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Le coup d’œil de Philippe Randa : tout le monde aime les paysans… vraiment ?

La mobilisation actuelle du monde paysan – appelons-le comme cela –, après tant et tant d’autres, est l’occasion d’une antienne largement répandue dans nombre de médias et dans bien davantage de discutions de moins en moins devant les comptoirs et de plus dans les réseaux sociaux : nos paysans ont bien du malheur alors que tout le monde les aime tant !

Vraiment tout le monde ? Est-ce bien certain ?

Premier constat, ce « monde » représentant moins de 8 % du corps électoral, son intérêt politique va, de fait, en déclinant : « Selon le dernier recensement mené par le ministère de l’agriculture avec des données collectées en 2020, le nombre d’exploitations est passé sous la barre des 400 000, à 390 000. En dix ans, le précédent pointage datant de 2010, 100 000 fermes ont été rayées de la carte. En plaçant le curseur un demi-siècle plus tôt, on constate encore plus l’ampleur de l’hémorragie. En 1970, la France comptait alors 1,5 million d’exploitants agricoles », rapportait Laurence Girard dans Le Monde en juin 2024.

Capter son électorat n’est alors sans doute guère la préoccupation première des sacro-saints incontournables think tanks des partis, d’autant que lors des élections législatives de 2024, « traditionnellement ancré à droite, le monde agricole n’a pas échappé à la vague de vote Rassemblement national », nous apprenait Laurence Girard dans le même article du Monde.

Mais les petites rivières faisant les grands fleuves, selon un adage populaire, un candidat à une élection tordrait-il le nez, sinon à garder, du moins à tenter de conquérir ou de reconquérir 8 % du corps électoral quand défaite ou victoire se joue souvent à moins d’1 ou 2 % des suffrages ? En principe, aucun… Dans la réalité, c’est moins certain, car comment parler à des gens qui ne cessent de clamer haut et fort qu’ils travaillent jusqu’à 10 ou 12 heures par jour et cela 7 jours sur 7, sans prendre de vacances pour parfois ne même pas gagner un smic mensuel… quand pour certains – de gauche, du centre et de droite –, l’instauration de la semaine de travail de 35 heures – en attendant de la réduire encore – fut et reste le nec plus ultra de l’avancée sociale, tandis qu’à l’extrême-gauche, la députée Sandrine Rousseau en rajoute en prônant de son coté le « droit à la paresse » ?

Difficile pour ces gens-là de parler au monde paysan et on comprend mieux l’évolution de son vote en faveur du RN, puisque son président Jordan Bardella, propose, lui, de « pouvoir revenir sur les 35 heures dans les entreprises » dans un entretien à Cnews. Un discours que le monde paysan non seulement comprend, mais qu’il interprète sans doute comme un légitime sentiment de reconnaissance envers sa propre condition.

Quant aux auto-proclamés écologistes qui ne cessent de clamer que les agriculteurs empoisonnent l’humanité avec l’emploi de pesticide pour une basse question de « rentabilité » – dont la même Sandrine Rousseau n’a « rien à péter », comme elle l’a si élégamment déclaré en juillet dernier sur le plateau de la Contre Matinale, du média d’extrême gauche Le Média –, le fossé ne cesse chaque jour de devenir un précipice d’exécration réciproque avec le monde paysan.

Non, tout le monde n’aime pas les paysans ! À l’évidence !

Philippe Randa

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