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35e polar du « Lys Noir » : Tirez sur l’architecte… et sa bobinette cherra !

La collection « Lys Noir » de romans policiers publiés par la maison Auda Isarn sort son 35e opus. C’est un chiffre qui commence à impressionner et devrait donc permettre à cette collection d’améliorer sa visibilité dans le monde du polar, d’autant que, depuis la disparition de nos chers ADG, José Giovanni, François Brigneau (alias Julien Guernec), Léo Malet, Peter Randa et tant d’autres amis, la relève semblait assez modeste, à droite.

En 1979, Jean Tulard, dans le mensuel Spectacle du monde, avait essayé de dresser le bilan du « roman policier réactionnaire » (titre de l’article). La pêche n’était pas abondante, même si la collection « Spécial-Police » du Fleuve Noir, et la « Série Noire » ont souvent penché à droite grâce à des auteurs -maison de grande qualité.

Jean Bourdier, dans son excellente Histoire du roman policier (Ed. de Fallois, 1996), auteur lui-même d’un polar paru dans la collection du « Masque » (Le commissaire-priseur, collection « Le Masque », 1978, réédité récemment dans la collection « Lys Noir »), avait dressé un portrait très complet de la grande famille des auteurs de romans policiers, n’omettant pas ceux de la famille droitière..

Alain Paucard, à qui l’on doit ce 35e polar du « Lys Noir », Tirez sur l’architecte, est l’un de ces écrivains éclectiques qui n’hésitent pas à tremper leur plume dans l’encre noire du roman policier. Le polar qu’il publie aujourd’hui est court (92 pages), mais c’est un espace suffisant pour aligner les cadavres, en l’occurrence, ici, ceux d’architectes, liquidés avec une forte mise en scène inspirée de vieux westerns de la grande époque, une époque bénie où les indiens étaient les méchants, et les cow-boys (ainsi que les Tuniques Bleues, les gentils).

Inutile de vous dire que ce polar (comme d’ailleurs le précédent publié dans la même collection, par le même auteur, L’Horreur d’été (sans rapport avec le joli film d’Olivier Assayas, L’Heure d’été) n’appartient pas au genre du whodunit (ou huis clos pour le dire en bon français), façon Agatha Christie.

On aime ou on n’aime pas, il en faut pour tous les goûts. J’avoue préférer encore et toujours Poirot ou Maigret ou notre bon vieux Sherlock Holmes des familles, à certains des flics borderline voire antifas (et à ce titre, pires que les pires crapules d’aujourd’hui) et que les tueurs en série, qui tuent les architectes (ou les prostituées, ou d’autres catégories de population) avec un soin et à une cadence qui forcent l’admiration.

Dans sa nomenclature du « roman policier réactionnaire », notre cher Jean Tulard – toujours lui – n’oubliait pas de citer Gérard de Villiers, et sa « Brigade Mondaine ». Alain Paucard, comme David Didelot, publié il y a peu au « Lys Noir » également, est plutôt de cette école-là. Tulard parlait de « sadisme » à propos de Gérard de Villiers.

Vous trouvez le mot un peu fort ? Allez donc voir comment Paucard fait mourir ces architectes qui défigurent nos villes ! Mais rassurez-vous, ce n’est que du roman. Dans la vraie vie, les architectes ne perdent pas leur tête dans d’atroces souffrances, malgré la souffrance que certains d’entre eux nous infligent, architecturalement et visuellement parlant. Et toujours dans la vraie vie, les tueurs en série, eux, ont parfois plus d’imagination encore que les pires auteurs de « polars sadiques ».

Francis Bergeron

Tirez sur l’architecte!, par Alain Paucard, éd. Auda Isarn, collection “Lys noir”, septembre 2026

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