’antisémitisme régnant en Russie ». S’installer sur les bords de la Tamise ne l’aura pas sauvé.
Stéphane Galet

