Québec

Remy Tremblay : « Au Québec, l’immigration de masse joue contre nous »

Aux élections dans la province du Québec le 6 octobre, les indépendantistes, qui n’avaient obtenu que 3 députés en 2002, reviennent cette fois au pouvoir avec 59 élus, contre 40 pour Parti libéral, 19 pour le Parti conservateur et 9 pour Québec solidaire, cependant que la Coalisation Avenir Québec, qui avait conquis 90 sièges en 2022, n’en a plus un seul. Bonne occasion d’interroger le journaliste et essayiste québécois Rémy Tremblay, bien connu des lecteurs du quotidien Présent, auteur de plusieurs livres tels Adrien Arcand : Le fascisme canadien, ou Jacques Cartier le découvreur du Canada en 2025)et fondateur du Harfang, prestigieux périodique politique et culturel, hélas disparu il y a un an.

Remy Tremblay, comment analysez-vous ce renversement spectaculaire ? Et les prétentions de Donald Trump sur le Canada, qu’il voit en 51ème État des Etats-Unis d’Amérique, ont-elles joué un rôle ?

Tout d’abord, la question de l’immigration a été centrale dans cette élection : la Coalition avenir Québec avait promis de diminuer les seuils d’immigration, mais avait manqué à sa parole. Aujourd’hui, avec une immigration débridée, nombreux sont les Québécois qui ont appuyé le Parti québécois, à cause de cette question.

Quant à l’effet Trump, Christine Fréchette, Première ministre sortante, avait misé l’entièreté de sa campagne sur cet ultimatum : « Si vous ne me réélisez pas, Trump pourra annexer le Québec. » Malgré la trumpophobie qui est répandue au Québec, l’argument de la peur est tombé à plat et elle n’a plus aucun siège à l’Assemblée !

Quel jugement portez-vous sur Paul St-Pierre Plamondon, président du Parti québécois et nouveau Premier ministre du Québec ?

Paul St-Pierre-Plamondon est un jeune avocat motivé qui croit en son option et refuse de s’excuser. C’est déjà un gros plus ! Si je suis d’accord avec ses positions sur l’immigration et sur la défense de notre langue, il n’en demeure pas moins qu’il reste un nationaliste « civique » pour qui l’appartenance à la nation est un fait géographique.

Dans le passé, il a refusé de prêter allégeance à la royauté britannique, une première au Québec, un geste de rupture. On peut espérer d’autres actions du genre dans son premier mandat.

La question en ce lendemain d’élection est de savoir s’il fera avancer la cause de la souveraineté et s’il limitera l’immigration ou s’il se contentera de diriger une province asservie.

Quel est votre pronostic sur le prochain référendum pour l’indépendance du Québec ?

Malheureusement, la démographie joue contre nous. En 1995, 60% des Québécois de souche ont voté pour le « Oui », mais ce ne fut pas assez. Depuis, nous avons reculé sous le poids de l’. Il faudrait donc une adhésion encore plus massive pour la souveraineté.

Je suis un indépendantiste et je crois, comme Alexandre Cormier-Denis, que le Premier ministre doit poser des gestes de rupture clairs pour amorcer le processus d’indépendance. Le référendum n’est pas la seule solution.

Si le vote était positif, quelle attitude adopterait à votre avis le Royaume-Uni ?

La position du Royaume-Uni ne change rien et n’a jamais été évoquée. On imagine mal Londres donner son avis et cela ne ferait en fait que renforcer le sentiment indépendantiste. Seulement, nous savons qu’Ottawa ferait tout pour bloquer la souveraineté, de façon légale ou pas, comme l’histoire nous l’enseigne.

En 1995, Ottawa n’a pas hésité à enfreindre les lois électorales pour faire pencher la balance dans le camp du « Non », ce qui est avéré et reconnu, mais qui ne change rien à notre destin national.

Après les effusions entre Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney, quelle attitude adopte Paris sur la tenue de ce référendum ?

Paris brille par son silence.

A l’exception de Jean-Luc Mélenchon, qui appuie ouvertement la cause du Québec, les politiciens français refusent de se mouiller pour leurs cousins québécois.

Nous sommes loin de l’époque où de Gaulle faisait un camouflet à Ottawa et lançait un « Vive le Québec libre ! » bien senti !

Propos recueillis par Camille Galic

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