Je ne connais pas Paul-Louis Beaujour, l’auteur du 32e polar de la collection Lys noir. Je vois dans sa mini-biographie qu’il se définit (ou que l’éditeur le définit) comme « progressiste depuis son plus jeune âge » (sic !). Mais alors que fait-il dans cette collection, qui ne passe pas spécialement pour être progressiste, que ce soit dans sa version catho progressiste ou islamo-progressiste ? On nous précise aussi que P.L. Beaujour est l’auteur de plusieurs biographies de personnages portant des noms à consonnance anglosaxonne, dont je n’avais jamais entendu parler. Le dénommé Skrewdriver, par exemple … A screwdriver, c’est un tournevis, dans la langue de Shakespeare et des DIYers (bricoleurs, en anglais compacté), comme on me l’avait appris à l’école. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre qu’en l’occurrence « skrewdriver », avec un K, a un autre sens : c’est le nom d’un groupe musical des années 1970, se situant dans le style « punk rock ». Je ne suis pas bien certain que ce genre musical me plaise autant que Bach. D’autant que ce nom de « skrewdriver » aurait été choisi parce que le tournevis était utilisé comme une arme dans les bagarres de rues, à l’époque…Tout un programme !
Mais revenons au roman policier de Beaujour. Il s’intitule Le hussard chez les skins, et une fois le livre refermé, j’ai eu le sentiment que l’auteur connaissait bien le sujet, à savoir le milieu des skinheads, ces « crânes rasés » qu’on ne voit plus guère aujourd’hui, mais qui formaient en effet des bandes dans les années 1970/80. La musique qu’écoutaient ces jeunes gens, leur vocabulaire, leur… « rusticité », leur manque de pondération, cela devait ressembler à ce que nous décrit Beaujour. En a-t-il été lui-même ? Je lui poserai la question si j’ai un jour l’occasion de le rencontrer, et je lui demanderai de me montrer ses tatouages…
Sa sœur et quelques vieux copains de baroud
Ce nouveau roman à l’enseigne du Lys noir met en scène le libraire de livres anciens Julien Ardant, alias « Le Hussard », qui habite une péniche en bord de Seine, au centre de Paris, et se déplace souvent en Facel Vega.
Julien Ardant vit dans un environnement sympathique : une galerie de figures hautes en couleur accompagne chacune de ses aventures, mais il y a surtout sa sœur, la délicieuse Alice, qui est un peu son agent de renseignement, infiltrée dans les hautes sphères de l’Etat, et aussi quelques vieux copain de barouds, de l’époque de sa folle jeunesse, mercenaires en semi-retraite, bras cassés des temps héroïques, flingueurs sans états d’âmes.
C’est un peu par hasard que notre Hussard va découvrir l’univers des skins : il a pris le métro pour rentrer chez lui, mais il se trouve obligé d’affronter des dealers, « des raclures défoncées ». Le Hussard, seul contre tous, est sur le point de succomber quand « quatre individus au look redoutable grimpèrent dans le wagon (…) Le nouveaux passagers étaient de l’espèce skinhead ».
Le hussard : une collection dans la collection
La suite, vous la découvrirez en lisant ce 32e opus de cette désormais fameuse collection du Lys noir, dont la série mettant en scène le hussard forme à présent une collection dans la collection
Je vais quand même vous dire deux mots de ce qui vous attend dans ce roman :
pour faire simple, un service en valant un autre, Julien Ardant estime qu’il se doit de donner un coup de main à ces nouveaux amis, qui lui ont sauvé la mise, et peut-être la vie ; même si ces derniers manquent un peu de finesse, de subtilité. Résultat : un polar assez gore. Au point qu’il faudrait presque des palmes et un tuba pour survivre dans ce flot de sang !
On aime ou on crie grâce, c’est selon ; mais ma critique concernant ce polar ne porte pas sur ce point-là. Personnellement je trouve que les skins de la bande n’ont pas beaucoup de densité. On les devine cabossés par la vie, mais j’aurais aimé en savoir plus sur eux, leur milieu d’origine, les motivations les poussant à boire, à fumer comme des pompiers, à se complaire dans une certaine violence et dans la marginalité… Mais répondre à ma curiosité aurait sans doute fait courir le risque de transformer le polar en une fastidieuse étude sociologique. Alors prenons cette histoire comme elle est, ce n’est qu’un roman, après tout. Des bagarres dans le métro, avec « des bandes de raclures défoncées », cela n’arrive jamais, en tout cas pas en France, n’est-ce pas ?
Francis Bergeron
Le hussard chez les skins, collection « Le Lys Noir », Auda Isarn, décembre 2025, 150 p., 12€

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