Comme je l’ai déjà souligné de très importantes élections législatives vont avoir lieu en Espagne, puisque à bout de souffle, Pedro Sánchez a été contraint de dissoudre les Cortès. Pour l’instant, tous les sondages donnent une large majorité PP/vox au Congrès des Députés, grâce surtout au très bon score que ferait vox, qui obtiendrait plus de 60 députés, alors qu’il n’en a que 33 actuellement.
La particularité de cette élection, c’est qu’une dissolution entraîne automatiquement non seulement celle de la Chambre des députés, mais aussi du Sénat. En Espagne, les électeurs votent directement pour les sénateurs, du moins une grande partie d’entre eux, puisque les provinces élisent 208 sénateurs, 4 par province, sauf dans les îles dites majeures, 3 sénateurs, et les îles dites mineures, 1 sénateur et à Ceuta et Melilla, 2 sénateurs chacune. 58 sénateurs sont désignés directement par les communautés autonomes, largement à droite.
Le scrutin des 208 sénateurs dont le mandat est remis en jeu par la dissolution, est totalement différent de celui des députés. Pour ces derniers, il s’agit d’un scrutin de listes bloquées à un tour, par communautés autonomes, en fonction du nombre d’habitants. Pour les élections au Sénat, le vote à un tour, se fait sur des listes ouvertes ou débloquées, les électeurs votent pour des personnes et non pour des listes, et il est tout à fait possible de panacher et de choisir des candidats de partis différents sur la même feuille de vote. L’électeur peut donc cocher jusqu’à 4, 3, 2, 1 noms en fonction du nombre de sénateurs à élire dans sa province. Mais de surcroît, le parti majoritaire dans chaque province rafle 3 des 4 sièges par exemple, laissant le dernier à la minorité arrivée deuxième.
Le Sénat a certains pouvoirs, comme un droit de veto suspensif aux lois votés par les députés, que ces derniers peuvent outrepasser par un vote à la majorité absolue. Il détient des compétences exclusives, comme l’autorisation de mesures exceptionnelles sur une communauté autonome qui contreviendrait à son statut. Seule exception, les lois fixant les objectifs de stabilité budgétaire et de la dette publique doivent obligatoirement être adoptées par les deux chambres, et donc le Sénat a un véritable pouvoir bloquant. Le Sénat, peut aussi, comme les députés, ordonner des enquêtes parlementaires.
Or, le Sénat est très majoritairement à droite, du moins si tant est que le PP soit véritablement à droite, il dispose de la majorité absolue à lui tout seul. C’est cette situation, qui a poussé le bloc des gauches à faire un accord électoral. Cet accord inédit pour le Sénat, a été baptisé « Senado de progreso ». Dans 47 circonscriptions, le PSOE et les formations de la gauche radicale comme Sumar et régionales se présenteront sur un bulletin de vote unique, sauf en Catalogne et dans les Canaries. Podemos concourra de son côté.
C’est justement pour réagir à cette stratégie, que finalement et juste avant la clôture des listes, le PP et Vox viennent de trouver un accord ce 26 octobre, qui devrait leur permettre de conserver la majorité absolue au Sénat. Contrairement aux gauches qui fusionnent leurs listes, la droite a opté pour une stratégie de retrait croisé et de candidatures uniques. Vox se retire dans 6 provinces, Las Palmas, Santa Cruz de Tenerife, Cadix, Valence, Castellón, et aux Baléares. En contrepartie dans ces provinces, le PP s’engage à intégrer des profils indépendants proposés par Vox.
Le PP se retire dans 3 provinces : Le Guipuscoa (Pays-Basque), Gérone et Tarragone. Ces 3 provinces sont très difficiles pour le PP. Dans 14 provinces dont Séville, Huelva, Les Asturies, Badajoz, Alicante, Grenade, ou la Navarre, Álava, Cáceres, Huesca, Jaén, Pontevedra, Saragosse, Cuenca, Vox ne présentera qu’un seul candidat au lieu de trois. Cette formule permettra aux électeurs de droite, de cocher le candidat de Vox en premier choix, puis de compléter par trois autres choix ceux du PP. Dans les 23 autres provinces, ce sera le statu quo.
Le secrétaire général du PP Miguel Tellado a salué « une collaboration intelligente », menée avec « générosité », sans que personne ne renonce à ses propres couleurs. Le secrétaire général de Vox, Ignacio Garriga a souligné que l’urgence est de « déloger » Pedro Sánchez des institutions et que cela justifiait cette union sacrée à la Chambre haute. Les droites espèrent obtenir en réalité la majorité des 3/5ème au Sénat, cela leur donnerait un pouvoir déterminant sur la désignation des membres, la moitié, du Conseil général du pouvoir judiciaire, l’organe de gouvernement des juges, gérant leur carrière, les nominations et le régime disciplinaire. Cela amènerait en cascade la désignation des juges au Tribunal Suprême, ainsi que sur la nomination de 4 des 12 membres du Tribunal constitutionnel.
Cet accord, qui va dans le bon sens, et qui a déjà une réalité organique dans plusieurs communautés autonomes ou municipalités préfigure, espérons-le, un accord national après les élections législatives du 29 novembre, pour gouverner l’Espagne et chasser le socialo-communisme.
On le voit, les gauches n’hésitent jamais à s’allier avec les plus extrêmes, c’est une constante dans l’Histoire. En Espagne, les droites semblent beaucoup moins timorées qu’en France, et ont moins des pudeurs de jeunes filles, moins d’état d’âme. Ces élections pourraient avoir de très importantes répercussions pour la France. Si Vox réalise un score important, ce que lui prédisent pour l’instant les sondages, cela conforterait le vote RN en France, qui est un allié traditionnel de Vox et montrerait la voie à suivre. De plus si la France changeait radicalement de politique en mai prochain, avec un nouveau président de la République, elle pourrait avoir un allié espagnol de poids contre la bureaucratie européenne et les diktats de Bruxelles. Vraiment, ces élections outre-Pyrénées sont à suivre avec la plus grande attention.
Michel Festivi

