Maduro

La tactique américaine au Venezuela comme en Espagne

Écœurantes, ces condamnations progressistes de l’agression des États-Unis au Venezuela qui commencent par souligner l’autoritarisme de Nicolás Maduro, ses violations des « droits de l’homme », ou je ne sais quelles autres sornettes. Même si Maduro avait été saint François d’Assise réincarné, les États-Unis auraient commis la même infamie ; car ils se fichent complètement que les régimes politiques des nations qu’ils souhaitent soumettre et dépouiller soient autoritaires, du moment qu’ils acceptent le rôle servile qui leur a été assigné. Ainsi, ces progressistes, qui lâchent le petit sermon moralisateur préliminaire sur Maduro, sont des agents infiltrés au service de l’impérialisme yankee, bien plus perfides que les fanfarons de droite qui applaudissent l’agression.

Il faudrait commencer par rappeler que le « droit international », dans un monde dominé par l’anglo-sionisme, est une branche de la littérature fantastique. De plus, contrairement à ses prédécesseurs (qui enveloppaient leurs agressions dans des fioritures rhétoriques apparemment respectueuses du droit international), Trump ne prend pas de gants et déclare sans détour qu’il souhaite s’approprier le pétrole et les ressources naturelles vénézuéliens. Certes, pour justifier l’enlèvement de Maduro, les Yankees ont monté le « récit » du « narcoterrorisme », comme en une autre occasion ils avaient monté le « récit » des « armes de destruction massive » ; car, comme nous l’enseigne un certain maître de la propagande, toute intoxication qui se respecte doit adapter son niveau à ses destinataires les plus imbéciles. Mais, en dehors de ces concessions aux imbéciles, nous devons remercier Trump pour son avidité de requin d’affaires, ses manières grossières, sa franchise crue, qui rendent plus évidents les desseins rapaces des États-Unis.

Les gens de droite, qui applaudissent une action aussi vile que l’ont été en leur temps l’explosion provoquée en février 1898 de l’USS Maine dans le port de La Havane, ce qui servit ainsi de prétexte à la guerre hispano-américaine de 1898, ou l’attaque de l’amiral George Dewey contre la flotte espagnole à Cavite, s’étonnent que Trump s’adresse avec respect à Delcy Rodriguez, nouvelle présidente du Venezuela mais ancienne féale de Maduro, et que, en revanche, il se réfère avec dédain à María Corina MachadoParisca, opposante résolue à Maduro et pour cela nobélisée l’an dernier, qui lui a ravi le prix institué par l’inventeur de la dynamite. Mais Trump ne fait qu’appliquer au Venezuela le modèle que Kissinger a appliqué en son temps en Espagne. D’abord, on se débarrasse du dirigeant qui empêche ou complique la « transition » qu’ils ont conçue (Carrero Blanco en Espagne, Maduro au Venezuela) ; et ensuite, on promeut une « transition » tutorée en comptant sur les traîtres de l’ancien régime, auxquels on ajoute en collusion ou en mélange hétéroclite une « opposition » composée de gens au service de l’oncle Sam qui offrent une image fraîche et renouvelée.

En Espagne, cela s’est fait en condamnant à l’insignifiance des figures archaïques comme Carrillo, voire Nicolás Redondo, et en portant aux nues Felipe González, qui était le jeune homme préféré de la CIA. Et maintenant au Venezuela, Trump écarte la figure archaïque nobélisée, pour favoriser un arrangement entre traîtres de l’ancien régime et candidats serviles qui ne soient pas discrédités et puissent tromper aussi bien les progressistes que les gens de droite naïfs.

Juan Manuel de Prada

Source : https://noticiasholisticas.com.ar

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