espionnage

Ingérences étrangères, tous azimuts

À mesure que se rapproche la présidentielle, on parle de plus d’« ingérences « étrangères » susceptibles de fausser l’issue de la « reine des élections », les coupables délignés étant Pékin et Moscou. Mais sont-ils les seuls ?

A la surprise générale et à l’indignation de beaucoup, le ministre de l’IntérieurLaurent Nuñez confirmait le 18 juillet l’annonce faite par notre ambassadeur Stéphane Romanet selon lequel 250000 visas allaient être délivrés chaque année à des ressortissants algériens afin de « rétablir la confiance entre nos deux pays », confiance ébranlée par nos excellentes relations avec le Maroc. Mais ce cadeau si coûteux à long terme est aussi à court terme un très bon moyen d’amadouer le président Tebboune qui ne cache pas que les « six millions d’Algériens » qu’il revendique sur notre territoire, dont beaucoup de naturalisés et donc d’électeurs potentiels, pourraient sur l’ordre des consulats et des associations cultuelles jouer un rôle majeur dans le choix du successeur de Macron, comme ils le firent d’ailleurs lors de précédents scrutins, notammment ceux qui portèrent à l’Élysée François Hollande puis Emmanuel Macron (1).

Simultanément, Sébastien Lecornu, escorté de douze ministres dont deux titulaires de portefeuilles régaliens, telsJean-Noël Barrot (Affaires étrangères) et Laurent Nuñez (Intérieur), encore lui, étaient en visite officielle au Maroc afin d’« approfondir des relations relancées depuis l’été 2024, période à laquelle Emmanuel Macron a reconnu la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara occidental, objet de toutes les tensions entre le Maroc et son voisin algérien ». D’où, à l’évidence, la délivrance des 250.000 visas promis à Alger, malgré la perspective de voir avec ce nouvel afflux grossir chez nous les rangs de la DZ Mafia et de ses émules, que toutes les polices de France sont impuissantes à éradiquer.

Mais si l’Algérie stagne depuis des lustres en plein marasme économique, entraînant la chute presque complète de nos exportations vers ce pays, le Maroc est devenu le petit « tigre » de l’Afrique, détrônant même l’Afrique du Sud sur le plan du dynamisme économique, pour le plus grand profit des industriels français et donc de l’État. Lors des entretiens de Rabat ont ainsi été étudiés des partenariats apparemment fructueux dans les domaines de l’armement et de l’aviation civile ou encore pour la construction d’un Réseau express régional à Rabat.

Revers de la médaille : cité par Marianne, le collectif d’investigation Forbidden Stories vient de révéler que, depuis 2021, le régime chérifien espionnerait l’appareil d’État français, et notamment le gouvernement actuel, par l’intermédiaire du système d’écoutes Pegasus. Accusations vertueusement rejetées par Rabat, mais prises au sérieux par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) qui aurait décelé « des indices de compromission sur les téléphones » de plusieurs ministres français, dont Lecornu lui-même.

Or, le système Pegasus, qui avait été décisif lors de l’opération « Tigre rugissant » lancée par Tel Aviv contre l’Iran le 22 février dernier, est produit par la société israélienne NSO, très liée au Shin Beth. D’où l’on peut induire que, via NSO, la France est aussi espionnée par l’État hébreu.

Comme l’on voit, la Chine et la Russie — sans oublier le tycoon Elon Musk qui, le 1  juillet, donnait le baiser de la mort à Marine Le Pen en proclamant sur son compte « X » suivi par 2,4 milliards d’internautes qu’elle constituait «le dernier espoir de la France »ne sont pas les seules à vouloir s’immiscer dans nos choix électoraux ou à menacer notre sécurité intérieure.

Camille Galic

  1. Lire à ce sujet le livre passionnant du professeur et spécialiste du Maghreb Pierre Vermeren, France Algérie de 1962 à nos jours, histoire d’une relation pathologique (302 pages, 21,90 €, éd. Tallandier 2026)

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