Les recueils de citations abondent. Bons mots, vacheries, bourdes, grossièretés, badinage amoureux, quiproquo ahurissant, se retrouvent dans ce genre d’ouvrage. Ce sont évidemment les rosseries qui, le plus souvent, passent à la postérité. Robert Laffont publie pour les fêtes « Les bons mots de la littérature ». Auteur moi-même, il y a quelques dizaines d’années, d’un Guide des citations de l’homme de droite, édité par notre cher et regretté Jean-Gilles Malliarakis, je sais que c’est le genre de livre qu’on autant de plaisir à écrire (ou plus exactement à recopier) qu’à lire (ou plus exactement à feuilleter).
Mais celui-ci, signé d’Hubert Van Rie, a un plus : il est agrémenté de nombreux dessins (un dessin par citation), ce qui rend l’ouvrage somme toute plaisant, au moins à l’œil, voire à l’oreille. Cela peut être un joli cadeau de fin d’année, pour des hôtes de réveillon, dont on ne connait pas exactement les centres d’intérêt ou les manies de collectionneur. Quoique le nombre de collectionneurs de citations ne soit pas négligeable.
Une rosserie de Cocteau
L’ouvrage commence par l’une des plus fameuses rosseries, due à Jean Cocteau à qui on avait demandé ce qu’il pensait de la pièce de Claudel : Le Soulier de satin. « Heureusement qu’il n’y avait pas la paire », avait-il répondu. Cette saillie était facile, probablement injuste, mais elle est restée, et on la cite encore dans les diners parisiens, quand il s’agit d’éreinter une pièce, un film, voire un livre que l’on n’a pas apprécié.
Pour sa part, Anatole France, à qui on demandait ce qu’il pensait de Proust, avait répondu : « La vie est trop courte et Proust est trop long ». Ce jugement lapidaire est moins souvent cité. Entre nous soit dit, rappeler en 2026 ce mot d’Anatole France ridiculise bien davantage son auteur que l’écrivain censé en être la victime. Même si Proust a effectivement des longueurs, il est désormais considéré comme un écrivain majeur de la littérature français, tandis qu’Anatole France s’efface progressivement.
Dans ce recueil vous trouverez donc 200 citations, issues peu ou prou des milieux littéraires. Il faut néanmoins un certain culot pour classer Paul Déroulède parmi les grandes plumes de la littérature, comme le fait l’auteur de l’ouvrage dont nous parlons ici. Etre un grand patriote n’est pas toujours suffisant pour être qualifié de « grande plume ». De même, avec tout le respect qu’on leur doit, Winston Churchill, l’aviateur Guillaumet, ou encore notre grand Louis XIV n’ont pas (directement) grand-chose à voir avec la littérature, même s’il leur est arrivé de formuler de bons mots. Sans parler de Sartre, qui a droit à deux citations dans le recueil, alors qu’il n’est à la littérature que « ce que la pression est à la bière », pour paraphraser Pierre Dac.
Les deux « bons mots » (sic) de Sartre
Voici ces deux « bons mots » de Sartre. Je vous laisse les apprécier à leur juste valeur. A Albert Camus, il a dit : « Si vous n’êtes ni à droite, ni à gauche, c’est que vous êtes en l’air ». Et à François de Closets qui lui annonçait l’obtention du prix Nobel, il lui a répondu : « Ah, mais non, je le refuse et vous pouvez l’écrire ». Si ce sont vraiment les seuls « bons mots » que prononça Sartre, c’est que décidément « le tænia », comme l’appelait Céline, n’avait vraiment aucun sens de l’humour, de la réplique, de la saillie, de l’impertinence. Il ne restera sans doute pas grand-chose de ce « ver solitaire » (toujours de Céline), pas même une répartie drôle, ou mordante, ou brillante.
Malgré tout, on prend plaisir à parcourir cet album car il nous fait aussi partager les bons mots d’écrivains que nous apprécions tout particulièrement, au Nouveau Présent Hebdo, notamment Céline, Blondin, Félicien Marceau, Morand, Guitry, Chesterton, Anouilh, Dutourd, Orwell, Marcel Aymé, Monfreid, Pagnol.
Francis Bergeron
Les Bons Mots de la littérature, par Hubert Van Rie, Robert Laffont, novembre 2026.

Sans votre aide, le Nouveau Présent va disparaître. Faites un don !


