Céline

Les lectures de Madeleine Cruz : lectrice de Céline

J’avoue être un peu saturée de Célinimania. Et cette écriture, hors du commun, littéralement stupéfiante quand il s’agit de correspondances ou de pamphlets, et des premiers romans, bien entendu, finit par me lasser. Je me suis essayée à Guerre, et à Londres, deux des inédits découverts dans les conditions rocambolesques que l’on sait, et publiés en 2022. Céline lui-même aurait-il souhaité que ces brouillons soient imprimés tels quels ? Je n’en suis pas certaine.

La mélodie du bonheur

En outre ces récits crus, parfois orduriers, ce n’est pas mon truc. Si je vous dis que mon film préféré, c’est La mélodie du bonheur, vous comprendrez que l’univers célinien, tel que restitué par les inédits, n’est pas vraiment le mien.

Du coup, j’avoue ne pas avoir eu le courage de me plonger dans le troisième inédit, La volonté du roi Krogold.

Ecrivant ces lignes, je me dis que je vais sûrement faire de la peine à mes chers amis Marc Laudelout, Gérard Silmo, Christian Mouquet, notamment, qui se décarcassent depuis des années pour nous faire aimer le Grand Ecrivain.

Attention : je ne dis pas que Céline ne serait pas un écrivain majeur du XXe siècle – probablement le plus grand, même -, je dis simplement que les inédits exhumés, comme d’ailleurs certains de ses ultimes romans, ne me parlent pas.

Un mètre cube de feuillets de Céline !

Aussi quand j’ai reçu un courrier de la Société des Lecteurs de Céline, j’ai pensé que je n’étais pas le bon public. Pourtant l’enveloppe m’a intriguée : l’affranchissement était un dessin représentant Céline. Le pli contenait un petit fascicule d’une soixantaine de pages, très joliment imprimé, et intitulé Le trésor exhumé de Louis-Ferdinand Céline. Ecrit par un membre de l’Académie royale de Belgique, Jacques Joset, le texte nous raconte les péripéties qui ont accompagné la disparition, puis la résurrection d’un mètre cube de feuillets remplis de la main de Céline. Un véritable trésor !

Car Céline, pour un bibliophile, c’est le « un franc vermillon » du philatéliste, le märklin du ferrovipathe, le Tintin au pays des soviets du bédéphile, le Rembrandt de l’amateur de tableaux ! Les manuscrits, les éditons originales, les photos inédites, tout se collectionne de Céline, tout est décortiqué, étudié. Quand on pense qu’à la mort de Céline ses héritiers de sang ont renoncé à l’héritage de l’écrivain, convaincus sans doute qu’il ne laisserait que des dettes ! « On n’a hérité que des emmerdes », constateront-ils plus tard. Trop tard.

L’énorme chambardement

Mais voyez-vous, autant j’imagine que Céline n’aurait pas apprécié l’édition de textes de lui non finalisés (on sait le soin qu’il apportait à chacun de ses livres, contrairement à une idée reçue), autant de là-haut, s’il nous voit, il doit se régaler de l’énorme chambardement provoqué par cette incroyable exhumation de textes.

Jacques Joset termine son étude par cette prédiction : « il ne m’étonnerait pas que les manuscrits dactylogrammes ou tout autre écrit retrouvés de Louis-Ferdinand Céline ne nous réservent encore des surprises ». On ne demande que ça !

Incroyable Céline ! Tous comptes faits, et malgré ma prévention telle qu’exposée au début de cet article, je vais rejoindre la sympathique Société des Lecteurs de Céline, et vous invite à en faire autant !

Madeleine Cruz

Société des Lecteurs de Céline, chez Gérard Silmo, trésorier, 47 avenue du président Wilson, 94340 Joinville-le-Pont. Adhésion : 35€

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