patrimoine

Des lieux où souffle l’esprit : les vacances à Collioure, quand Robert dansait…

Voici le Roussillon dont les armes sont d’or comme le soleil, qui est notre emblème, et de gueule, c’est à dire rouge comme le fascisme…

« Le fascisme, il y a bien longtemps que nous avons pensé que c’était une poésie et la poésie même du XXe siècle (avec le communisme sans doute). Je me dis que cela ne peut pas mourir. Les petits enfants qui seront les garçons de vingt ans plus tard apprendront avec un sombre émerveillement l’existence de cette exaltation de millions d’hommes, les camps de jeunesse, la gloire du passé, les défilés, les cathédrales de lumière, les héros frappés au combat, l’amitié entre les jeunesses de toutes les nations réconciliées. José Antonio, le fascisme immense et rouge. Je ne pourrai jamais oublier le rayonnement merveilleux du fascisme universel de ma jeunesse. »

Ce Roussillon était jadis une province du nord de la Catalogne, devenue française, qui a formé le département des Pyrénées Orientales. Le feu camarade, légionnaire et capitaine Sergent, y fut élu député FN-RN (à la proportionnelle) et conseiller régional en 1986. C’était un homme brave, mais aussi un brave homme. Suscitant l’intérêt; l’écrivain faisait salle comble dans chaque dîner-débat que les fédérations du mouvement national organisaient; rassemblant curieux, amis, camarades et képis blancs, anciens et même d’active; sous l’œil des RG. J’ai eu la chance de discuter un brin avec lui, discret, esseulé, très souriant et jovial, dans un « Tricatel » d’autoroute où nous avons soupé des mêmes frites défraîchies et de semblables mets de contrebande. Même quand elle n’est pas fameuse, comme écrivait Colette : « La cuisine, c’est du souvenir. »

Le pays de cocagne franco-español de Robert Brasillach.

Le Roussillon dérive de Ruscino, capitale antique de la Narbonnaise sous les Romains. Occupé par les Arabes en 720, il fut reconquis par Pépin le Bref en 759. Donné à Alphonse II d’Aragon en 1172, puis revenu à la France de 1462 à 1492 quand Charles VIII le restitue à Ferdinand le Catholique. Il fut rattaché ensuite par le traité des Pyrénées en 1659 au royaume des lys, tout comme sous ce règne du Roi Soleil, l’Alsace, la Franche-comté, La Flandre, l’Artois, le Hainaut, le Charolais, Orange, Barcelonnette, (traités de Westphalie, Nimègue, Ryswick, Utrecht…). C’est toute son enfance et son adolescence, printemps de la vie. Notre ami qui ne se faisait pas encore appeler Jacques Tournebroche entrait en classe de huitième à Perpignan, tandis que sa grand-mère qui habitait Le Canet, éloigné de quatorze kilomètres de la capitale l’initiait, pendant les vacances, aux plaisirs gourmands, bio bien sûr, puisqu’elle cultivait son jardin et élevait lapins, pigeons, canards dans sa cour et qu’elle conservait pour lui et pour sa sœur Suzanne, qui ne s’appelait pas encore Bardèche, de grands bocaux remplis de sucre, de café, de riz et de petits sous économisés toute l’année. (Robert Brasillach ou Encore un instant de bonheur. Anne Brassié. Laffont. Paris. 1987). Le berceau maternel de l’écrivain, à jamais post-adolescent, est situé à Mont-Louis près Andorre (qui abrite le CNEC, Centre National d’Entraînement Commando, Premier Régiment de Choc). Robert et sa sœur s’y rendaient volontiers, proclamant in peto : Famille, je vous aime ! Puis ils montaient en Cerdagne pour la Saint-Louis, le 26 août, avant d’honorer, chaque 9 septembre la vierge de Font-Romeu, village d’altitude muni de son four scientifique solaire, monumentale curiosité !

Le délicieux train jaune.

Afin de pèleriner de manière agréable sur les pas du poète, il est tout à fait judicieux et amusant de le faire en empruntant le petit train jaune montagnard qui est aussi un train de sénateur puisqu’il circule seulement à 30 kilomètres par heure. Long de 63 km, le parcours du tortillard dessert 21 stations en Pyrénées catalanes. Autrement dit, dédiez une journée entière à votre périple, vous ne le regretterez pas, surtout s’il fait beau temps. En ce cas préférez la voiture sans toit, vous prendrez des couleurs ! Et aussi quelques gouttes de fraîcheur sous les tunnels suintants. Le circuit commence à Latour-de-Carol, célèbre village ferroviaire, pour finir à Villefranche-de-Conflent, via Bourg-Madame, Saillagouse, Font-Romeu, Mont-Louis.

Dieu lui donna la splendeur.

Cette province du Roussillon est certes plus grande, en superficie, que le Comté de Foix voisin, mais semble résiduelle par rapport au Languedoc qui l’étreint. Il n’en demeure pas moins qu’elle est toute garnie de trésors qui se nomment par exemple : Pays d’Apt, Lubéron, Villefranche-de-Conflent, fortifiée par Vauban, Eus sur sa roche ou Castelnou, cité médiévale à souhait et bien sur Collioure. Dieu lui donna la splendeur. C’est la devise de cette petite ville balnéaire, elle n’est pas usurpée. Alors on se promène dans le quartier coloré et floral du Mouré ou au marché où l’on peut acheter du poulet doré, de l’épaule d’agneau, de la cuisse de dinde ou de canard braisés et bien sur le fameux coustellou, travers de porc trop chèrement monnayé à mon goût, des cassolettes en terre cuite, des vins de la région dont celui de Collioure, des huîtres, moules et coquillages, des anchois de Collioure, des fruits de bonne augure, des espadrilles « Collioure » fabriquée à Perpignan par la Maison Payote et des colifichets qu’on achète en été sur les marchés de plages. Toutes choses nécessaires et suffisantes pour un fameux pique-nique que nous ferons tranquillement dans l’arrière-pays, en compagnie de qui vous savez. « Les jeunes gens en vacances font un pique-nique au dessus de Collioure, et la scène est à l’évidence inspirée du banquet, très arrosé, que s’offrent « Les copains » de Jules Romain sur les pentes du Mont Meygal ». (Bulletin des ARB. N°160. P.41.). Il y a tout ce qu’il faut en la contrée pour faire bombance de manière franche ! On dirait même que la cuisine de ce pays est entièrement dédiée à l’amitié et au partage. Fromages, vins de pays séduisants par leur robe sombre, leur charpente vigoureuse, leurs riches arômes balsamiques et charcuteries artisanales ne font-ils pas bon ménage ? Le melsat est apprécié de l’amie Françoise Monestier, vous ne connaissez pas cette spécialité de boudin blanc ? On en trouve en ligne à la charcuterie Millas (charcuterie-millas.fr) et du bon jambon sec, affiné 24 mois sur l’os, faut le faire ! C’est vraiment une prouesse et cela signifie que les bêtes sont bien élevées et bien nourries.

! Todos à la playa !

Les plages de Collioure sont certainement les plus agréables et les plus pittoresques en toute France, chacune offre un paysage différent. En une journée bien remplie, on peut bronzer et musarder de l’une à l’autre dans l’anse et se contenter de ce loisir. La plage de la Balette, tout au sud semble surveillée par le moulin de la Cortina. Plus au nord, la plage du Boutigué s’assemble avec celle du Port d’Avall dominée par une tour moyenâgeuse. Après, c’est la capitainerie, la plage Boramar, l’église Notre-Dame des Anges, la plage nord, la plage et la chapelle Saint-Vincent, enfin le phare. Dans maints endroits de nombreux restaurant ont sortis leurs terrasses pouvant rassembler une compagnie entière. Tiens donc ! Une section de trente Cyrard est égayée dans la place. Ils ont vingt ans à peine, tous leucodermes, dont deux ou trois filles, qui arborent des t-shirts vert-armée floqués « Saint-Cyr » ornés de casoars stylisés, et qui mangent des glaces en binômes sur la jetée. D’autres sont attablés par groupes courtois et parlant bas. C’est quartier libre pour ces jeunes, déjà aguerris et disciplinés. Ils ne savent pas ce qui les attend au SDEC ! Les Zodiac sont en cale sèche au pied du Château royal, dans les douves. Collioure et Mont-Louis sont des escales, en effet, de stages obligés pour les élèves officiers et sous-officiers d’active, une épreuve qui donne droit à un diplôme et à une « pucelle » bien méritée.

Entonnons donc la valse du Bataillon de Choc et pratiquons les pas de danse des fêtes catalanes. Qu’elle est jolie la sardane, que l’on danse la main, jeunes filles, jeunes gens l’aiment bien, combien d’amourettes vont éclore dans leur cœur de vingt ans, et même les vieux de leur canne, la martèlent sur les pierres du chemin chantait Trénet… Et Brasillach de songer : « Le bonheur était là sous le ciel automnal / A l’aube épaisse des charmilles / Mais voilà… vous étiez en toilette de bal, / Et moi, j’avais des espadrilles. »

Franck Nicolle

Nous soutenir!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *