Gérald Darmanin a exercé à trois reprises des fonctions ministérielles durant la présidence d’Emmanuel Macron : ministre de l’Action et des Comptes publics (mai 2017 – juillet 2020), ministre de l’Intérieur et des Outre-mer (juillet 2020 – septembre 2024) et ministre de la Justice (depuis décembre 2024). Durant son mandat à l’Intérieur, au moment où les entrées légales sur le territoire et les demandes d’asile battaient des records, le taux d’exécution des OQTF ne s’élevait qu’à 7 % (12 % en 2018 et 22 % en 2012, selon le site Marc Vanguard). En 2024, un rapport du Parlement a conclu à l’échec de la politique d’expulsion des clandestins.
À Mayotte, l’opération Wuambushu de 2023, qui a mobilisé 1 800 policiers et gendarmes en vue d’expulser les Comoriens en séjour irrégulier, n’a pas atteint ses objectifs de réduction des bidonvilles et de l’immigration clandestine.
Dans le même temps, les homicides et les violences aux personnes, y compris les violences conjugales, ont augmenté, tandis que la consommation des produits stupéfiants, notamment celle de cocaïne, a explosé.
Darmanin a également incriminé les « supporters anglais », au grand étonnement de la presse internationale, lors du fiasco du Stade de France en 2022. L’année suivante, il a observé de nombreux « Kevin et Mattéo » lors des émeutes urbaines consécutives à la mort de Nahel Merzouk, ce qui lui a valu d’être lauréat des Bobards d’Or de Polémia.
Son domaine d’excellence s’est révélé être celui des dissolutions administratives d’associations ou de groupements liés à l’islamisme radical et « l’ultradroite ».
En 2023, la préfecture de police, obéissant à une circulaire du ministre, a également interdit une marche annuelle en l’honneur de Jeanne d’Arc, mais le tribunal administratif a levé cette interdiction, au grand dam du ministre qui a estimé cet événement « nauséabond ». Une semaine plus tard, un colloque d’hommage à Dominique Venner, organisé par l’Institut Iliade et la Nouvelle Librairie, a été interdit au dernier moment par arrêté préfectoral.
Last but not least, Darmanin a porté une réforme des services régionaux de police judiciaire qui les place désormais sous l’autorité des préfets départementaux et non plus de celle des procureurs et des juges d’instruction, malgré de vives critiques de magistrats et de policiers qui craignent que les urgences des commandes politiques et du quotidien soient fortement priorisées au détriment des investigations de fond visant le crime organisé et la délinquance financière.
Son piètre bilan en tant que ministre de l’Intérieur ne l’a pas empêché d’ironiser au sujet de Giorgia Meloni, jugée incapable de régler les problèmes migratoires pour lesquels elle a été élue en Italie.
Dernièrement, en tant que ministre de la Justice, Darmanin a tenté d’allumer un « contre-feu » face à la vague d’indignation provoquée par le drame survenu à la petite Lyhanna. Le Monde a ainsi rendu public le contenu d’un courrier qu’il a adressé à son successeur, Laurent Nuñez. Ce document, qui provient d’informations communiquées par les parquets généraux, constitue un bilan accablant pour le ministère de l’Intérieur.
Cette note, qui recense plus de 85 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, relève un manque d’effectifs chronique et un manque de formation chez les enquêteurs, un défaut de traçabilité et de transmission des procédures (quelquefois perdues !), des priorisations incertaines voire défaillantes, un investissement professionnel parfois insuffisant, des outils informatiques obsolètes (malgré un coût pharaonique, la nouvelle version d’un logiciel prévue depuis dix ans n’est toujours pas opérationnelle)…
Darmanin dénonce une situation catastrophique en oubliant qu’il a été ministre de l’Intérieur ! Comme l’écrit l’Association Nationale de Police Judiciaire, c’est « Docteur Darmanin et Mister Gérald », celui-là même qui est « resté place Beauvau plus de quatre ans, soit plus qu’aucun de ses prédécesseurs depuis 50 ans » ! Le Syndicat des commissaires de la police nationale parle quant à lui de « cynisme » et de « trahison » de la part de l’intéressé.
Le 13 août, Laurent Nuñez a annoncé qu’il répondrait « point par point » à ce courrier. Affaire à suivre, donc, en souhaitant ardemment que ces dysfonctionnements graves fassent l’objet rapidement de réponses concrètes !
Johan Hardoy
