Une nouvelle collection chez Via Romana, s’adressant plus spécialement aux jeunes, se présente sous forme condensée, à la fois facile à découvrir et pleine d’enseignement. Après un premier volume consacré à l’obéissance, Jean-Pierre Maugendre traite de la lecture. Un petit livre que doivent se procurer parents et grands-parents pour le diffuser dans leur entourage.
— Quels sont selon vous les avantages de la lecture ?
La lecture nous permet de vivre 1 000 vies et de bénéficier de la mémoire de l’humanité. Elle est un moyen privilégié d’accéder à la vérité en tirant profit des réflexions de ceux qui, avant nous, ont cherché des réponses aux questions que se posent tous les êtres humains : Pourquoi est-ce que j’existe ? Y a-t-il une vie après la mort ? Pourquoi le mal existe-t-il ? La lecture nous permet également de connaître la manière dont ceux qui nous ont précédés sur cette terre ont résolu des difficultés analogues à celles auxquelles nous sommes confrontés. Le général James Mattis, qui fut un des secrétaires d’Etat à la défense de Donald Trump lors de son premier mandat, déclarait ainsi : « En lisant, on apprend à travers les expériences des autres. Grâce à ma lecture, je n’ai jamais été pris de court par aucune situation. Jamais sans savoir comment un problème avait déjà été abordé, en bien ou en mal, auparavant. Cela ne donne pas toutes les réponses, mais c’est une lumière dans un chemin qui est souvent sombre ». La lecture est aussi l’occasion de mieux s’approprier sa propre civilisation ainsi que de découvrir d’autres civilisations sans devoir voyager. Nous laisserons la parole de la fin sur l’intérêt de la lecture et donc de l’étude et de la doctrine au pape Léon XIV « La piété sans doctrine se mue en une fragile sentimentalité ; la doctrine sans prière devient stérile et froide ».
— Quel rôle joue la fiction ? Est-elle condamnable a priori, ou permet-elle des découvertes ?
La fiction est, bien sûr, une activité littéraire tout à fait estimable. Elle se manifeste dans le roman et le théâtre mais aussi dans des fables, faisant appel à l’imagination du lecteur. Elle est, souvent, une méthode d’exploration privilégiée des méandres de l’âme. Pensons aux tragédies grecques, au théâtre classique ou à la comédie humaine de Balzac.
— Comment donner le goût de la lecture à des enfants ?
Avant de donner le goût de la lecture aux enfants il faut commencer par leur en montrer l’exemple. Comment des enfants qui ne voient jamais leurs parents lire pourraient-ils en acquérir le goût ? Ensuite, il convient d’identifier les centres d’intérêt de l’enfant. Un enfant à qui la lecture coûte soit parce qu’il manque d’aisance soit parce qu’il n’en pas l’habitude sera néanmoins prêt à fournir des efforts si le sujet traité l’intéresse.
— En quoi la lecture permet-elle de résister à la pensée unique ?
Les normes qui régissent la société moderne et l’air ambiant dans lequel nous évoluons reposent sur une anthropologie libertarienne qui fait de l’individu et de la satisfaction de tous ses appétits le critère ultime du bien et du mal. Les médias dominants et les lois civiles véhiculent une conception de la morale et de la société en rupture avec la loi naturelle. Un ordre immoral nouveau s’est imposé. L’étude personnelle, essentiellement par la lecture, est donc une condition nécessaire pour agir droitement dans la mesure où les autorités politiques ou religieuses auxquelles il suffirait normalement de faire confiance pour suivre le bon chemin ont, ces temps-ci, une fâcheuse tendance à errer.
— Quels sont les obstacles à vaincre pour parvenir à lire avec profit ?
Ces obstacles sont malheureusement nombreux. Citons : le manque d’aisance, le manque de goût, le manque de temps, l’addiction aux réseaux sociaux. Dans ce monde où priment l’immédiateté et le choc des images il est vain espérer lire régulièrement et ainsi prendre le recul nécessaire face à la succession des informations en continu sans s’imposer une règle de vie qui limite l’usage des réseaux sociaux et réserve des plages de temps, exclusivement à la lecture.
— Enfin… que lire ?
Dans son maître-livre : « La vie intellectuelle » le père Sertillanges distingue quatre sortes de lectures :
Tout d’abord les « lectures de fond », celles où brillent les idées maîtresses : saint thomas d’Aquin, saint Augustin, sainte Thérèse d’Avila, les catéchismes, etc.
Ensuite les « lectures de travail » qui permettent à chacun d’être fidèle à ses différents devoirs d’état de parent, d’enfant, de conjoint, de patron, de salarié, de médecin, de professeur, de citoyen, etc. Ces lectures recouvrent en particulier l’enseignement des papes mais aussi l’étude de l’histoire.
Mais aussi les lectures d’entraînement ou d’édification qui sont les pages entraînantes et roboratives qui nous stimulent à faire le bien dans les moments de moindre zèle. Citons, par exemple, les ouvrages d’André Charlier, de Jean Madiran, ou de Georges Bernanos. Enfin les lectures de détente illustrent la belle vertu d’eutrapélie soit l’art de se récréer sainement et saintement. Les romans, le théâtre, la poésie, le théâtre tiennent une place de choix dans ce registre.
La bonne nouvelle c’est que comme l’appétit vient en mangeant c’est en lisant que le goût de la lecture se développe !
Propos recueillis par Anne Le Pape
• Jean-Pierre Maugendre, La Lecture en question, Via Romana, 9 euros.








